Actualités :: « Territorialisation des futurs de l’agro-écologie au Burkina » : Les avenirs (...)

L’Institut de l’environnement et de recherches agricoles (INERA) a organisé, avec ses partenaires de la recherche, du 27 février au 3 mars 2023 à Bobo-Dioulasso, un atelier sur la territorialisation des futurs de l’agro-écologie dans la province du Tuy, région des Hauts-Bassins. Cet atelier qui fait suite à un précédent qui a eu lieu du 30 janvier au 3 février, rentre dans le cadre du projet FAIR Sahel. Il est organisé avec l’appui du Cirad et de l’institut de recherche allemand, ZALF.

L’objectif de cette rencontre était d’explorer les formes que pourrait prendre l’intensification agro-écologique dans les contextes de futurs contrastés afin de mettre en perspective les innovations proposées et testées par le projet FAIR Sahel, selon deux angles : leur résilience vis-à-vis du futur et les types de futur qui leur sont favorables. Des activités multiples ont été menées avec les participants pour qu’ils s’approprient la démarche de l’anticipation pour imaginer et élaborer des scénarios plausibles et contrastés du futur de la province du Tuy en 2045.

Selon Jean-Michel Sourisseau, économiste et chercheur au Cirad, ce projet vise à promouvoir et à créer les conditions favorables pour une transition agro-écologique au Sahel

Cet atelier qui a duré cinq jours a réuni environ une quarantaine de participants ayant une bonne connaissance de la province du Tuy. Ensemble, ils ont réalisé une prospective territoriale, imaginant différents futurs de la province du Tuy en 2045. Pour ce faire, ils ont d’abord identifié des forces de changement de la province, puis sélectionné parmi elles celles qui sont des forces motrices, et ensuite imaginé des états du futur possible de ces forces motrices avant de combiner de façon cohérente ces états du futur pour construire 16 trames de scénarios. Ainsi, six de ces trames ont été sélectionnées, afin de construire des scénarios complets et contrastés, intégrant l’ensemble des forces de changement. Ces scénarios donnent à voir six images de ce que pourrait être la province du Tuy en 2045.

Le Haut-commissaire de la province du Tuy, Issiaka Segda, salue l’initiative des ateliers

Ces différents scénarios sont énumérés comme suit : la population du Tuy se prend en main ; la ruine du Tuy ; l’Etat est défaillant dans le Tuy ; le développement high tech et vert du Tuy ; Yeréké !! (La débâcle) ; décentralisation amorcée et population mobilisée. Ces images présentent des scénarios plus souhaités et des scénarios indésirés. Une fois ces scénarios retenus, une réflexion est menée sur les formes d’agriculture compatibles et sur les places et rôles que l’agro-écologie pourrait avoir dans ces futurs. La confrontation des différents scénarios permettra d’identifier les stratégies les plus robustes qui permettront à la fois de réaliser les futurs souhaitables et de lutter contre les futurs indésirables.

De par leur construction, les scénarios serviront également de référence pour anticiper ou orienter les actions des acteurs de développement de la province. Dr Baba Ouattara est chercheur à l’INERA Farako-Bâ. Il a rappelé que ces deux ateliers ont été organisés pour répondre à une activité du projet FAIR. « Le projet FAIR a plusieurs composantes et la composante 3 vise à créer des conditions qui favorisent l’intensification de l’agro-écologie à l’échelle des territoires. Pour réaliser cette activité, il faut faire des prospectives qui sont elles-mêmes nourries par des diagnostics territoriaux. Pour ces deux ateliers, nous nous sommes concentrés sur la province du Tuy pour imaginer ce qu’elle pourrait devenir à l’horizon 2045 », a-t-il expliqué.

Une quarantaine de participants ayant une bonne connaissance de la province du Tuy ont réalisé une prospective territoriale, imaginant différents futurs de la province du Tuy en 2045

Il a par ailleurs indiqué que cet atelier a permis aux participants d’imaginer le futur de la province du Tuy en 2045 pour permettre d’anticiper et de réorienter les actions, afin d’avoir des futurs souhaitables dans la province en 2045. « Nous avons envisagé des scénarios de futurs désirés et de futurs indésirés. En 2045, la province du Tuy vit dans la quiétude et la population se prend en main est un exemple de futur que nous voulons. Nous pouvons également avoir, ce que nous ne souhaitons pas, qui est qu’en 2045, la province du Tuy est envahie par des terroristes et des bandits, si bien que le développement des activités génératrices de revenus soit quasiment impossible ce qui entraînerait la ruine de la province. Ces deux scénarios aident à réfléchir afin d’actionner le levier qu’il faut, pour qu’en 2045 nous ayons ce que nous voulons », a laissé entendre Dr Ouattara.

Zoumbiéssé Doyé, producteur de la province et participant à cet atelier ne manque pas d’exprimer sa joie pour avoir participé à cet atelier

Le projet FAIR Sahel est un projet à vocation sous-régionale avec des mises en œuvre au Burkina Faso, au Mali et au Sénégal. Il vise à intensifier l’agriculture de manière écologique pour favoriser la résilience des exploitations sahéliennes. C’est un projet phare qui s’intègre parfaitement dans une stratégie qui vise à promouvoir l’intensification durable de l’agriculture pour diminuer la vulnérabilité des petits producteurs aux effets du changement climatique. D’une durée de 4 ans et coordonné par le Cirad, le projet réunit un consortium de treize partenaires d’Afrique de l’Ouest et d’Europe dont l’INERA (Burkina Faso), ZALF (Allemagne), etc.

Selon Jean-Michel Sourisseau, économiste et chercheur au Cirad, ce projet vise à promouvoir et à créer les conditions favorables pour une transition agro-écologique au Sahel et en particulier dans la province du Tuy au Burkina Faso. « L’idée c’est d’avoir des méthodes agronomiques qui soient adaptées à la transition agro-écologique, qui permettent de produire plus mais en respectant l’environnement, en utilisant plus de processus naturels pour conserver les sols », a-t-il souligné.

Dr Baba Ouattara, chercheur à l’INERA Farako-Bâ, rappelle que les scénarios construits serviront de référence pour anticiper ou orienter les actions des acteurs de développement de la province

Le projet travaille à accompagner ou à créer des conditions politiques, financières, économiques, organisationnelles, qui permettent de faciliter la diffusion des innovations. « Nous travaillons sur la question technique, sur la question de la production mais aussi sur tout ce qui est derrière l’agro-écologie, depuis les champs jusqu’à la commercialisation, à la consommation du produit. L’idée avec ces gens, c’est d’avoir une approche territoriale, de s’intéresser au devenir de la province et à ses trajectoires de développement en général, pas simplement de l’agriculture mais de tous les autres secteurs », a laissé entendre Jean-Michel Sourisseau.

Le haut-commissaire de la province du Tuy, Issiaka Segda, a saisi l’occasion pour saluer l’initiative de ces deux ateliers. Il a affirmé qu’au cours de ces ateliers, les participants ont beaucoup appris. Il dit avoir appris à concevoir le tableau morphologique et les synopsis pour le développement. « L’atelier m’a permis personnellement d’élaborer les scénarios souhaitables, intermédiaires et déplorables pour le développement de la province du Tuy. Il y a eu des travaux de groupe qui m’ont permis de savoir aussi comment diriger le groupe et comment faire un management. Nous souhaitons que le document qui va être produit, qui est une vision de développement de la province du Tuy d’ici 2045, que nous puissions l’utiliser à bon escient ; Que nous puissions nous en inspirer pour travailler à ce qu’il y est un changement qualitatif dans le sens du développement de la province du Tuy », a-t-il souhaité.

Même son de cloche chez Zoumbiéssé Doyé, producteur de la province et participant à cet atelier. Il ne manque pas d’exprimer sa joie pour avoir participé à cet atelier. Pour lui, les cultivateurs n’ont plus de terres cultivables et les seules terres qu’ils ont, il faut travailler à bien les entretenir. C’est pourquoi, il estime que cette formation est la bienvenue. « Cet atelier va nous permettre d’outiller nos collègues producteurs dans nos différentes pratiques culturales et autres. Aujourd’hui, il ne faut plus abattre les arbres. Quand vous prenez le Tuy, la vision 2045, il faut que les choses changent dans le Tuy. C’est une vision que nous sommes en train de tracer pour la province du Tuy », a rassuré M. Doyé. Avant d’inviter les partenaires techniques et financiers à toujours financer le FAIR car, dit-il, cela va aider les producteurs dans le monde rural.

Durant ces cinq jours d’atelier, les participants se sont montrés enthousiastes à l’idée d’être en capacité d’infléchir l’avenir agro-écologique de leur province grâce aux leviers d’action mis en exergue par cet exercice d’anticipation. Les résultats de cet atelier seront valorisés à travers un document qui sera établi et mis à disposition des acteurs locaux et des décideurs pour promouvoir une transition agro-écologique viable et robuste.

Romuald Dofini
Lefaso.net

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