Actualités :: Soutenance de thèse de doctorat unique en Sociologie : Adama Kiemdé analyse (...)

Pour accéder au grade de docteur, le doctorant en sociologie, Adama Kiemdé a défendu sa thèse le jeudi 1er juin 2023 à l’université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou. Ses travaux de recherche qui ont porté sur : « Analyse socio-anthropologique des conflits soignants - soignés dans les centres de santé publics de la ville de Bobo Dioulasso (Burkina Faso) », étaient sous la direction du Pr Augustin Palé. L’objectif général de cette recherche est d’analyser les causes et les mécanismes de résolution de conflits soignants - soignés dans ces centres de santé. Après avoir défendu sa thèse, le jury a accepté le travail et auréolé l’impétrant d’une « mention très honorable ».

Mention "très honorable" pour le doctorant en sociologie Adama Kiemdé. Il accède au grade de docteur en Sociologie, spécialité " Socio-anthropologie de la Santé". Les mérites de ses travaux de recherche ont été reconnus par la grande majorité du jury international composé du Président, Pr Kamba André Soubeiga, des membres dont Pr Augustin Palé le directeur de thèse, du Pr Adolphe Codjo kpatchavi de l’université d’Abomey Calavi à Cotonou au Bénin, du Dr Alexis Clotaire Némoiby Bassolé et de l’examinateur, Pr Bouma Fernand Bationo de l’université Joseph Ki-Zerbo. Tout en relevant des imperfections dans le fond comme dans la forme, le jury a reconnu la pertinence et l’actualité du sujet qui permet de mobiliser des données empiriques sur la relation de soins en vue d’approfondir les connaissances scientifiques.

Selon lui, s’il fallait analyser le système sanitaire au Burkina Faso dans une réflexion socio-anthropologique, ce serait aussi celle d’une analyse des conflits entre soignants-soignés abordée par les travaux de la thèse de Adama Kiemdé. Ceux-ci viennent dévoiler l’origine des situations conflictuelles en milieu hospitalier de la ville de Bobo Dioulasso. L’impétrant a expliqué sa problématique tout en se posant la question suivante : « Que se passe-t-il dans les centres de santé publics au Burkina Faso pour que les conflits soient récurrents dans la relation de soins ? » .

Selon Adama Kiemdé, ces centres enregistrent des conflits individuels et collectifs. Et de préciser que leurs manifestations vont des violences symboliques, verbales, physiques et parfois des actes de vandalisme sur des biens publics et privés. De tels événements, pense-t-il, sont inattendus dans ce milieu de la part des acteurs en ces lieux d’introspection de la condition humaine. Et M. Kiemdé d’énoncer que c’est la preuve d’une insuffisance de connaissance de la relation de soins dans les centres de santé publics.

Les travaux de recherches de l’impétrant Kiemdé se sont plus attardés sur les analyses, les causes et les mécanismes des conflits entre le personnel soignant et les patients ainsi que les accompagnants de malades. La démarche de l’étude, qui est hypothético-déductive, s’est plutôt focalisée sur une posture de l’individualisme méthodologique. Elle était axée sur une méthode d’investigation mixte réalisée sur un terrain composé de multiples sites (service de santé, de justice, des Commissariats de police et des Brigades de gendarmerie) par des entretiens et des enquêtes par questionnaires.

Les résultats de la thèse montrent un lien entre les dysfonctionnements institutionnels et organisationnels des centres de santé et la survenue des conflits soignants - soignés. Une telle situation, étaye-t-il, est due aux mesures sociales gouvernementales non maîtrisées dans une situation de fortes attentes de la population. Et cela, analyse-t-il, est fait à l’instar des difficultés de la mise en œuvre de la gratuité des soins et des facteurs administratifs et organisationnels qui bloquent la disponibilité des ressources. M. Kiemdé a insisté sur ces différents aspects qui limitent les performances dans la prise en charge des malades.

Pour ce faire, il souligne l’existence de barrières sociales et culturelles qui dégradent la qualité des relations dans le milieu de santé. Du coup, dans le fil de ses explications, le doctorant situe les implications de la gestion de la maladie qui engendrent des violences. Dans la dimension résolution, il ressort des résultats que la majorité absolue des soignants soit 89% comme des soignés soit 86% prilégient le mode alternatif dans la résolution de ces conflits.

De son analyse, la judiciarisation n’est pas non seulement ancrée dans les habitudes des patients mais aussi ils ont des perceptions négatives sur le règlement judiciaire eu égard aux difficultés d’accès, à la longueure des procédures, à la méconnaissance de la justice et de ses procédures. M. Kiemdé conclut alors que les patients et leurs accompagnants se résignent à suivre les voies républicaines même s’ils sentent que leurs droits sont lésés. Cela pourrait expliquer les violences ci-dessus citées. M. Kiemdé propose au vue de la forte adhésion au mode alternatif de résolution des conflits de travailler à l’implantation de structures formelles de gestion de conflits soignants – soignés dans les centres de santé afin de mettre fin aux inéquités et aux violences dans la relation de soins.

Achille Zingani

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