Actualités :: Burkina/Relations soignants-soignés : « Il faut que le malade ou (...)

Adama Kiemdé a soutenu récemment avec brio sa thèse de doctorat à l’université Joseph Ki-Zerbo. Il a travaillé sur le thème « Analyse socio-anthropologique des conflits soignants-soignés dans les centres de santé publics de la ville de Bobo Dioulasso ». Son thème est un sujet d’actualité. Dans les centres de santé publics, les conflits sont récurrents entre les agents de santé, les malades et leurs accompagnants. Sur la base de ses recherches, Dr Kiemdé donne les causes et les mécanismes de résolution des conflits entre les soignants et les soignés.

Lefaso.net : Pour votre thèse de doctorat, vous avez travaillé sur le thème analyse des conflits socio-anthropologiques entre les agents de santé et les malades dans les centres de santé de la ville de Bobo-Dioulasso. Pourquoi le choix de ce thème ?

Dr Adama Kiemdé : J’aimerais d’abord dire merci au fondateur de Lefaso.net de m’avoir donné l’opportunité de parler d’un sujet qui nous intéresse. Nous avons eu beaucoup d’intérêt et de passion à travailler là-dessus. Le thème exact est : « Analyse socio-antropologique des conflits soignants-soignés dans les centres de santé Public de la ville de bobo-Dioulasso ».

Pourquoi avez-vous choisi ce thème ?

Il faut dire qu’un tel sujet intéresse plus d’un. Parce que nous avons tous plusieurs fois eu l’occasion d’aller dans des formations sanitaires. Soit on y va pour sa propre santé ou pour accompagner un parent ou un proche. Ce sont des occasions où on touche du doigt les réalités des services de santé. Donc lors de ces multiples visites, nous avons constaté qu’il y avait des difficultés. Ça c’est en tant qu’utilisateur. Ces difficultés avaient besoin d’être traitées scientifiquement pour montrer les causes. Pour qu’on puisse apporter des solutions dans la mesure du possible. C’est la raison qui nous a poussé à travailler sur ce thème.

Selon vos travaux quelles sont les causes de ces conflits ?

Il faut dire qu’avec le sujet que nous avons traité, nous avons pour objectif d’analyser les causes et les mécanismes de résolution de conflits dans les centres de santé entre les soignants et les soignés. Tel que l’objectif principal est posé, on peut le découper en deux parties. En termes de causes, nous avons trouvé qu’il y en a plusieurs. Nous avons constaté qu’il y a des causes institutionnelles, organisationnelles et des causes socio-culturelles. Pourquoi ce découpage ? Nous savons que les centres de santé publics sont des services de l’État. Ce qui veut dire que c’est l’Etat qui oriente et qui donne la vision à suivre. Et ces centres de santé doivent fonctionner à l’interne. Il y a d’autres facteurs liés à la vie en société. Les services de santé ne sont pas des îlots. Ils sont des structures de la société et ils sont influencés par les mutations sociales. Tous ces aspects peuvent être des sources de conflits. Si je résume, il y a les facteurs externes qui sont les facteurs institutionnels, les factures internes aux centres de santé et les facteurs sociaux.

Est-ce qu’on peut avoir quelques exemples des facteurs internes et externes qui peuvent être source de conflits ?

Concernant les facteurs institutionnels, à partir du moment où ces centres de santé sont des structures étatiques et qui mettent en œuvre la vision de l’Etat, les mesures que l’État prend et demande l’application doivent être suivies pour que cela ne pose pas de problème. Beaucoup de travaux ont montré que les barrières financières étaient des limites à l’utilisation des services de santé. L’Etat, dans sa politique ou dans son pouvoir régalien, à défaut de pouvoir donner la santé à tout le monde, a choisi des mesures sélectives dans le cadre de l’assistance sociale. Dans cette assistance, il y a des groupes cibles pour bénéficier de l’assistance sociale. A notre passage ce qui était en vigueur, c’est l’assistance sociale aux femmes enceintes et aux enfants de moins de cinq ans.

Cette mesure est en vigueur depuis 2016. Sur ce point nous avons constaté qu’il y avait des difficultés dans la mise en œuvre et par ricochet cela a engendré des conflits. Parce que cela a été une attente forte et cela avait donné beaucoup d’espoirs. Mais dans la mise en œuvre, il y a beaucoup d’insuffisances qui font que beaucoup ne sont pas contents. On a parfois des agents de santé qui ne sont très bien préparés. Tout cela fait qu’il y a des difficultés. Celle qui vient en première position c’est la rupture des médicaments. C’est la première cause d’insatisfaction de la mesure. On a la détérioration de la qualité des soins, parce que faisant le lien entre la disponibilité des médicaments et la prise en charge, quand il n’y a pas de médicaments forcément cela va impacter sur la qualité des soins. Puisque si vous êtes éligible, en venant à la formation sanitaire, vous êtes dans les dispositions pour recevoir des soins. Donc vous ne prenez pas les mesures nécessaires pour acheter les produits. Et quand on vous dit que le produit n’est pas disponible et qu’il faut aller en pharmacie, cela devient une autre gymnastique.

En ce moment, la prise en charge est retardée du fait de la non disponibilité du produit. Et cela crée des insatisfactions. Nos enquêtés ont reproché un peu l’insuffisance de volonté des agents de santé dans la mise en œuvre de la mesure. Pour terminer, il y a l’absence de communication. C’est-à-dire, il y a une insuffisance d’informations sur la mesure. Les gens ne comprennent pas que la mesure ne concerne pas toutes les maladies chez les personnes éligibles. Ce sont ces éléments, selon notre étude, qui compliquent la mise en œuvre de la mesure.

Vous qui avez travaillé sur le thème. Peut-on dire que les agents de santé ne sont pas suffisamment formés pour la prise en charge des malades ?

Nous, en tant que sociologue, nous n’avons pas les rudiments pour apprécier si les agents de santé sont bien formés où pas.

Je ne parle pas de la formation mais de la prise en charge des malades…

Oui on peut dire qu’il y a des insuffisances sur la gestion de la relation soignants-soignés comme notre sujet le dit, notamment dans ces aspects sociaux. Parce qu’il y a des réalités sociologiques qui ne sont pas prises en compte. Quand un malade va dans une formation sanitaire, il a toute une histoire. Il est attaché à une famille. Et la famille voudrait être présente du début jusqu’à la fin. Parce qu’on essaie de faire le lien entre ce qu’on a l’habitude de voir avec les traitements traditionnels où les accompagnants sont intégrés. Alors que dans les services de santé moderne, ce n’est pas le cas. On travaille plus avec le malade et on met de côté les accompagnants. Et cela pose un problème parce que l’accompagnant est quelque part au centre de la prise en charge. Ce sont ces aspects de relations que nous pouvons apprécier pour dire qu’il y a des insuffisances. Nous avons constaté qu’il y a une très grande préoccupation concernant les conflits dans les services de santé. Selon les agents de santé qui ont accepté participer à notre étude, il n’y pas de formation allant dans ce sens. Donc très peu ont reçu une formation allant dans ce sens. Contrairement aux aspects techniques où il y a des formations.

Selon les résultats de vos recherches, peut-on dire que la maladie peut être une source de violence ?

Oui la maladie peut être source de violence chez les patients. C’est la pyramide sanitaire que nous avons essayé d’analyser pour voir si les conflits existent partout ou bien c’est au bas niveau seulement. Nous avons constaté que la maladie pouvait être source de violence. D’abord un malade qui est reçu au CSPS n’a pas les mêmes craintes quand on lui dit qu’on va le référer. Déjà quand il arrive au CMA ou à l’hôpital du district, si on arrive à le prendre en charge à ce niveau tant mieux. Si malheureusement, cela dépasse leurs compétences, on dit on vous envoie au dernier niveau. Qui dit dernier niveau, cela correspond à la gravité de votre maladie. C’est une disposition qui ne facilite pas la situation. Donc quand les gens arrivent à ce niveau et qu’ils constatent qu’il y a une lenteur dans la prise en charge, alors qu’ils estiment que la situation est assez grave parce qu’ils sont passés par des étapes pour arriver là. Cela fait que les gens sont sur les nerfs. Et rapidement il y a des agressions verbales et physiques.

Selon vos travaux, qu’est-ce qui pourrait être fait pour améliorer les relations entre les agents de santé et les malades et leurs accompagnants ?

Effectivement nous avons fait des propositions. Le sociologue n’a pas de solution mais il fait des propositions. Au niveau institutionnel, nous avons proposé que les mesures innovantes qui sont salutaires puissent être efficaces. Parce que quand on fait des promesses et qu’il y a des insuffisances, cela complique la situation. Il faut travailler à disponibiliser les produits pour que la prise en charge soit correcte. L’autre problème, c’est aussi l’insuffisance en personnel de santé. Il faut travailler à combler ce gap. Ce qui fait que la prise en charge n’est pas accélérée. Il faut qu’on travaille à rendre opérationnelle sur le terrain l’assurance maladie.

C’est quelque chose de très important pour la prise en charge. Aux agents de santé, ce qu’on pourrait leur demander c’est de revenir sur l’éthique et la déontologie médicale. Parce que nous avons constaté qu’il y a des écarts de comportement. Nous avons constaté qu’il y a des pratiques prohibées notamment des ventes illicites. Nous avons constaté également qu’il y a des rackets. Nous-mêmes nous avons constaté des cas. Les enquêtés soignés ont également rapporté des faits dans ce sens. Quand c’est comme cela, forcément la relation se détériore. A l’endroit des malades, il faut respecter l’organisation interne des services de santé. Et chercher à comprendre les choses en approchant les agents de santé. Voilà de façon résumé ce que nous pouvons proposer.

Quel conseil avez-vous à donner aux agents de santé et aux patients ?

Je vais encore remercier la direction de Lefaso.net et les autorités de l’université Joseph Ki-Zerbo. J’aimerais dire merci aux agents de santé et aux soignés qui ont accepté de nous parler. Ce n’est pas facile de parler de soi même surtout pour un sujet aussi sensible. J’aimerais dire aux agents de santé et soignés de privilégier la communication. Ce qui va permettre de fluidifier les relations sociales. Le plus souvent l’accompagnant est de côté. Il n’a pas toutes les informations, c’est ce qui l’amène à être parfois agressif.

Si on instaure une situation de communication, quand vous recevez le malade même s’il est en mesure de parler, il est important aussi d’expliquer à l’accompagnant comment le service fonctionne, pour le rassurer que tout ce qui est fait, c’est dans l’intérêt du malade. Lorsque cela se passe comme cela, vous donnez la possibilité à l’accompagnant de revenir vers vous quand il a des difficultés. Mais s’il n’y pas de communication dès l’entrée, cela veut dire qu’il y a déjà une barrière qui s’installe. Surtout que notre population est majoritairement analphabète. Il faut prendre le temps de s’entretenir avec les accompagnants pour expliquer les choses.

Je vais revenir sur l’éthique et la déontologie. Il faut que le malade ou l’accompagnant sente que vous travaillez dans son intérêt, sinon cela crée une crise de confiance.

Propos recueillis par Rama Diallo
Lefaso.net

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