Actualités :: Islam au Burkina : A la loupe de l’imam Tiégo
Tiégo Tiemtoré

Nous vous proposons, ci-dessous, le résumé du sermon de l’Aïd El Kebir 2007 prononcé par l’imam Tiégo Tiemtoré, le 19 décembre, sur le terrain de l’UFR/SDS à l’Université de Ouagadougou, qui nous a été transmis par l’AEEMB.

Louanges à Allah pour ses innombrables bienfaits, pour son immense générosité et pour sa Majesté. Autant qu’il existe de créatures pour Le louer, autant que s’exprime sa satisfaction, autant que s’élève son trône, autant qu’il existe de paroles, de gestes et d’attitudes de glorification.

Celui qu’il guide aura reçu une lumière, tandis que sera dans l’égarement manifeste, celui qui en est privé.

Que sa paix et son salut soient sur le sceau des prophètes (Saw), sa famille, ses compagnons et les croyants jusqu’au jour dernier.

La célébration de l’Aïd El Kebir est un grand moment de souvenir et de reconnaissance à Allah pour ses multiples bienfaits.

Il couronne la pratique du 5e pilier qu’est le pèlerinage aux Lieux saints et nous rappelle le souvenir d’Abraham, le patriarche dont la figure emblématique illumine tous les itinéraires spirituels.

Le pèlerinage, une leçon de renoncement aux biens de la vie ici-bas, aux soucis du quotidien, à la famille... On s’y adresse à Dieu. Il y a le jour d’Arafat. On s’y rend enveloppé dans des draps blancs tels des linceuls ; portrait miniature du jour du grand rassemblement. Dans la vallée d’Arafat, on prie, on pleure, on implore, on espère...

L’itinéraire d’Abraham, tout comme celui de tous les prophètes, nous montre que la foi signifie résister à soi, aux hommes et aux sociétés. Résister, se battre, lutter et tous les jours, persévérer. Du haut des sept cieux, Dieu proclame : "Ceux qui luttent pour protéger leur foi, Nous les guiderons sur notre voie. Dieu est avec les bienfaisants ", Coran 29 : 70.

En ce jour de souvenir, celui qui est nommé le père des Prophètes nous inspire une belle leçon d’abnégation, de sacrifice et de renoncement. Une leçon de certitude, une leçon d’amour entre un père et son fils. Abraham a vécu les épreuves : quitter son père, son pays, sa famille, être insulté, être rejeté par son peuple, obéir au sens du sacrifice de son fils jusqu’à l’ultime limite. Il entretient et développe au fil des épreuves, un rapport de fidélité, de réconciliation, de paix et de confiance avec Dieu. Celui-ci l’éprouve mais ne cesse de lui parler, de l’inspirer et de faire jalonner sa route de signes qui le rapaisent et le rassurent.

La deuxième leçon, c’est que ceux qui déploient toutes leurs forces pour la cause de la vérité et la rectitude et placent leur confiance en Allah et lui confient toutes leurs affaires, obtiennent de Lui soulagement et réconfort. Il nous laisse un message : la foi veut aussi dire résister à soi aux hommes à la société. Résister, c’est se battre, lutter tous les jours. "Sois patient et que ta persévérance soit en Dieu", réconforte le Coran.

Leçons et enseignements

Les épreuves, les déchirures, les séparations, les douleurs, les joies et les sourires sont autant de leçons et d’enseignements sur la route du rapprochement qui nous guide vers Dieu. Telle est la plus belle et la plus difficile des leçons de l’itinéraire d’Abraham. Celui-ci réunissait, en son cœur et en son être, l’équilibre et l’harmonie d’une communauté entière. Dieu l’a aimé tellement, et tellement éprouvé... Aujourd’hui, au travers des siècles, l’issue de l’épreuve marque la plus grande fête de l’islam et des musulmans. La fête du sacrifice. Un signe, un souvenir, un rappel... Ce serviteur, cet ami de Dieu, cet humble qui a accepté et n’a eu de cesse de dire, de protéger et de lutter pour Dieu, pour la Lumière, pour la Vérité.

C’est l’école de la vie que Dieu nous enseigne par les Messagers, ou au travers de la prière, de la zakat, du jeûne, du pèlerinage ou encore à la lumière de nos blessures, de nos tristesses et de nos espoirs. La vie est une épreuve elle-même emplie d’épreuves et de peines : aimer Dieu, respecter la vie exigent un amour infini, une foi profonde, la patience et la persévérance...

C’est une fête à vivre en groupe car c’est un moment de partage. On y partage la prière, le repas, les sourires et les cadeaux. C’est le moment de chasser l’égoïsme, de rappeler à toutes et à tous que nous sommes une religion d’amour, de rencontre et de solidarité.

Mais en toutes choses, le musulman reste sobre et évite le gaspillage.

Au niveau des réjouissances, il nous faut retenir que ce qui est interdit avant Tabaski le demeure en Tabaski et même après. "Pas d’obéissance à une créature dans la désobéissance à Dieu", dit le Prophète Mohamad (Saw).

Chers frères et sœurs

Les péripéties du hadj 2007 ne manquent pas d’interpeller nos consciences, tant les souffrances de nos vieux et de nos vieilles, balancés ça et là, sont insupportables. Qu’est-ce qui explique que le hadj qui est une activité programmée annuellement et à des moments bien précis par les musulmans souffre autant d’inorganisation ? Les musulmans du Burkina Faso sont-ils incapables de gérer leurs propres affaires ? Si c’est le cas, qui d’autre donc doit le faire à leur place ?

Le pèlerinage est le cinquième pilier de l’islam. On a fait du hadj un enjeu financier alors qu’il est avant tout un voyage spirituel. Rappeler cette évidence est une manière d’insister sur sa dimension spirituelle. Sans elle, le hadj serait un voyage touristique ou d’affaires.

Toute cette agitation autour du hadj traduit le plus souvent, en réalité, des ambitions d’affaires de voraces et de cupides. La réussite de cet acte, qu’elle soit étatique, associative ou privée, dépend des hommes qui l’animent.

En tout état de cause, il faut inviter tous les acteurs du hadj à la crainte de Dieu ; si tu ne crains pas Dieu, alors fais ce que tu veux. Cette même invite à la crainte de Dieu est à réitérer dans le processus de la Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB), mise en place depuis trois ans.

Chacun doit être animé par la volonté d’apporter sa pierre à la consolidation de l’islam au Burkina.

Cette fédération devrait constituer le symbole vivant de l’unité des musulmans, tant désirée et gage d’une meilleure organisation des musulmans. Le Coran proclame "Obéissez à Allah et à Son Messager. Ne vous disputez pas, sinon vous deviendrez faibles (malgré votre nombre), vous perdrez votre force. Soyez parmi les patients, car Dieu est avec les patients", Coran 8/46.

Tous, nous avons l’obligation, chacun à son niveau, d’y œuvrer. Et c’est le choix fait, sans ambiguïté, par l’AEEMB et le CERF ! Aussi, ces associations sollicitent-elles toujours votre confiance et vos prières pour poursuivre leurs ambitions de satisfaire la soif spirituelle des couches

intellectuelles et d’être de véritables cadres d’épanouissement pour les musulmans burkinabè, et partant, de la Nation tout entière.

C’est d’ailleurs dans le souci d’être encore plus efficace et de mieux jouer sa partition que L’AEEMB s’engage dans la construction de la mosquée de son siège national qui accueille plus d’un millier de fidèles chaque vendredi depuis une dizaine d’années et qui, à l’évidence, est devenue exiguë.

Aussi, souhaite-t-elle vous associer à cette grande ambition. Dieu proclame : "0 vous les croyants, si vous aidez Dieu, Il vous aidera et raffermira vos pas ici-bas et dans l’au-delà". Coran 4 7/7

Dans le sillage de cette contribution citoyenne, il faut saluer l’esprit de la célébration de la fête nationale, si elle peut apporter aux Burkinabè l’amour de la patrie et fortifier l’engagement de

tous, par le travail, à bâtir une nation solide et forte.

Réduire les grands maux

Ce souci d’ancrer le civisme doit conduire les gouvernants et aussi les gouvernés à œuvrer à réduire les grands maux comme la corruption, la fraude, l’insécurité, etc.

De même, il faut saluer le consensus obtenu entre le Gouvernement et les syndicats et le renforcement du dialogue social qui sont essentiels à la stabilité sociale, gage d’épanouissement individuel et collectif.

Tout ce qui concerne l’avenir du pays doit intéresser le musulman.

Notre rôle de communauté exemplaire (Coran 3 : 110) nous invite à la visibilité de l’engagement citoyen. Accompagner les hommes et non les juger, c’est-à-dire, avoir le geste qui apaise, le sourire qui rassure, la main qui secoure, le cœur qui aime. En un mot, comme en mille, vivre l’islam, c’est vivre avec les autres, parmi les autres et leur être utile. (Coran 49 : 13).

Le Coran ne cesse de rappeler le lien existant entre l’adoration de Dieu et le service rendu aux êtres humains). Il nous fixe un horizon de valeurs et nous guide vers celui-ci. Elle nous enseigne de ne jamais oublier le lien vertical qui nous nourrit de lumière pour éclairer l’horizontalité de nos rapports dans la cité.

C’est à cette dimension de la foi que nous appelons les uns et les autres, dans la gestion de la situation agricole du pays, car malgré l’excédent national, il existe bel et bien des poches de déficit à certains endroits du pays. Aussi, il nous faut dénoncer la spéculation qui pourrait en résulter, encourager la solidarité nationale et appeler à la justice. Si l’on veut se rapprocher de Dieu, l’on a l’obligation de se rapprocher de Ses créatures et de leur faire du bien.

Chers frères et sœurs,

En ce jour de mémoire et de remerciement, nous devrions avoir une pensée pieuse pour tous ceux qui sont éprouvés et avoir en mémoire que Dieu, parce qu’il est plus proche de nous que notre veine jugulaire, Coran 2/187, a interdit de se décourager, d’aller au désespoir et de dire : je suis perdu, Dieu m’a abandonné.

Au plus fort des souffrances et des douleurs, les premiers musulmans tourmentés, chassés de leurs demeures et exilés, crièrent : "A quand l’aide de Dieu ?" Dieu répondit : "l’aide de Dieu est toute proche", Coran 2/215. Il nous faut marquer notre compassion et notre solidarité à l’égard de tous ces hommes et femmes qui, ici, là, là-bas et ailleurs, souffrent sur la terre de Dieu ; parce qu’ils ont perdu leur emploi, traînent des maladies ou parce qu’ils sont orphelins, endettés, pleins d’angoisses et ont du mal à vivre.

Toutes ces épreuves, en plus de la mort d’êtres chers, la misère et la pauvreté, la peur et le désespoir bafouent la dignité des fils d’Adam. Dieu veut nous enseigner cette vérité : "Souviens-toi de moi, Je me souviendrai de toi" Coran 2 : 156

Seul, dans le dernier tiers de la nuit, Il t’appelle : "Qui veut se repentir ? Qui a une demande à formuler ? Qui veut se faire pardonner ?". Cet appel trouve-t-il écho dans ton cœur ? Réponds-tu à cet appel avec la chaleur de tes larmes sur tes joues, avec le frisson de ta chair, dans le calme et le silence de la nuit...?

Vivre sans oublier la mort, méditer sans négliger l’action, se savoir seul et vivre parmi les hommes, nourrir l’esprit et le cœur comme on nourrit son corps et rester dans la recherche de l’équilibre. « Cherche les liens terrestres comme si tu ne devais jamais mourir, recherche l’au-delà comme si lu allais mourir demain", nous enseigne le prophète.

Chers frères et sœurs,

Le temps et ses déchirures nous prennent souvent une partie de nous-mêmes et seul un cœur présent peut échapper à l’oubli. Dieu nous invite à avoir le lien permanent avec Lui : "Ne soyez pas comme ceux qui ont oublié Dieu et Dieu fit qu’ils s’oublièrent eux-mêmes" Sourate 59/Versets 19¬21.

Les derniers jours de décembre pressent le pas pour échouer la barque de l’année 2007 sur les rives éternelles de l’Histoire. A des degrés et des horizons divers, les hommes, bien que pris chacun dans le piège du quotidien, s’affirment comme les vaillants témoins de la roue de l’Histoire qui tourne. Celle-ci nous offrira en janvier une nouvelle page où l’aurore de l’année 2008 illuminera dans les esprits et les consciences, des rayons d’espoirs et de défis.

Cest toute cette mélodie du temps qui inspire nos vœux ardents et à l’endroit de chacun de vous. Que les jours à venir nous apportent à tous la joie et le bonheur. La joie d’être en compagnie des gens qui nous font aimer Dieu, qui partagent avec nous leur amour de Dieu et qui veulent nous faire connaître le vrai bonheur, celui d’être parmi les bien-aimés de Dieu.

Qu’Allah nous guide, nous protège et nous comble de sa grâce.

Le Comité de presse de l’AEEMB

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