Masculinité positive : « Un homme qui écoute, qui pleure et qui partage les tâches n’est pas moins un homme », indique Sabine Gampéné
mardi 8 septembre 2026.
Longtemps associée à la force, à l’autorité et parfois à la domination, la masculinité est aujourd’hui au cœur d’une réflexion nécessaire sur les rapports entre les femmes et les hommes. Au Burkina, où les violences basées sur le genre demeurent une préoccupation, le concept de « masculinité positive » entend agir en amont, en questionnant les normes sociales et les modèles de virilité transmis aux garçons et aux hommes. Respect du consentement, expression des émotions, partage des responsabilités domestiques et parentales, dialogue dans le couple sont autant de comportements qui peuvent contribuer à des relations plus équilibrées. Dans cet entretien, Sabine Gampéné, chargée de projets au Mouvement citoyen FEMIN-IN, explique ce que recouvre cette notion, son intérêt dans la lutte contre les VBG et le rôle que peuvent jouer les hommes, les femmes, les familles, les organisations de la société civile et les pouvoirs publics dans cette transformation.
Lefaso.net : Qu’entend-on exactement par « masculinité positive » ?
Sabine Gampéné : La masculinité positive désigne une façon d’être homme fondée sur le respect, l’écoute et l’égalité entre les femmes et les hommes. Elle invite les hommes à exercer leur autorité, leur force et leur influence non pas pour dominer, mais pour protéger, soutenir et bâtir des relations équilibrées, que ce soit dans le couple, la famille ou la communauté. Ce n’est pas un modèle figé, mais une orientation de valeurs qui rejette la violence, la domination et l’exclusion comme marqueurs de virilité.
Pourquoi est-il important aujourd’hui de parler de masculinité positive au Burkina Faso ?
Cette approche est importante parce que les violences basées sur le genre restent une réalité préoccupante dans notre pays, souvent nourries par des normes sociales qui associent la masculinité à la domination et au contrôle. On ne peut pas prétendre lutter durablement contre ces violences en s’adressant uniquement aux femmes et aux filles. Les hommes et les garçons doivent être des acteurs du changement. Parler de masculinité positive, c’est ouvrir un espace de dialogue avec eux, sans les accuser, mais en les invitant à devenir des alliés.
Quelles sont, selon vous, les caractéristiques d’une masculinité dite « positive » ?
On peut citer notamment le respect du consentement et de l’autonomie de la partenaire, le rejet de toute forme de violence physique, verbale ou économique, la capacité à exprimer ses émotions sans crainte d’être jugé, le partage des responsabilités domestiques et parentales, ainsi que l’écoute et la communication au sein du couple. C’est aussi la capacité à remettre en question certaines pratiques héritées, lorsqu’elles portent atteinte aux droits des femmes.
S’agit-il d’apprendre aux hommes à « devenir moins hommes » ou plutôt à repenser ce que signifie être un homme ?
Il ne s’agit absolument pas de demander aux hommes de renoncer à leur identité, mais de repenser certains repères hérités qui associent virilité et domination. Un homme qui écoute sa compagne, qui pleure, qui partage les tâches du foyer, n’est pas moins un homme. Il exerce simplement sa masculinité autrement. C’est un travail de déconstruction des stéréotypes, pas de négation de l’identité masculine.
Quel lien faites-vous entre masculinité positive et lutte contre les violences basées sur le genre ?
Au Mouvement citoyen FEMIN-IN, la masculinité positive est l’un de nos instruments majeurs dans la lutte contre les violences basées sur le genre. Elle agit en amont, sur les causes profondes : les normes sociales et les rapports de pouvoir inégaux entre les femmes et les hommes. C’est une approche transversale que nous intégrons dans plusieurs de nos interventions, notamment à travers l’École des alliés, un projet par lequel nous formons spécifiquement des hommes et des jeunes garçons sur la lutte contre les violences basées sur le genre et sur l’approche genre dans la communauté, afin qu’ils deviennent eux-mêmes des relais positifs. Nous retrouvons également cette approche dans un de nos programmes où la masculinité positive est mobilisée comme levier de prévention.
Concrètement, comment un homme peut-il adopter une posture de masculinité positive dans son couple ?
En pratique, cela commence par des gestes simples : consulter sa partenaire dans les décisions qui concernent le foyer, respecter son avis et son autonomie, éviter toute forme de contrôle ou d’humiliation, et accepter de partager les charges du quotidien. Cela suppose aussi de savoir communiquer en cas de désaccord, sans recourir à la violence ni au silence imposé, et de reconnaître la contribution de sa partenaire, qu’elle soit économique, domestique ou affective.
Le partage des tâches domestiques et de la responsabilité parentale fait-il partie, selon vous, de la masculinité positive ?
Oui, tout à fait. C’est même l’une de ses expressions les plus concrètes. Quand un homme s’implique dans l’éducation des enfants, dans les tâches ménagères ou dans les soins du foyer, il envoie un message fort à ses enfants et à la communauté : ces responsabilités ne sont pas réservées aux femmes. C’est aussi une façon de réduire la charge mentale et physique qui pèse historiquement sur les femmes.
Comment apprendre aux garçons, dès l’enfance, qu’être un homme ne signifie pas nécessairement être dominant ou ne pas exprimer ses émotions ?
Cela passe d’abord par l’exemple donné à la maison, à l’école et dans la communauté. Il faut valoriser chez les garçons l’expression de leurs émotions plutôt que de les réprimer au nom d’une prétendue force virile, encourager le respect entre filles et garçons dès le plus jeune âge, et intégrer ces messages dans l’éducation familiale, scolaire et communautaire. Les activités de sensibilisation que nous menons auprès des jeunes garçons visent précisément à planter ces graines très tôt.
Quel rôle les pères peuvent-ils jouer dans cette transformation ?
Le père est souvent le premier modèle masculin d’un enfant. Un père qui respecte sa compagne, qui s’implique dans l’éducation de ses enfants et qui gère les conflits sans violence transmet, sans même en avoir toujours conscience, des repères durables. Les pères ont donc un rôle central à jouer, non seulement par leurs paroles, mais surtout par leur exemple au quotidien.
Comment les femmes peuvent-elles contribuer aussi à la promotion de cette masculinité positive ?
Les femmes peuvent encourager et valoriser les comportements positifs chez les hommes de leur entourage, plutôt que de reproduire, parfois sans le vouloir, des attentes basées sur les stéréotypes de virilité. Elles peuvent aussi soutenir l’éducation égalitaire de leurs fils, participer aux espaces de dialogue intergénérationnel et intergenre, et s’associer aux hommes engagés comme alliés dans nos actions, à l’image de ce que nous encourageons à travers nos projets.
Selon Sabine Gampéné, les hommes peuvent rejoindre des initiatives déjà existantes, comme l’École des alliés et les arbres palabres où ils trouveront des espaces d’apprentissage et d’échange avec d’autres hommes engagés dans la même démarche
Les réseaux sociaux participent-ils à renforcer certaines masculinités toxiques ou peuvent-ils au contraire devenir des espaces d’éducation et de sensibilisation ?
Les deux réalités coexistent. Les réseaux sociaux peuvent véhiculer des contenus qui valorisent la domination, l’agressivité ou le mépris envers les femmes, et cela touche particulièrement les jeunes. Mais ces mêmes plateformes offrent aussi un potentiel énorme pour diffuser des messages positifs, toucher un public jeune et créer des communautés d’hommes engagés. Tout dépend des contenus que nous, organisations de la société civile, arrivons à y faire circuler.
Comment convaincre les hommes qui considèrent encore les discours sur l’égalité de genre comme une remise en cause de leur identité ou de leur autorité ?
Il faut d’abord éviter une posture accusatrice et privilégier le dialogue : l’égalité de genre n’enlève rien aux hommes, elle rééquilibre des rapports pour construire des foyers et une société plus harmonieuse. Nous avons constaté que le message passe souvent mieux lorsqu’il est porté par d’autres hommes déjà convaincus, c’est tout l’intérêt de notre approche à travers l’École des alliés : des hommes qui s’adressent à d’autres hommes, avec des exemples concrets et vécus, plutôt qu’un discours perçu comme venant de l’extérieur.
Quel rôle les associations féministes, les organisations de jeunesse et les pouvoirs publics doivent-ils jouer dans la promotion de modèles masculins plus égalitaires ?
Chaque acteur a un rôle complémentaire. Les associations féministes comme la nôtre créent les espaces de formation, de sensibilisation et d’accompagnement direct des communautés. Les organisations de jeunesse peuvent relayer ces messages auprès des pairs, avec une légitimité particulière auprès des adolescents et jeunes adultes. Quant aux pouvoirs publics, ils doivent inscrire ces enjeux dans les politiques nationales, notamment éducatives, et soutenir financièrement et institutionnellement les initiatives déjà portées par la société civile.
Si vous deviez expliquer la masculinité positive à un jeune garçon de 15 ans, que lui diriez-vous ?
Je lui dirais que devenir un homme, ce n’est pas apprendre à dominer les autres ou à cacher ce qu’il ressent, mais apprendre à respecter, à écouter et à protéger sans jamais faire de mal. Je lui dirais que sa force véritable se mesure à sa capacité à traiter les filles et les femmes autour de lui comme des égales, et non à sa capacité à imposer sa volonté.
Et quel message adresseriez-vous aux hommes burkinabè qui souhaitent devenir des alliés dans la lutte pour les droits des femmes, mais ne savent pas toujours par où commencer ?
Je leur dirais de commencer par de petites choses concrètes comme écouter davantage les femmes de leur entourage, remettre en question leurs propres réflexes et habitudes, et accepter de partager le pouvoir et les responsabilités dans leur foyer. Les hommes peuvent aussi rejoindre des initiatives déjà existantes, comme l’École des alliés et nos arbres palabres que nous animons, où ils trouveront des espaces d’apprentissage et d’échanges avec d’autres hommes engagés dans la même démarche.
Qu’est-ce que la masculinité positive peut changer, selon vous, dans la construction d’une société burkinabè plus juste et plus apaisée ?
Elle peut contribuer à réduire durablement les violences basées sur le genre, en s’attaquant à leurs racines plutôt qu’à leurs seules conséquences. Des foyers plus équilibrés, où les responsabilités sont partagées et où la communication remplace la violence, ce sont des communautés plus stables et plus résilientes. À terme, c’est toute la cohésion sociale et le développement du Burkina Faso qui en bénéficient, car aucune société ne peut avancer pleinement en laissant la moitié de sa population subir des violences ou être exclue des décisions qui la concernent.
Entretien réalisé par Farida Thiombiano
Lefaso.net
Vos réactions (10)
par Africain du Burkina, 8 septembre 15:11
Ce concept très douteux de "masculinité positive" sorti tout droit d’obscures think tanks maçonniques occidentaux ne résiste à aucune analyse sérieuse.
La plupart des colporteurs de ces concepts ne savent tout simplement d’où ils viennent dans les faits et à quoi ils servent.
Affaiblir la structure familiale, brouiller la ligne entre les rôles sociaux ou les inverser tout simplement. Mesdames, tout ce qu’on vous a vendu sur ce concept est faux. Par contre, les commanditaires savent très bien ce qu’ils font.
1984, n’est plus aussi orwellien qu’on le croirait.
Bonjour Ole, bien à l’inverse de ce que vous prétendez, ces défenseurs des droits savent parfaitement ce qu’ils font : chercher à créer davantage d’égalité entre les hommes et les femmes et arracher ces dernières à une forme de servitude qui semble parfaitement vous convenir. Hélas pour vous, nous ne sommes ni au XIX° siècle, ni dominés par un islam ou une quelconque religion radicale et ce progrès s’imposera inéluctablement à vous. Il est amusant que vous citiez Orwell en référence, ce dernier n’ayant absolument rien à voir avec la cause féministe, ni son ouvrage avec les méthodes qu’elle utilise. S’il a combattu pour la justice sociale et l’égalité des classes, sa vision des rapports de genre restait ancrée dans les préjugés de la société britannique de la première moitié du XXe. Il vous eu sans doute mieux fallu (sans S) vous en prendre à Victor Hugo, J.Paul Sartre ou Pierre Bourdieu.
Bonjour Africain du Burkina, Ben, faites donc une "analyse sérieuse" alors, que l’on puisse voir si le concept résiste ou pas... Ou serait-ce que les représentants de la masculinité non-positive, refusent de réfléchir...?
Est-ce qu’on peut avoir les statistiques sur les violences dans les couples au Burkina Faso et dans le monde ? Types de violences ? La part de violences faites aux hommes ? Il faut sortir des faux clichés et des discours imaginaires. Je ne connais aucun homme en couple qui ne participe aux tâches ménagères. C’est impossible. La proportion, oui !
Je pense que tout homme et toute femme doit apporter une meilleure contribution à la famille, la communauté. Un couple avec un revenu de 500000 F CFA par mois avec un enfant tire le diable par la queue. Le pouvoir d’achat est l’une des principales causes des crises dans les couples et non la masculinité.
Regardons les occidentaux et tirons les leçons.
Sinon, nous augmenteront les LGBTQ positive.
Et nos larmes finiront !
Bonjour RV, Heu, avant d’aborder les problèmes de genre je souhaiterais revenir sur votre propos : "Un couple avec un revenu de 500000 F CFA par mois avec un enfant tire le diable par la queue." Ha bon, mais alors, que penser des plus de 40% de nos concitoyens vivant en dessous du seuil de pauvreté, ce dernier s’établissant selon les chiffres de INSD de la façon suivante : "Le seuil de pauvreté qui correspond à la dépense annuelle en deçà de laquelle les individus sont considérés comme pauvres est évalué à 247 806 FCFA par personne et par an en 2021. Ce seuil était de 194 629 FCFA en 2018 ; ce qui correspond à une hausse de 27,3% en trois ans, essentiellement due à la hausse des prix des produits alimentaires." Que penser donc, de ces gens qui vivent une année, avec la moitié du revenu mensuel, de ceux qui "tirent le diable par la queue"...? Et de ces millions de déplacés internes, qui ont tout perdu et survivent de... rien, qu’en penser, si l’on n’arrive pas à s’en sortir avec 500.000F/mois ? J’ai souvent écrit qu’il y a plusieurs Burkina et que ceux du Ouagaland n’ont aucune conscience de ce que vivent les autres. Mais bon, le travail d’une révolution populaire n’est-il pas de réduire ce fossé...? Concernant les problèmes de genre, prétendre qu’ils n’existent pas ou tomber dans une carricature qui consiste à faire croire que la masculinité positive (pourtant fort bien expliquée), nous amène tout droit vers l’homosexualité, ne me semble pas très progressiste.
Chère Madame Gampéné, dans votre juste combat, un point me parait essentiel : "la capacité (qu’auront les hommes, mais aussi les femmes) à remettre en question certaines pratiques héritées, lorsqu’elles portent atteinte aux droits des femmes... (ou des humains de façon générale)" Cet aspect primordial, entrant en conflit avec la volonté de valoriser nos traditions, sans réflexion préalable, sans en faire un tri, mais en devant tout accepter en bloc, comme si la tradition devait forcément être sacralisée. Puissant paradoxe pour une révolution qui se prétend progressiste...
Toutes les dérives de la modernité trouvent des défenseurs sous nos cieux. Souvent il faut tenir compte de nos réalités avant de venir étaler certaines choses à la face des gens. Ce genre d’homme qu’elle décrit, sont traité par cette même gente féminine d’homme princesse. Vous voulez quoi à la fin ? défendre des valeurs qui n’en sont pas une.