
Actes terroristes : Plus de 17 000 Africains tués chaque année, révèle le président algérien qui décrie l’incapacité de l’UA à respecter les engagementsS’il y a des actions qui n’ont jamais fait défaut à l’Union africaine, ce sont ces réunions faites de belles intentions à brasser les aspirations des peuples du continent. De l’Organisation de l’Unité africaine (OUA) à l’Unité africaine (UA), le temps passe, les défis s’accumulent, se métamorphosent, mais l’organisation continentale semble, elle, briller dans le quasi-immobilisme, voire une incapacité face aux défis contemporains. Que ce soient les conflits ou les crises humanitaires, point d’Union africaine ! Va-t-on quitter les salles feutrées pour le terrain ? C’est dans ce train-train qu’on a pu constater la tenue, le 30 août 2026, en Angola, de la XXIè Session extraordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement, consacrée au renforcement des mécanismes de prévention et de règlement des conflits sur le continent. Au cours de cette instance, et cette fois-ci, c’est le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, qui a dit tout haut ce que pensent nombre d’Africains de l’UA, avec à l’actif des « recommandations pratiques » pour inverser la tendance. Cette session extraordinaire de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine (UA) a été placée sous le thème : « Renforcer les mécanismes de prévention et de règlement des conflits en Afrique ». A cette réunion, le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, a, à travers son mandataire, le président du Conseil de la nation, adressé un message aux participants. En effet, après avoir dépeint la situation du continent, le président algérien n’est pas allé du dos de la cuillère pour mettre l’Union africaine face à ses responsabilités. « Notre continent connaît, en effet, une multiplication des foyers de tension, une aggravation des conflits prolongés et une intensification des guerres par procuration et des ingérences étrangères éhontées, sans compter la persistance du gel du processus de décolonisation, dont l’aboutissement demeure une question cruciale pour la stabilité du continent. Les indicateurs sécuritaires alarmants sur le terrain révèlent la gravité de la situation », a dressé le président Abdelmadjid Tebboune. Selon le chef de l’Etat algérien, « au cours de la dernière décennie, le continent a enregistré une hausse vertigineuse de 400% des attaques terroristes et une augmentation de 237% du nombre de décès qui en découlent ». De plus, poursuit-il, l’Afrique compte désormais, à elle seule, près de 63% de l’ensemble des victimes du terrorisme dans le monde, tandis que la région sahélo-saharienne supporte, à elle seule également, plus de 51% de ces pertes, auxquelles s’ajoute la mort de plus de 17 000 Africains chaque année, soit une moyenne de 46 morts par jour. « Face à ces défis grandissants, et convaincus que la paix et la sécurité en Afrique forment un tout indivisible, nous constatons qu’en dépit des efforts déployés, l’UA demeure marginalisée et reléguée aux rôles secondaires dans les initiatives et processus de paix sur son propre territoire. Le problème fondamental ne tient pas à l’absence de textes ou de cadres institutionnels, mais aux défaillances dans leur mise en œuvre et au manque de volonté politique face aux engagements continentaux », charge le président algérien qui réaffirme l’« engagement constant » de son pays envers les causes africaines. Pour ce faire, le dirigeant a fait à l’Assemblée générale, des « recommandations pratiques ». Il s’agit, premièrement, de renforcer le système de prévention sans surcharger le continent de nouvelles structures. « La sagesse exige de coordonner la création de nouveaux mécanismes et structures susceptibles d’alourdir inutilement notre organisation. Il convient plutôt de renforcer l’intégration et le partenariat entre les mécanismes existants, à commencer par la Commission de consolidation de la paix des Nations-unies (CCP). Cela passe par l’activation du système d’alerte précoce, la pleine exploitation de l’Outil continental d’évaluation des risques et le renforcement du rôle consultatif et diplomatique du Groupe des Sages. Nous soulignons également la nécessité d’accélérer l’opérationnalisation complète du Fonds pour la paix de l’Union africaine et de fournir des ressources suffisantes et durables pour financer les initiatives préventives et la diplomatie proactive », argue-t-il.
Deuxièmement, ancrer la présence et l’intervention sur le terrain de l’UA. Alger estime que l’Union africaine doit, dans le domaine de la prévention ou du règlement des conflits, imposer sa présence sur le terrain pour lutter contre les groupes terroristes et les réseaux du crime organisé, tout en fournissant une aide humanitaire d’urgence. Ce qui passe par, convainc-t-il, le déploiement effectif et opérationnel des organes de l’UA, notamment les représentants spéciaux du président de la Commission, l’activation de la Force africaine en attente avec ses composantes régionales, et l’intensification des actions sur le terrain du Groupe des Sages. Par la troisième recommandation qu’il a formulée, le président Abdelmadjid Tebboune prône un retour aux fondamentaux et aux bons offices. « Les mécanismes fondateurs de notre Organisation continentale nous rappellent que les bons offices des chefs d’État et de gouvernement constituent l’instrument le plus efficace. Aussi, nous estimons qu’il est indispensable que la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’UA inscrive l’examen du traitement des crises à l’ordre du jour de ses sessions et réunions périodiques, et que leurs Excellences mènent personnellement les efforts de médiation directe avec leurs homologues, dans un esprit de fraternité et de solidarité africaine », décline-t-il. Le chef de l’Etat algérien recommande, enfin, d’établir un lien entre la paix, le développement et l’action humanitaire. « Convaincus qu’il ne saurait y avoir de paix et de sécurité sans développement, ni de sécurité stable sans une réponse aux catastrophes humanitaires, nous appelons à la conjugaison des efforts et à la valorisation des atouts compétitifs de notre continent. La situation humanitaire tragique vécue par des millions de nos concitoyens africains interpelle notre conscience collective et exige une action urgente et unifiée de l’Union africaine, en coordination avec les partenaires internationaux. Ce faisant, les ressources de l’Union doivent être orientées vers des projets concrets ayant un impact direct sur la vie des citoyens africains, tout en autonomisant les jeunes et les femmes, qui constituent le socle de notre présent et la clé de notre avenir », a-t-il développé à travers cette quatrième recommandation. Cette intervention d’Alger n’est pas passée inaperçue, surtout dans un contexte où le pays a, pendant longtemps, convergé des projecteurs, notamment au sujet de la crise sécuritaire qui prévaut dans le Sahel. Pendant longtemps (ces dernières années) l’axe Alger-Bamako n’a pas été au beau fixe. Au-delà du Mali, la tiédeur avait, par ricochet, gagné Ouagadougou et Niamey avec lesquels, Bamako forme la Confédération AES. Heureusement, peut-on dire, l’on assiste depuis quelques semaines, à l’enterrement de la hache de guerre entre Alger et Bamako, dégel marqué surtout par la succession d’actes concrets (rechauffement des relations diplomatiques entre le deux États, visite du Premier ministre malien à Alger, séjours du Premier ministre nigérien dans la capitale algérienne, visite de délégations algériennes à Niamey, etc.). Ce langage de vérité de l’Algérie lors de cette XXIè Session extraordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement s’inscrit également dans un contexte général de retour pour la première fois depuis au moins dix ans, de son président à un sommet de l’Union africaine (UA). C’était à la 38è session tenue en février 2025 à Addis-Abeba, en Ethiopie. Cette « participation exceptionnelle » de l’Algérie, s’inscrivait dans la volonté également de ravir le poste de vice-président de la Commission de l’UA convoité (en plus de la candidate algérienne, il y avait une Marocaine, une Egyptienne et une Libyenne). Un « retour gagnant », car la candidate algérienne, Selma Malika Haddadi, a été finalement élue à ce poste. « Le président algérien n’est pas seulement venu pour la première fois depuis plus de dix ans à un sommet de l’Union africaine. Abdelmajid Tebboune s’est démené dans les réunions, dans les couloirs et les apartés avec ses homologues africains pour marquer le retour de son pays dans une enceinte qui ne fut pas naguère sa priorité », avait, en février 2025, rapporté mondafrique, qui apprenait en outre qu’à ce sommet, le président Tebboune a annoncé une contribution d’un million de dollars au Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP), une des initiatives-phares de l’Union africaine, en léthargie depuis plusieurs années, faute de financement adéquat.
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