ActualitésDOSSIERS :: Attaque contre Sâ dans la Boucle du Mouhoun : Les agissements des VDP ont (...)

Sâ, hameau de culture situé dans la commune rurale de Douroula, province du Mouhoun, région de la Boucle du Mouhoun, a été la cible d’une attaque d’hommes armés courant juillet 2022. Cette attaque a eu pour conséquences le pillage, la destruction des biens et le déplacement à Dédougou de toute la population de cette bourgade d’environ 300 habitants. Pour l’instant, les spéculations sur le mobile de cette attaque vont bon train. Des témoignages de certaines victimes, mettant en cause la responsabilité des dozos de la zone, reconvertis en Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), permettent de percer le mystère des exactions sur les populations de Sâ.

Le lundi 11 juillet 2022, le village de Sâ a subi sa toute première attaque de grande envergure menée par des hommes armés non identifiés. Ces derniers ont pillé matériels et biens des populations, et incendié des concessions et des greniers. Une situation qui a provoqué le départ des habitants de tout le village vers Dédougou. La plupart de ces personnes déplacées sont arrivées dans le chef-lieu de la région, sans un minimum vital.

Selon plusieurs témoins, cette attaque fatidique a surpris plus d’un. A en croire Beka (prénom d’emprunt), les Groupes armés terroristes (GAT) faisaient des incursions sporadiques dans la zone, mais sans heurts.
Il explique que « depuis mars 2022, les hommes armés effectuaient des incursions à Sâ. Quand ils y arrivaient, ils réunissaient les habitants du village à la mosquée pour donner des informations. Le message que les groupes armés véhiculaient à l’endroit de la population était que leur intention n’est nullement de faire du mal à quelqu’un ».

Des personnes déplacées originaires de Sâ, Souma, Douroula et Doumbassa, composées essentiellement de femmes, sur le site de la Direction provinciale en charge de l’action humanitaire du Mouhoun, le mercredi 3 août 2022.

Toutefois, notre interlocuteur confie que les hommes en armes vouent aux gémonies l’Etat burkinabè et l’ensemble de ses représentants. Et cela, souligne-t-il, ils le disent haut et fort à la population. « Notre bagarre, disent les groupes armés, est dirigée contre l’Etat, les forces de défense et de sécurité et les agents de l’Etat », rapporte-t-il.

Situé à environ 30 km de Dédougou, le village de Beka a continué à vivre, pendant au moins quatre mois, au rythme des visites inopinées de ces groupes armés qui venaient y organiser leurs prêches, comme en territoire conquis.
La cohésion entre Sâ et les hommes armés a malheureusement fait long feu. Pour cause, les habitants ont été contraints, un certain lundi 11 juillet 2022 dans l’après-midi, de vider le village sans autre forme de procès.

Ce revirement des GAT, selon notre source, se justifie par la présence de Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) dans la localité. Ces derniers sont accusés d’exactions sur les membres d’une communauté donnée.
Toujours selon des témoins, dès les premières visites des hommes armés dans la zone, des dozos (chasseurs traditionnels) de Sâ ont entrepris de s’organiser pour leur opposer une résistance. Ils se sont reconvertis en VDP pour la simple raison qu’ils désirent contribuer à la défense et à la sécurisation de leur terre natale.

Une opération de don de divers matériels (nattes, seaux et marmites) aux déplacés de Sâ, Souma, Douroula et Doumbassa, par une structure privée dans l’enceinte de la Direction provinciale en charge de l’action humanitaire du Mouhoun.

Avec l’appui des autorités militaires, soutient Beka, les dozos de Sâ ont reçu une formation militaire d’environ un mois, hors du village. A la suite de cette formation, renchérit-il, ces dozos devenus VDP par la force des choses ont été dotés en armes de guerre pour mener la lutte contre le terrorisme. « Cela n’a pas été du goût des groupes terroristes », déclare notre source.

Cette nouvelle donne a créé un bras de fer, d’une part, entre les groupes armés et les VDP et, d’autre part, entre la population et les terroristes. « A cet instant, les VDP étaient devenus des cibles potentielles des groupes armés terroristes », soutient Tomi (prénom d’emprunt), la cinquantaine bien sonnée. « Les terroristes sont venus au moins deux fois dans le village. A ces occasions, ils nous ont demandé de dire aux VDP de quitter le village ou d’aller remettre les armes là où ils les ont prises, sans quoi le village ne sera pas en paix. Nous avons approché les VDP dans ce sens, mais ils ont refusé », a confié ce quinquagénaire avec une mine d’enterrement.

Des allures de vengeance

Les GAT passent à la vitesse supérieure. « A la troisième visite, les terroristes attaquent un des VDP dans son champ. Celui-ci réussit à sauver sa vie tout en donnant la mort à l’un des hommes armés », a poursuivi Tomi. Cette situation, à l’en croire, a fait monter de plusieurs crans la haine des terroristes contre non seulement les VDP, mais aussi le village dans son ensemble.

Selon Abraham (prénom d’emprunt), certains membres des groupes armés sont des natifs des terroirs dans lesquels ils opèrent. Des propos qui corroborent ceux de Beka. Ainsi, le 19 juillet 2022, soit environ une semaine après leur départ forcé, Abraham, accompagné d’un autre villageois, décide de répartir à Sâ pour s’approvisionner en vivres, étant donné que sa famille manque du minimum pour se nourrir à Dédougou.

Malheureusement, ils ont été kidnappés une fois à destination. « Lorsque je suis arrivé au village, trois individus armés sont venus nous mettre aux arrêts. Il y avait un, le plus jeune du groupe je crois, qui m’a appelé par mon nom. Il m’a demandé si je le reconnais. J’ai dit non. C’est là qu’il m’informe que je suis le fils de telle personne et de telle autre personne. Celui qui me connaît sans que je ne le connaisse m’a donné des consignes à respecter quand je serai devant leur chef. Effectivement, en face de leur chef, j’ai dit ce qu’il m’a dit de dire et nous avons été libérés à l’issue de l’interrogatoire, mais avec l’injonction de ne plus jamais mettre les pieds à Sâ », se souvient l’homme âgé d’à peine 40 ans.

Des personnes déplacées internes ayant tout abandonné derrière elles et ne vivant désormais que de la générosité des autres.

Beka dit reconnaitre la légitimité de la réaction des VDP de son village face aux différentes agressions des terroristes. Cependant, il lève le coin du voile sur ce qu’il qualifie d’exactions de la part de ces volontaires. [ Cliquez ici pour lire l’intégralité ]

Yacouba SAMA

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