Actualités :: Unité de recherche clinique de Nanoro : Un centre de recherche qui fait la (...)

L’Unité de recherche clinique de Nanoro mène des recherches sur diverses questions de santé. Mais ce qui a fait sa renommée, ce sont bien évidemment les recherches menées sur les vaccins contre le paludisme et qui ont valu au directeur de l’Unité, Pr Halidou Tinto, des prix à l’international. Dans cette unité repartie sur deux sites Nanoro et Siglé, travaillent plus de 400 personnes sur des thématiques aussi variées que le paludisme, la résistance aux antimicrobiens, la nutrition, etc. L’URCN, c’est aussi la formation de jeunes chercheurs.

De Boussé quand on emprunte la bifurcation qui mène à Nanoro dans la région du Centre-ouest, on ne saurait imaginer que cette voie en mauvais état conduit vers un centre de recherche bien connu du monde scientifique, l’Unité de recherche clinique de Nanoro (URCN) ! Cette unité pilotée de mains de maitre par le Pr Halidou Tinto a été créée en 2008. Cette unité, Pr Tinto l’a fondée quand il est rentré au Burkina Faso après ses études en Belgique. D’abord abritée uniquement au sein du Centre médical Saint Camille de Nanoro, l’Unité de recherche clinique qui est aussi l’une des unités spécialisées de l’Institut de recherche en sciences de la Santé (IRSS/CNRST s’est étendu. A l’URCN, on distingue la clinique qui est spécialement dédiée aux participants aux essais cliniques, des autres services. Au sein de la clinique, sont sélectionnés les participants aux essais cliniques selon des critères d’inclusion ou d’exclusion. Les participants aux essais cliniques y sont également pris en charge pour toutes les pathologies en lien ou non avec les essais, comme l’explique Dr Traoré Bamoussa Mohamed Hakim, médecin au sein de la clinique.

Un laboratoire à la pointe de la technologie

Pour mener à bien ses activités de recherches, l’URCN dispose d’un laboratoire de biologie clinique doté d’équipements de dernière génération au sein duquel sont analysés tous les échantillons qui viennent de la clinique et donc les échantillons des participants aux essais cliniques. Sur la question de l’importance de ce laboratoire, Dr Sibiri Yougbaré, biologiste de formation et superviseur du laboratoire explique : « Le laboratoire de biologie clinique accompagne la recherche du début jusqu’à la fin. Dès les critères d’inclusion des participants, le laboratoire les accompagne. Et ensuite le suivi pour évaluer l’efficacité d’un produit d’investigation et également l’innocuité du produit, tout cela est réalisé par le laboratoire de biologie clinique. »

Le laboratoire de biologie clinique reçoit et analyse les prélèvements des participants aux essais cliniques pendant tout le processus. Un laboratoire à la pointe de la technologie qui teste même les équipements de certains fabricants

Ce laboratoire comprend quatre sous-sections dont l’accueil et le contrôle qualité des échantillons. C’est à ce niveau que sont contrôlés les échantillons et s’ils s’avèrent non conformes, ils sont simplement rejetés et le clinicien invité à faire un autre prélèvement. Et c’est là aussi que se fait le contrôle de la microscopie. En effet, pour s’assurer de la fiabilité des résultats, le laboratoire procède par un système de double lecture. « Les deux lecteurs doivent avoir un résultat à peu près similaire. Si l’écart des différents de ce que le sponsor nous a donné alors on fait appel à un 3e lecteur. Ce travail relève également du contrôleur de qualité qui est dans la salle de réception », explique Dr Sibiri Yougbaré.

Il comprend également la sous-section parasitologie qui s’occupe essentiellement du diagnostic du paludisme. Le travail des agents de cette sous-section consiste à évaluer l’efficacité du produit d’investigation. « Lorsqu’on inclut un patient, on connait déjà la densité parasitaire à l’origine. Et après à l’administration du produit, si le produit est efficace, normalement la densité parasitaire va chuter au jour le jour. Et si le produit n’est pas efficace, la densité parasitaire va flamber parce que le traitement va échouer », souligne Dr Yougbaré.

Il y a aussi les sous-sections d’hématologie, d’immunologie et de biochimie où sont également suivis les effets du produit de recherche sur les patients, ainsi que son innocuité, notamment sur des organes comme le rein, le foie. Il y a enfin la sous-section de microbiologie qui accompagne aussi le suivi des participants et mène d’autres études sur notamment la résistance aux antimicrobiens dans le cadre du One Health.

L’Unité de recherche clinique de Nanoro se penche également sur la question de la résistance aux antimicrobiens

En plus du laboratoire de biologie clinique, l’URCN dispose d’un laboratoire de recherche qui contribue à la formation de jeunes chercheurs. De 2010 à maintenant près d’une quarantaine de jeunes chercheurs ont été formés à l’URCN.

Des recherches sur le paludisme, mais pas que…

L’Unité de recherche clinique de Nanoro est spécialisée dans les essais cliniques. Ces dernières années, ce sont les essais cliniques sur le paludisme qui ont fait la renommée de l’URCN. Grâce aux recherches qui y sont menées, le vaccin RTS’S a été homologué par l’OMS et est actuellement administré depuis février 2024 aux enfants burkinabè. Un autre essai clinique menée par l’URCN en collaboration avec l’Université d’Oxford sur le paludisme, a concerné le vaccin R21/Mtarix-M avec un taux d’efficacité de 75% pendant la première année. Des résultats jamais atteints à en croire le Pr Tinto, qui indique qu’au moins 100 à 150 personnes ont travaillé pour le développement de ce vaccin y compris les médecins, les agents de terrain, etc.

« C’est toute une équipe qui a conjugué les efforts pour que nous aboutissons à ces résultats. Il faut dire que Nanoro est rentré dans l’histoire, j’ai même fait l’objet de beaucoup de consécrations en termes de prix sur le plan international. Le plus récent étant que j’ai été cité parmi les dix scientifiques qui ont le plus impacté le monde en 2023. Tout ça s’est lié au fait que les résultats que nous avons publiés avec le R21, notamment en phase 2 dans le Lancet étaient des résultats jamais rapportés dans l’histoire de la vaccinologie du paludisme. Donc ça a eu un impact et ça a changé la vision de toute la recherche en matière de vaccinologie. Parce qu’aujourd’hui les chercheurs qui travaillent sur le développement de vaccins de futures générations, prennent le R21 comme référence parce qu’on n’a jamais eu un vaccin qui a atteint ce niveau d’efficacité pour un parasite », déclare-t-il.

Et comme un chercheur n’a jamais le temps de se reposer sur ses lauriers, Pr Tinto et son équipe en collaboration avec l’Université d’Oxford travaillent sur un vaccin de 3e génération toujours dans le cadre de la lutte contre le paludisme.

Plus de 400 personnes travaillent à l’URCN

En dehors des vaccins contre le paludisme, l’URCN mène des recherches sur d’autres thématiques. Plus de 400 personnes travaillent à l’Unité de recherche clinique de Nanoro sur un portefeuille de plus de 30 projets. Ces projets concernent plusieurs thématiques dont la résistance aux antibiotiques. « On a commencé à travailler dans ce domaine parce que le plus gros défi de l’humanité après le paludisme, ça sera de faire face à la résistance aux antibiotiques. Il y a une telle utilisation abusive des antibiotiques qu’à la fin, on risque d’aboutir à une situation où vous êtes infectés par une bactérie et aucun antibiotique ne marche, parce que la bactérie résiste à tous les antibiotiques. Nous avons une équipe qui travaille de façon spécifique sur cette thématique et qui regarde aussi la relation entre les êtres humains et les animaux, parce qu’on vit en communauté. Quel est le rôle des animaux dans la transmission des maladies ? Il y a une équipe qui travaille sur ça », explique Pr Tinto.

D’autres équipes de l’URCN se penchent sur le cas du paludisme chez les femmes enceintes. Leurs recherches consistent à améliorer la prise en charge du paludisme chez la femme enceinte, surtout au premier trimestre.

Les chercheurs travaillent également dans le domaine du développement de nouveaux tests de diagnostic. Selon Pr Tinto, ses équipes travaillent sur des outils innovants qui vont utiliser la technologie notamment les approches digitales pour pouvoir faire le diagnostic de telle sorte que si le diagnostic est posé, les résultats soient envoyés sur le téléphone du médecin et sur le téléphone du patient.

Dans le cadre du traitement de paludisme, l’unité travaille avec un laboratoire pharmaceutique pour proposer des médicaments qui permettent de traiter le paludisme en une journée et en une dose. « C’est-à-dire que dès que vous arrivez et que vous êtes positif au paludisme, on vous donne le traitement sur place et vous ne prenez plus de médicament. Parce qu’aujourd’hui vous avez trois jours de traitement, souvent vous oubliez les heures. Nous voulons résoudre tout ça en donnant un seul traitement en une seule journée », explique Pr Tinto.

Aux archives sont conservées les traces de toutes les recherches menées à l’URCN depuis sa création en 2008

L’URCN a aussi mis en place un système de surveillance de la résistance des parasites. « Vous vous rappelez que la chloroquine, il y a quelques années était utilisé et ne marchait pas à cause de la résistance. Grâce à nos recherches, on a changé la politique parce que sur trois années consécutives, nous avons démontré ici à Nanoro avec le Prof Tinga Robert Guiguemdé, que la chloroquine ne marchait plus au Burkina. Nous avons alerté le ministère de la Santé qui a changé la politique pour mettre les combinaisons thérapeutiques à base d’artémisine, les ACT qui aujourd’hui méritent d’être surveillés. Donc nous avons une équipe ici qui fait la surveillance moléculaire », a-t-il indiqué.

Toutes ces recherches n’ont qu’un but, améliorer la vie des populations. Et pour garder une trace de toutes leurs recherches, l’URCN dispose d’un service des archives. Là sont gardé précieusement toutes les traces des recherches et autres essais cliniques menées sur place. Très bien rangés et numérotés, ces archives documentent étapes par étapes tout ce qui est réalisé à l’URCN.

Des difficultés…

Comme pratiquement dans tous les domaines, l’argent reste le nerf de la guerre à l’Unité de recherche clinique de Nanoro. C’est essentiellement les fonds des partenaires étrangers qui financent les recherches. Le Pr Tinto souhaite donc qu’étant une structure étatique, l’URCN reçoive plus de financement de l’Etat, afin d’orienter ses recherches sur des priorités endogènes.

« Quand on prend la dengue qui est apparu l’année dernière, qui a fait beaucoup de décès, nous ne disposons pas de ressources pour faire des recherches là-dessus parce que la recherche que nous menons aujourd’hui c’est une recherche par opportunité. Les bailleurs de fonds qui nous financent sont intéressés par des thématiques précises, il y a d’autres thématiques qui ne les intéressent pas, mais qui peuvent être des thématiques qui intéressent le Burkina, parce que c’est un problème pour le pays. Il faut que l’Etat burkinabè qui déjà nous soutient (nous sommes une structure publique qui a des fonctionnaires payés par l’Etat et pendant le Covid-19, nous avons reçu des fonds pour mener des recherches), mais il faut que cet effort se renforce et que l’Etat mette des ressources pour nous accompagner », déclare-t-il.

Justine Bonkoungou
Lefaso.net

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