Actualités :: Santé : « Dans certains médicaments dits traditionnels, des brebis galeuses (...)

Dans un communiqué en date du 17 mars 2023, l’Agence nationale pour la sécurité sanitaire, de l’environnement, de l’alimentation, du travail et des produits de santé (ANSSEAT) alerte sur les dangers liés à la consommation de produits dits naturels à usage thérapeutique. Dans cet entretien accordé à Lefaso.net, Pr Elie Kabré, directeur général de l’ANSSEAT revient en détail sur la teneur du communiqué. En attendant qu’en concertation avec d’autres acteurs, des mesures soient prises pour faire mettre fin à la prolifération de ces produits, Pr Kabré recommande une fois de plus la prudence dans l’utilisation de ces produits dits naturels.

Lefaso.net : L’ANSSEAT a publié récemment un communiqué mettant en garde contre l’usage de certains produits aux effets dangereux pour la santé ; qu’est-ce qui a motivé les enquêtes de l’ANSSEAT ?

Pr Élie Kabré : Il ne s’agit pas d’une enquête. Il s’agit d’un résultat d’une étude, d’un travail de laboratoire que nous avons fait. Il a été motivé par la prolifération de ce type de produits que nous rencontrons dans notre pays et sur la place publique. Presque tous les jours, dans les maquis, il y a des gens qui se promènent et qui vendent à la sauvette des médicaments qui soi-disant soignent toutes sortes de maladies.

Ce qui est quand même surprenant parce qu’en général ça n’existe pas. C’est aussi le témoignage des utilisateurs qui parfois relaient des effets spectaculaires suite à la prise de certains produits dits naturels et qui donnent des effets spectaculaires. Et donc on se demande de quoi il s’agit. Il s’agit aussi de publications, de publicités que les gens font.

A chaque coin de rue, on voit des affiches sur lesquelles les gens prétendent soigner toutes les maladies. Tout cela nous a amené à nous demander quel est le problème qui est derrière tout ça. Comment est-il possible qu’un seul médicament puisse soigner toutes les maladies ? Et des médicaments traditionnels pour lesquels en général, on connaît leurs cibles. On s’est rendu compte que c’est du tout-venant.

C’est ce qui nous a amené à prélever un certain nombre d’échantillons pour faire ces analyses. En faisant un screening, en regardant la nature des molécules actives qui sont dans ces médicaments, on s’est rendu compte qu’il y a dans ces médicaments dits traditionnels, des molécules chimiques qui peuvent être retrouvées. C’est notamment le cas des anti inflammatoires, mais aussi le cas d’hormones.

Et quand on regarde les effets de ces substances, on comprend aisément pourquoi quand on prend une certaine quantité, on a naturellement des effets spectaculaires. Ce sont des effets éphémères puisqu’on n’a pas soigné la maladie, on a peut-être soulagé un mal, mais on n’a pas soigné la maladie.

Lefaso.net : Comment s’est déroulée cette étude, quelle a été la méthodologie utilisée ?

Pr Élie Kabré : Nous avons acheté ou reçu des échantillons de ces produits dits aux effets surnaturels et nous avons fait des analyses de laboratoire. Chaque matrice avec son protocole. Nous avons fait un screening pour voir quelles sont les molécules et on est arrivé à ces résultats. Et ce sont ces résultats que nous avons publiés. Ils feront d’ailleurs l’objet de publications scientifiques pour attirer l’attention du public au niveau national mais aussi international, parce que ces produits ne sont pas seulement utilisés dans notre pays.

Certains font l’objet d’exportation dans d’autres pays et donc il serait intéressant qu’on puisse savoir qu’au-delà de nos frontières, peut-être que cette pratique existe aussi dans d’autres pays. Il serait bien de faire savoir que dans certains médicaments dits traditionnels, il y a des brebis galeuses qui introduisent des médicaments chimiques de la médecine conventionnelle, de la médecine moderne.

Lefaso.net : De quels produits s’agit-il précisément ?

Pr Élie Kabré : Je ne peux dire de nom parce que si je dis le nom d’un produit, ce serait un blanc-seing pour ceux qui ne seraient pas cités. Alors que je n’en ai pas l’exhaustivité. Je sais simplement que nous avons fait un sondage, nous avons pris des échantillons et on a vu effectivement qu’il y avait un souci. Donc je ne peux pas vous dire quels sont les produits qui sont concernés.

Lefaso.net : Mais où trouve-t-on généralement ces produits ?

Pr Élie Kabré : Ça dépend du canal par lequel vous êtes au courant de l’existence du produit. Il y en a qui sont vendus dans les maquis, d’autres par les réseaux sociaux. Si vous n’avez pas dormi la nuit et que le matin, dans un réseau social, on vous dit que si vous avez des courbatures, prenez ce médicament, vous serez guéris, naturellement vous irez vers ça.

Il y a beaucoup de canaux par lesquels les gens passent pour profiter du fait que les gens souffrent. Je reconnais qu’il y a des pathologies pour lesquelles quand tu es allé à l’hôpital et que tu n’as pas eu satisfaction, on aura tendance à aller voir ces gens, malheureusement, ça peut accélérer le mal. Voilà pourquoi on attire l’attention de la population.

Lefaso.net : Quelles peuvent être les conséquences de la consommation de ces produits ?

Pr Élie Kabré : De ce que je sais, quand on regarde la nature de ces produits avec des hormones et des anti inflammatoires qu’on utilise à des quantités astronomiques, que l’on ne respecte pas les dosages que l’on retrouve dans les formes conventionnelles des médicaments, cela donne libre cours à tout. Au-delà des cas d’intoxication aigue que nous pouvons connaître, on peut avoir des pathologies chroniques.

La littérature le mentionne, il y a plein de médicaments qui peuvent avoir comme conséquences de l’hypertension, le diabète, des maladies métaboliques. Par exemple, les hormones peuvent être capables de désorganiser le système hormonal et être à l’origine de certaines maladies. Il y a toute une panoplie de conséquences que nous pouvons greffer à la prise de ces médicaments que nous déconseillons.

Lefaso.net : Que recommande l’ANSSEAT au vu des conclusions de votre étude ?

Pr Élie Kabré : Nous recommandons une grande prudence dans l’utilisation des produits dits « surnaturels ». Il y a beaucoup de médicaments traditionnels qui sont de bons médicaments qui ont été éprouvés et qui sont approuvés. Le ministère de la Santé a même créé une direction en charge de la médecine traditionnelle pour faire la valorisation de ce genre de médicaments.

C’est pour dire que la médecine traditionnelle a une valeur et nous devons tous nous en réjouir. Malheureusement, il y a des brebis galeuses. Donc il faudrait que la population fasse très attention avec l’utilisation de ces produits parce que souvent ce sont des drogues, ce sont des poisons qu’ils sont en train de consommer sans s’en rendre compte.

Des actions seront menées prochainement avec l’appui du ministère de la Santé, notamment avec la direction en charge de la médecine traditionnelle et les structures faîtières des tradipraticiens pour qu’ensemble nous puissions réfléchir pour voir quelles peuvent être les orientations au niveau du gouvernement pour que ces pratiques puissent cesser.

Il faut un engagement fort au niveau du gouvernement, il faut qu’il y ait au niveau législatif des textes qui soient pris pour contrecarrer la prolifération de ce type de produits. Il faudrait qu’il y ait des sanctions pour dissuader ceux qui seraient tentés de jouer avec la santé des populations. Au niveau de l’ANSSEAT, nous allons jouer notre rôle d’alerte, de proposition, d’information, de sensibilisation de la population et nous y veillerons.

Entretien réalisé par Justine Bonkoungou
Lefaso.net
Crédit photo : ANSSEAT

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