Région du Nazinon : De l’eau potable à l’état civil, l’ADCT rapproche les services essentiels des populations
dimanche 13 septembre 2026.
De Léongo, village situé à quelques kilomètres de Manga, où une pompe à motricité humaine soulage désormais les populations dans leur quête quotidienne d’eau potable, à Pô, où un bâtiment dédié à l’état civil secondaire facilite la déclaration des naissances, les réalisations accompagnées par l’Agence nationale d’appui au développement des collectivités territoriales (ADCT) prennent des formes différentes, au gré des besoins locaux. Dans le Nazinon, la caravane de presse et de valorisation des réalisations de l’ADCT a permis de mesurer, sur le terrain, l’impact de ces investissements de proximité. Une corvée d’eau allégée, des services mieux organisés et des familles davantage rapprochées des prestations essentielles.
Le soleil de septembre éclaire généreusement les champs verdoyants de Léongo. À environ neuf kilomètres au sud du centre-ville de Manga, le paysage est encore dominé par les cultures et les grands arbres qui offrent par endroits un peu d’ombre. Mais ce qui attire l’attention, ce matin-là, se trouve au cœur du village. Des femmes s’activent autour d’une pompe à motricité humaine. Des bidons jaunes et verts sont posés sur la dalle. Les uns attendent d’être remplis, les autres sont pleins. À proximité, des bicyclettes sont appuyées contre le mur de l’ouvrage. Et les femmes se relaient autour de la pompe. Cette pompe pourrait paraître ordinaire pour des citadins. Pourtant, pour les habitants de Léongo, elle représente une réponse à une préoccupation qui rythmait jusque-là une bonne partie de leur quotidien : l’accès à l’eau potable.
Réalisé en 2024 grâce à l’appui de l’ADCT, à travers le Programme pour la Résilience, la Gouvernance Locale et les Services de Base (PREGOLS), l’ouvrage a permis l’accès à l’eau dans cette partie de la commune de Manga.
Le préfet et président de la délégation spéciale de la commune de Manga, Yézouma Bérenger Bihoun, rappelle que cette réalisation s’inscrit dans une série d’investissements consacrés notamment à l’accès à l’eau. « En 2024, nous avons reçu des fonds pour la réalisation de trois infrastructures, notamment des forages équipés de pompes à motricité humaine, ainsi que deux autres financements pour la réalisation de deux forages », retrace-t-il.
Un soulagement pour les femmes
Avant l’arrivée de la pompe, les habitants de Léongo avaient recours aux puits et aux marigots pour leurs besoins en eau. Une situation particulièrement éprouvante pour les femmes, qui assument encore une grande partie de la corvée d’eau dans les ménages. Pauline Wèda se souvient de ces moments où chaque besoin en eau signifiait un déplacement supplémentaire et une fatigue quotidienne.
En quelques minutes, Pauline Wèda et les autres femmes se procurent de l’eau potable.
« Avant l’obtention de cette pompe, nous utilisions l’eau du puits. Cette eau n’est pas potable et donne des maladies. Nous sommes reconnaissantes pour cette pompe. S’arrêter pour tirer l’eau du puits n’était pas une tâche facile. Nous demandons cependant un château d’eau pour encore faciliter les choses, parce qu’on s’aligne pour enlever l’eau et cela prend du temps. Mais le fait d’avoir de l’eau potable nous réjouit », confie-t-elle.
La nouvelle infrastructure n’a donc pas fait disparaître les files d’attente. Elle a cependant changé la nature du problème. L’eau est désormais disponible à proximité et, surtout, elle est potable. Une autre habitante décrit les difficultés auxquelles les femmes étaient confrontées avant la réalisation de l’ouvrage. « Avant l’arrivée de cette pompe, nous souffrions énormément pour avoir de l’eau. En plus, nous n’avions pas de grands puits. Auparavant, surtout en période des pluies, pour se rendre à un marigot ou au puits, c’était très difficile pour les femmes. Le village est grand, mais l’eau est rare. Cette pompe est vraiment la bienvenue », raconte-t-elle.
À l’entendre, l’ouvrage représente surtout du temps et de l’énergie économisés. Mais les besoins restent importants. Le village est vaste et le nombre d’usagers élevé. « Si ce genre de pompe se fait un peu partout, ça va réduire l’attente pour chaque habitant », souhaite-t-elle. Autour de l’ouvrage, un détail témoigne aussi de l’implication des bénéficiaires. Les lieux sont entretenus et relativement propres. Peu après la réalisation du forage, les habitants ont mis en place un comité chargé de sa gestion et de son entretien.
Yézouma Bérenger Bihoun (en gilet vert), préfet et président de la délégation spéciale de la commune de Manga, exhortant les populations de Léongo à la bonne utilisation de la pompe.
L’accès à l’eau demeure une préoccupation dans plusieurs villages
Pour le président de la délégation spéciale de Manga, cette appropriation locale mérite d’être saluée. « Lorsque cette infrastructure a été réalisée, rapidement les habitants ont mis en place un comité de gestion chargé de la gestion et de l’entretien. Si vous regardez autour de cette infrastructure, vous voyez comment c’est propre. Nous tenons vraiment à remercier le comité de gestion », souligne Yézouma Bérenger Bihoun.
Mais le responsable communal ne perd pas de vue la réalité générale de Manga. L’accès à l’eau demeure une préoccupation dans plusieurs villages et même dans certains secteurs de la ville. À Manga, dit-il, il y a généralement un problème d’eau. « Lorsque nous sommes venus, nous avons rencontré tous les CVD des treize villages pour que chacun puisse nous faire une liste de ses besoins. Nous avons remarqué que le besoin prioritaire, c’était l’eau. Chacun a parlé et beaucoup de quartiers ont demandé des pompes », fait-il savoir. Léongo bénéficie donc d’une infrastructure, mais le chantier des besoins reste ouvert. « Peu à peu, nous allons travailler avec l’appui de l’ADCT pour d’autres financements afin de pouvoir soulager l’ensemble des treize villages de Manga », annonce-t-il.
À Pô, l’état civil se rapproche du centre de santé
Quelques kilomètres plus loin, dans la province du Nahouri, ce n’est plus la question de l’eau qui est au cœur des préoccupations, mais celle de l’accès à un service administratif essentiel. À Pô, l’état civil se rapproche du centre de santé. Au Centre de santé et de promotion sociale (CSPS) du 11-Décembre à Pô, le bâtiment attire immédiatement le regard. Avec ses murs ocre et jaunes, ses portes et fenêtres bleues, l’édifice tranche avec le décor sanitaire qui l’entoure. Il s’agit d’un centre d’état civil secondaire. Sa mission est de permettre aux parents de déclarer les naissances sans avoir à se mêler aux patients venus se faire soigner. Avant la construction de cet espace, les deux publics se retrouvaient dans le même environnement. Les personnes venues pour une déclaration de naissance devaient ainsi composer avec l’affluence du centre de santé.
Pour Iliassa Dianda, président de la délégation spéciale de la commune de Pô, la mission de centre d’état civil secondaire est de permettre aux parents de déclarer les naissances sans avoir à se mêler aux patients venus se faire soigner.
Le président de la délégation spéciale de la commune de Pô, Iliassa Dianda, explique que le projet répond directement à cette difficulté. « Ce que vous venez de visiter est un bâtiment réalisé suite à la dotation du programme PREGOLS à travers l’ADCT, gestion 2025. Nous avons eu au total 23 millions de francs CFA concernant la dotation de 2025. Nous avons utilisé ce fonds pour réaliser des centres d’état civil secondaires. Ce bâtiment n’est donc qu’un échantillon », précise-t-il. La construction de ce type d’ouvrage ne constitue pas une opération isolée dans la province du Nahouri. Sept centres secondaires ont été réalisés en 2024 et trois autres en 2025, soit dix centres de ce type sur les deux années.
L’objectif est de rapprocher le service de l’état civil des populations et de faciliter l’enregistrement des nouveau-nés. « Nous avons constaté que les usagers, ceux qui demandaient des actes de naissance ou qui venaient faire des déclarations de naissance, se mélangeaient aux patients quand ils arrivaient. C’était aussi l’une des difficultés que nous avait fait savoir le médecin-chef. Nous avons donc décidé, à travers ces allocations, de réaliser ce bâtiment pour désengorger le centre médical », explique Iliassa Dianda.
Catherine Tangassogo, agent affecté à l’état civil au CSPS du 11-Décembre de Pô, délivrant une déclaration de naissance à un nouveau père.
Dans le nouveau bâtiment, Catherine Tangassogo, officier de l’état civil de la mairie de Pô, affectée au centre secondaire, assure quotidiennement cette mission. « Nous recevons au minimum quinze déclarations de naissance par mois pour les naissances d’ici. Ce service facilite la tâche aux parents et nous permet de travailler dans de bonnes conditions », témoigne-t-elle.
L’ambition de la commune est donc de faire en sorte que les parents accomplissent cette démarche dans les délais légaux. Pour le président de la délégation spéciale de la commune de Pô, l’enjeu dépasse le simple confort des usagers. « On pourrait dire peut-être que c’est peu, mais je me dis que grâce à ce bâtiment, la population aura le plaisir de déclarer les naissances dans les délais légaux. Cela va beaucoup contribuer à augmenter le taux de déclaration dans les délais légaux », estime-t-il. La commune vise ainsi près de 95% de déclarations effectuées dans les délais légaux.
Des réalisations différentes, des besoins qui se ressemblent
De Manga à Pô, les ouvrages visités dans le cadre de cette étape de la caravane montrent surtout la diversité des besoins auxquels les collectivités doivent répondre. Une pompe à Léongo ne répond pas à la même urgence qu’un centre d’état civil secondaire à Pô. Mais les deux infrastructures ont pour point de départ une difficulté vécue quotidiennement par les populations. Ahmed Sanou, directeur régional de l’Agence nationale d’appui au développement des collectivités territoriales du Nazinon, rappelle que ces réalisations s’inscrivent dans un effort d’investissement beaucoup plus large. « Depuis hier, l’étape de la caravane a démarré dans le Nazinon. Dans la commune de Manga, nous avons pu visiter quelques réalisations, notamment les forages dans le village de Léongo. Et ce matin, nous sommes dans le centre de santé du 11-Décembre de la commune de Pô pour voir les réalisations que la commune a pu effectuer grâce aux appuis de l’ADCT », a-t-il résumé.
« Nous accompagnons les collectivités pour qu’elles mettent un accent sur la gestion de ces infrastructures », Ahmed Sanou, directeur régional de l’Agence nationale d’appui au développement des collectivités territoriales de la région du Nazinon.
De 2011 à nos jours, près de cinq milliards de francs CFA ont été investis dans la région du Nazinon, notamment dans la santé, l’éducation et les infrastructures marchandes. Mais pour Ahmed Sanou, construire ne suffit pas. Encore faut-il que les collectivités et les populations s’approprient les ouvrages et assurent leur entretien. « Quand on parle de réalisations, ce ne sont pas seulement les infrastructures physiques. C’est aussi la gestion et la gestion durable. Nous insistons et nous accompagnons vraiment les collectivités pour qu’elles mettent un accent sur la gestion de ces infrastructures. On parle de gestion, de fonctionnalité, d’entretien et de maintenance pour que les infrastructures soient durables », insiste-t-il.
À Léongo, la présence d’un comité de gestion autour de la pompe illustre cette volonté d’appropriation. À Pô, l’affectation d’un officier d’état civil au centre secondaire donne vie au bâtiment et à sa vocation. Les deux réalisations qui participent au développement local ont des usages différents. L’une permet aux femmes de remplir leurs bidons avec de l’eau potable sans devoir parcourir de longues distances. L’autre permet aux parents de déclarer la naissance de leurs enfants dans un espace dédié, sans se retrouver au milieu des patients. C’est en ce sens que se mesure la portée de ces réalisations de proximité. Lorsqu’un équipement public cesse d’être simplement une infrastructure pour devenir, dans la vie quotidienne, un service réellement accessible à ceux auxquels il est destiné.