
Burkina/Environnement : Le PPACI-BF dresse le bilan de ses acquis et renforce son dispositif d’assurance climatiqueLe comité de pilotage du Projet « Promotion d’une assurance climatique indicielle pour les petits exploitants agricoles au Burkina Faso » (PPACI-BF) a tenu, ce vendredi 7 août 2026 à Ouagadougou, sa première session ordinaire de l’année 2026. Cette rencontre a permis aux membres du comité de faire le point sur les acquis enregistrés par le projet et de se pencher sur les actions à poursuivre pour renforcer la résilience des petits producteurs face aux effets du changement climatique. Mise en œuvre pour accompagner les exploitants agricoles confrontés aux risques climatiques, le PPACI-BF a déjà permis d’assurer 7 087 producteurs entre 2023 et 2025. Au cours de cette période, plus de 18,3 millions de FCFA d’indemnités ont été versés aux producteurs victimes de sinistres. La session du comité de pilotage a ainsi constitué un cadre d’examen des résultats enregistrés au cours de l’année 2025, du niveau d’exécution du projet au 30 juin 2026 ainsi que du Plan de travail et de budget annuel (PTBA) 2026 révisé. Exécuté dans les communes de Safané et Tchériba, dans la région de Bankui, ainsi qu’à Dori, dans la région du Liptako, le PPACI-BF a été formulé par le gouvernement du Burkina Faso avec l’appui technique et financier du Fonds pour l’environnement mondial (FEM) et du Programme des nations unies pour le développement (PNUD).
De Safané à Tchériba, en passant par Dori, l’expérience du projet montre progressivement que l’assurance climatique peut devenir un levier important pour permettre aux petits producteurs de mieux faire face aux conséquences des aléas climatiques
Le projet repose sur l’assurance climatique indicielle, un mécanisme qui permet d’indemniser les producteurs lorsque certains paramètres climatiques prédéfinis, notamment la pluviométrie, atteignent les seuils prévus dans les contrats. Contrairement à une assurance classique qui nécessite une évaluation individuelle des dégâts dans chaque exploitation, ce dispositif s’appuie sur des données climatiques collectées dans les zones couvertes. Présidant les travaux, le président du comité de pilotage du PPACI-BF, Blaise Yoda, a rappelé l’importance du projet dans un contexte marqué par la multiplication des aléas climatiques.
Blaise Yoda, président du comité de pilotage du PPACI-BF, a salué les acquis enregistrés par le projet et appelé à la consolidation des résultats obtenus
Selon lui, les résultats enregistrés en 2025 témoignent des avancées réalisées par le projet. L’année a été marquée par un taux de réalisation physique de 95 % et une exécution financière de 108 %. Pour l’année 2026, le Plan de travail et de budget annuel révisé s’élève à 1,165 milliard de F CFA. Les principales orientations portent sur l’enrôlement de 6 000 nouveaux assurés, la distribution de 75 tonnes de semences améliorées et l’aménagement de 30 périmètres maraîchers dans la ceinture verte de Ouagadougou au profit de 850 exploitants. Au-delà des chiffres, les responsables du projet estiment que l’assurance climatique contribue progressivement à instaurer une nouvelle approche dans le monde agricole : celle d’une meilleure anticipation des risques. Pour Ali Traoré, président de la délégation spéciale de la commune de Safané, l’assurance climatique constitue une réponse adaptée aux difficultés auxquelles les producteurs sont confrontés. Il a également salué l’introduction du produit d’assurance contre les inondations, qui a permis à certains producteurs touchés par des sinistres de bénéficier d’un accompagnement. Des dires de Ali Traoré, au-delà de la prise en charge des pertes, le projet contribue à rassurer les producteurs et à les encourager à investir davantage dans leurs exploitations.
Ali Traoré, président de la délégation spéciale de la commune de Safané, a indiqué que le projet contribue à sécuriser les activités agricoles des producteurs face aux risques climatiques
Au cours de la session, le coordonnateur du PPACI-BF, Dr Brama Ouattara, est revenu sur les résultats enregistrés par le projet depuis son lancement. Il a notamment indiqué qu’au 30 juin 2026, environ 3 000 producteurs avaient déjà souscrit à l’assurance pour la campagne agricole en cours. Mais le PPACI-BF ne se limite pas uniquement à l’assurance. Le projet a également développé des actions complémentaires pour renforcer la capacité d’adaptation des producteurs face aux changements climatiques. Des stations météorologiques automatiques ont ainsi été installées dans les zones d’intervention. Elles sont complétées par des pluviomètres manuels dont les relevés sont effectués par les producteurs eux-mêmes.
Dr Brama Ouattara, coordonnateur du PPACI-BF, a présenté les résultats enregistrés par le projet et les perspectives de consolidation des acquis
Il note que ce dispositif permet d’améliorer la fiabilité des données et de renforcer la transparence dans le déclenchement des indemnisations. « En regardant nos réalités, les paysans ne produisent que trois mois sur douze. Pendant les neuf mois restants, ils ne produisent pratiquement pas. Il fallait donc mettre en place des périmètres maraîchers pour permettre la culture de contre-saison et ne pas se limiter uniquement à la campagne humide », a indiqué le coordonnateur. La sensibilisation, un enjeu pour l’adoption de l’assurance agricole Malgré les avancées enregistrées, le PPACI-BF reste confronté à un défi important : favoriser une meilleure appropriation de l’assurance climatique par les producteurs. Pour le coordonnateur du projet, la principale difficulté demeure la compréhension du mécanisme par les exploitants agricoles. « La plus grosse difficulté, c’est d’abord notre culture en matière d’assurance. De nombreux paysans pensent que c’est de l’escroquerie. Et ce n’est pas seulement ceux qui ne sont pas allés à l’école. Même ceux qui ont été scolarisés, lorsqu’ils souscrivent une assurance, ils s’attendent forcément à recevoir quelque chose en fin d’année. Or, ce n’est pas le principe », a-t-il relevé. Pour lui, le travail de sensibilisation consiste à amener les producteurs à comprendre que l’assurance intervient lorsque survient un événement imprévu susceptible de compromettre leurs efforts.
Initialement prévu pour la période 2020-2025, le PPACI-BF a bénéficié d’une prorogation de 18 mois, portant sa mise en œuvre jusqu’en 2027. Créé officiellement en avril 2021, le projet a lancé ses activités le 30 novembre 2021. Les premières souscriptions sur le terrain ont débuté en 2022
Sur le terrain, certains producteurs témoignent déjà de l’intérêt de ce dispositif. C’est le cas de Baye Tiambié, producteur bénéficiaire venu de la commune de Tchériba. Il confie que l’assurance climatique a permis de redonner confiance aux exploitants agricoles. « Face aux aléas climatiques, l’assurance constitue une véritable sécurité pour les producteurs. Depuis que nous avons adhéré à ce dispositif, nous avons plus de courage pour investir dans l’agriculture, car nous savons qu’en cas de problème, nous ne sommes pas seuls et qu’un accompagnement existe pour nous aider à surmonter les pertes », a-t-il témoigné. Selon ce producteur, l’assurance ne représente pas seulement un soutien financier après un sinistre. Elle joue également un rôle dans la stabilité des communautés rurales en limitant les conséquences sociales des mauvaises campagnes agricoles.
Baye Tiambié estime que les indemnisations reçues par certains producteurs ont permis de répondre à des besoins essentiels dans les familles, notamment la prise en charge de certaines dépenses.
Baye Tiambié, producteur bénéficiaire du projet, a salué l’accompagnement des partenaires techniques et financiers du PPACI-BF
Consolider les acquis pour assurer la pérennité du mécanisme À travers cette première session ordinaire de l’année 2026, le comité de pilotage a réaffirmé la nécessité de consolider les acquis du PPACI-BF et de poursuivre les actions engagées au profit des petits exploitants agricoles. Prorogé jusqu’au 31 mars 2027, le projet entre dans une phase consacrée à l’ancrage des résultats obtenus et au transfert progressif des expériences développées. Le projet prévoit également de poursuivre les réflexions autour de la création d’une structure publique dédiée à l’assurance agricole, afin de faire de ce dispositif un outil durable au service des producteurs burkinabè. SB |