Actualités :: Burkina : Quatre personnes arrivent décédées en moyenne par jour à l’hôpital (...)

Au Burkina Faso c’est la période de canicule. Cette année particulièrement, il fait extrêmement chaud. La température va jusqu’à 44°. Quelles peuvent-être les conséquences de cette forte chaleur sur les populations ? Abdramane Ouattara, médecin anesthésiste-réanimateur au CHU Yalgado Ouédraogo donne des détails dans cette interview.

Nous sommes en avril. À cette période, il fait extrêmement chaud. Quelles peuvent-être les conséquences de cette forte chaleur sur l’organisme ?

Dr Abdramane Ouattara : La canicule provoque le coup de chaleur. C’est un phénomène que nous voyons chaque année. Ce n’est pas le Burkina Faso seulement qui vit cela. Certains pays de la sous-région vivent le même phénomène. Ces coups de chaleur entraînent une destruction au niveau de l’organisme. Quand je dis destruction, c’est surtout au niveau des cellules de l’organisme. Et cela va contribuer à une destruction au niveau des organes. Le coup de chaleur va entraîner une défaillance dans le fonctionnement de plusieurs organes du corps humain.

Ces destructions ont lieu parce que nous avons des températures ambiantes qui sont très élevées. Nous avons des conséquences sur le plan neurologique, c’est-à-dire on a une altération de l’état de conscience. Toujours comme signes nous avons aussi des températures du corps qui montent jusqu’à plus de 40°. Au niveau cardio vasculaire, on a la pression artérielle qui baisse parce que la personne perd beaucoup de liquide qu’elle ne compense pas, car ne buvant pas assez. En plus de ces organes, nous avons d’autres organes qui sont touchés dont les reins, le foie, les poumons et les éléments du sang.

Vous venez de dire que le coup de chaleur peut entraîner l’insuffisance rénale et des problèmes cardiaques. Pouvez-vous donner de plus amples informations sur cette partie ?

Dr Abdramane Ouattara : Concernant les mécanismes, il faut dire qu’il y a deux types de coups de chaleur. Il y a le coup de chaleur classique, c’est ce que nous sommes en train de vivre actuellement. Il y a le coup de chaleur d’exercice (survenant à l’effort).

Le coup de chaleur classique peut survenir sur plusieurs jours. Les signes s’installent progressivement jusqu’à ce qu’on ait une altération des différents organes dont on a parlé. Comme les autres organes, le rein peut être atteint dans un 1er cas par le fait que la quantité de liquide dans le corps est insuffisante (sueurs non compensées), dans ce cas il n’est pas bien perfusé donc il va souffrir entraînant une insuffisance rénale. Dans un 2e mécanisme, la destruction cellulaire va libérer certains éléments qui vont directement agir sur le rein. Il en de même pour le cœur qui sera atteint par le biais de certains mécanismes. Donc tout dépend de l’étape à laquelle on est dans la gravité ou les complications de la maladie.

Dans certains cas, lorsqu’une personne souffre de coups de chaleur on peut le confondre au paludisme, selon la présentation de l’une de vos médecins généralistes. Comment faire la différence entre les symptômes de coup de chaleur et des symptômes du paludisme ?

Dr Abdramane Ouattara : Effectivement, c’est un problème réel parce les signes de coup de chaleur à certaines étapes ressemblent au paludisme, à la méningite au début et à la dengue. C’est difficile de faire la part des choses. C’est à l’agent de santé d’être minutieux à la recherche de cette différence. Il faut bien interroger le malade, savoir qui est le malade, quels sont ses antécédents, quels sont les signes qu’il présente, comment cela évoluent et aussi quels examens paracliniques faire ? C’est pour cela qu’au niveau du CHU Yalgado Ouédraogo, le directeur général avec l’appui des autorités a mis à la disposition des patients présentant les signes, gratuitement certains examens de laboratoire et un kit pour la réhydratation.

Docteur Abdramane Ouattara, médecin anesthésiste réanimateur

De mars à maintenant avez-vous reçu des patients souffrant de coups de chaleur ?

Dr Abdramane Ouattara : actuellement, nous en recevons tous les jours. Nous recevons autour de 35 patients par jour. C’est une période qui est un peu cruciale. Beaucoup viennent déjà décédés. Par jour en moyenne nous recevons quatre personnes arrivant déjà décédées. Et ce sont les mêmes signes avec des températures élevées. Quand ils arrivent, nous essayons de comprendre le contexte du décès. Il y a certains aussi, autour de deux personnes par jour, qui arrivent et qui décèdent quelques minutes après. La mortalité liée au coup de chaleur est très élevée en cette période. Elle tourne autour de 25% à 30%.

Quelle est la tranche d’âge des personnes qui souffrent beaucoup pendant cette période ?

Dr Abdramane Ouattara : Les patients qui souffrent beaucoup de coups de chaleur sont les personnes âgées. Les patients ont généralement plus de 50 ans. Nous avons reçu plusieurs patients dont l’âge est compris entre 75 et 85 ans. Cette année, il y avait le contexte de jeûne, il y avait le carême chrétien et le jeûne du Ramadan. Ce qui avait favorisé l’augmentation du nombre de cas. On peut avoir des patients un peu plus jeunes, ayant moins de 50 ans car ils présentent des antécédents (maladies, mode de vie, activités et traitements) qui favorisent ou aggravent les coups de chaleur.

Qu’est-ce qu’il faut faire pour éviter d’avoir des coups de chaleur ?

Dr Abdramane Ouattara : Pour éviter les coups de chaleur en cette période, il y a beaucoup de moyens. Ceux qui sont malades doivent en collaboration avec leur médecin prendre régulièrement leurs médicaments. Surtout chez les personnes âgées. Prendre conseil avec leur médecin par rapport aux médicaments qu’ils prennent. Parce que certains médicaments peuvent favoriser les coups de chaleur en cette période. Il faut boire beaucoup d’eau même quand on n’a pas soif. Nous invitons les personnes âgées ainsi que toute la population à boire beaucoup d’eau. Parce que tout le monde peut être concerné, les enfants tout comme les vieillards.

Certaines personnes âgées ont des maladies de peau. Ce qui ne favorise pas le refroidissement de l’organisme. On les invite à boire beaucoup d’eau. Il ne faut pas s’enfermer dans les endroits clos, Il faut être dans des endroits où l’air circule. L’air qui circule permet de refroidir l’organisme. On doit porter des vêtements légers. Il ne faut pas porter des habits noirs. Parce qu’ils attirent la chaleur. Il faut éviter les endroits où il fait très chaud. Les prépareuses du dolo et nos mamans qui sont tout le temps en contact avec le feu doivent chercher à être dans des endroits où l’air circule et où il fait frais après avoir fini leurs travaux. Ceux qui consomment l’alcool doivent boire beaucoup d’eau en cette période. Parce que la bière va contribuer à se vider des différents liquides. L’utilisation des climatiseurs et ventilateurs pour ceux qui en possèdent et les bains avec de l’eau pour refroidir le corps sont conseillés.

Est-ce qu’au niveau de l’hôpital Yalgado il y a un dispositif qui permet de prendre rapidement en charge les personnes qui souffrent de coups de chaleur ?

Dr Abdramane Ouattara : Au niveau du CHU Yalgado Ouédraogo, ces patients sont admis aux urgences médicales. Les dispositions ont été prises par le directeur général. Les examens de sang nécessaires identifiés par l’équipe médicale ne sont pas payants parce qu’ils sont utiles pour faire le diagnostic rapidement. Mais les autres examens sont payants. L’un des éléments de la prise en charge est l’hydratation. Hydrater le malade, c’est apporter beaucoup de liquides dans l’organisme. Ce premier volet est gratuit. La réhydratation et les premiers examens sont gratuits.

Nous sommes à la fin, qu’avez-vous à ajouter à tout ce que vous venez de dire ?

Dr Abdramane Ouattara : Nous vivons cette période chaque année. En cette période, il faut que les gens s’hydratent. Il faut qu’ils essaient de suivre les mesures de prévention dont on a parlé tout à l’heure. C’est très important. Lorsque les signes apparaissent, il faut aller en consultation le plus rapidement possible, cela permet aux agents de santé de faire la part des choses dans le diagnostic et de faire la prise en charge rapidement. Il faut aller consulter rapidement quand on a des signes d’irritation, de nervosité, des céphalées et quand on commence à beaucoup parler ou s’agiter, parce que cela peut-être le début de signe de coups de chaleur.

Propos recueillis par Rama Diallo
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