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Pratique de l’animisme : « Il faut que nous nous assumions tels que nous sommes, avec nos valeurs et nos traditions », Dr Lamourdia Thiombiano, écrivain et homme de sciences

mercredi 29 juillet 2026.

 

Peut-on être scientifique et consacrer un ouvrage à la pratique de l’animisme ? Pour le Dr Lamourdia Thiombiano, il n’y a là aucun paradoxe. Fort d’un parcours qui l’a conduit dans de nombreuses institutions nationales et internationales, ce docteur en sciences du sol revendique un engagement en faveur de la transmission des savoirs et des valeurs africaines. Dans son nouvel ouvrage, « Gloire à Dieu : La pratique de l’animisme », il s’attache à mieux faire connaître une spiritualité souvent mal comprise, tout en déconstruisant les stéréotypes qui lui sont associés. Pour l’auteur, il est temps que les Africains assument pleinement leur héritage culturel et redécouvrent les valeurs de leurs ancêtres. Dans cet interview accordé à Lefaso.net, il revient sur les motivations qui ont guidé son écriture, éclaire les fondements de sa réflexion et partage sa vision d’une spiritualité porteuse d’identité, de cohésion sociale et de développement.

Lefaso.net : Parlez-nous de votre parcours professionnel ?

Dr Lamourdia Thiombiano : J’ai d’abord travaillé, après mon doctorat en sciences du sol, au service national des sols. Par la suite, je suis devenu chercheur et j’ai occupé différentes responsabilités. J’ai notamment été directeur scientifique et technique du Centre national de la recherche scientifique et technologique (CNRST). En 2002, j’ai rejoint la FAO où j’ai commencé comme fonctionnaire technique senior au Ghana. J’ai ensuite été directeur adjoint du bureau sous-régional en Éthiopie, avant d’être affecté au Gabon comme directeur sous-régional où je couvrais toute l’Afrique centrale. Je suis revenu à Accra comme représentant régional adjoint pour l’Afrique, tout en étant responsable de la zone CEDEAO.

J’ai terminé ma carrière à la FAO en tant que représentant régional pour le Maghreb, couvrant les cinq pays de cette région. Après cette carrière internationale, qui a duré une quinzaine d’années, je suis rentré au Burkina Faso. J’ai alors été sollicité pour mettre mon expérience au service du pays. J’ai accepté, d’abord comme secrétaire exécutif du Conseil national de la sécurité alimentaire, puis comme secrétaire général du ministère de l’Agriculture. Par la suite, j’ai également travaillé dans le secteur privé en qualité de directeur général. J’ai ainsi eu un parcours particulièrement diversifié, qui m’a permis de fréquenter des milieux différents, de découvrir plusieurs cultures et d’élargir considérablement ma perspective.

Qu’est-ce qui amène un homme de sciences exactes et de terrain à écrire sur la spiritualité et l’animisme ?

Je peux dire que j’ai un parcours un peu atypique sur ce plan. Je suis né dans une cour royale du Gulmu. Cette origine a très tôt façonné mon enfance dans le respect des traditions et des coutumes. D’ailleurs, comme vous pouvez le constater, j’ai conservé un nom authentiquement gourmantché. Ce qui m’a véritablement donné envie d’écrire sur cette thématique, c’est le constat que beaucoup de peuples conservent leurs traditions et leurs noms.

Dans certains pays, comme le Lesotho, lorsque vous vous présentez avec des prénoms importés, on vous demande si vous n’avez pas un nom traditionnel. Lorsque je me présentais avec mon nom, cela suscitait toujours un intérêt particulier. Cette expérience a renforcé ma conviction que nos traditions et nos valeurs sont profondément importantes. J’ai également constaté qu’il existait un vide. Beaucoup parlent de la tradition, de l’animisme ou de la spiritualité à travers le monde, mais souvent avec un regard extérieur qui n’est pas toujours objectif.

Un autre élément a été déterminant. Ma dernière fille, qui fréquentait une école bilingue, avait un enseignant américain. Celui-ci demandait à chaque élève quelle était la religion de son père. Ma fille a répondu que j’étais animiste. Son professeur lui a alors demandé : « Les animistes ont-ils un prophète ? Ont-ils un livre ? Ont-ils un lieu de pèlerinage ? » En somme, il faisait référence à toutes les caractéristiques généralement associées aux religions révélées.

Lorsqu’elle m’a rapporté cette conversation, j’ai compris que ces interrogations étaient pertinentes. Il était effectivement difficile de trouver un ouvrage écrit par un pratiquant expliquant les principes de cette spiritualité. C’est l’ensemble de ces questionnements qui m’a conduit à réfléchir à la manière dont je pouvais contribuer à une meilleure connaissance de cette spiritualité, qui est pourtant présente à l’échelle mondiale. En tant qu’homme de science, je constate d’ailleurs, de façon paradoxale, que les scientifiques écrivent souvent davantage que les littéraires ou les philosophes.

Les hommes de science s’intéressent avant tout au contenu, à la transmission des connaissances et des faits. La forme est ensuite travaillée par les éditeurs. Les littéraires, eux, recherchent parfois davantage la perfection stylistique, ce qui peut constituer un frein à l’écriture. À mon avis, c’est aussi ce qui explique qu’au Burkina Faso, une grande partie des écrivains soient issus des sciences, des mathématiques ou d’autres disciplines auxquelles on n’associe pas spontanément la littérature.

« Les gens pensent que les animistes ne croient pas en Dieu ou n’auraient pas de Dieu », déplore le Dr Lamourdia Thiombiano, écrivain et homme de sciences

Comment décrivez-vous l’animisme dans cet ouvrage, notamment dans un pays comme le Burkina Faso où coexistent plusieurs cultures et coutumes ?

Avant ce livre, j’ai publié, en 2023, un premier ouvrage consacré aux principes de l’animisme. Mon objectif était de combler un vide, car beaucoup de personnes pensaient et continuent parfois de penser que les animistes croient en plusieurs dieux. Dans cet ouvrage, j’ai présenté vingt-quatre principes fondamentaux. Le premier est que les animistes croient en un Dieu unique, situé au sommet de la pyramide. Les demandes concernant la santé, la paix ou toute autre préoccupation passent ensuite par les ancêtres, qui jouent un rôle d’intermédiaires. Je pense que cette clarification a permis de rassurer beaucoup de personnes.

Après cette première publication, plusieurs lecteurs m’ont dit : « Les principes, c’est bien, mais dans la pratique, comment cela se passe-t-il ? » C’est cette interrogation qui est à l’origine de mon second livre consacré aux pratiques de l’animisme. J’y présente les pratiques en les rattachant chacune aux vingt-quatre principes. Par exemple, lorsque nous affirmons que nous croyons en un Dieu unique, j’explique concrètement comment cette relation s’exprime au quotidien. Pour l’animiste, Dieu est présent dans chaque acte de la vie.

Il prie Dieu en permanence et demande à ses ancêtres de l’accompagner. Il n’existe pas forcément un jour réservé à la prière.
Au Burkina Faso, cette pratique prend une certaine forme. Dans d’autres régions du monde, comme en Inde ou en Chine, les rites sont différents, mais ils reposent sur le même principe fondamental : il n’y a qu’un seul Dieu, que l’on prie en tout temps et en tout lieu. J’aborde également la question de l’organisation. Si beaucoup portent aujourd’hui un regard déformé sur l’animisme, c’est aussi parce que cette spiritualité manque souvent de visibilité. Au Burkina Faso, nous assistons à une véritable renaissance.

De plus en plus de personnes s’affirment comme animistes, ce qui est très positif. Les autorités coutumières ont également joué et continuent de jouer un rôle important dans la préservation de l’essentiel. Cependant, beaucoup hésitent encore à se déclarer animistes. Il faut que les gens s’assument. Une fois cette étape franchie, il devient nécessaire de s’organiser selon les traditions, les coutumes et les spécificités de chaque communauté. Les pratiques ne sont pas exactement les mêmes selon que l’on soit de l’Est, de l’Ouest ou du Sud du pays. En ville notamment, où les communautés sont dispersées, il est important que les personnes puissent se retrouver, échanger et renforcer les liens de solidarité.

Le titre de votre ouvrage associe deux expressions qui pourraient sembler contradictoires. Lorsqu’on lit « Gloire à Dieu », on ne s’attend pas forcément à découvrir ensuite « Les Pratiques de l’Animisme ». Pourquoi ce choix ?

C’est un choix totalement assumé. Je voulais précisément déconstruire les préjugés qui entourent les animistes. Lorsqu’on entend l’expression « Gloire à Dieu », certains pensent qu’elle appartient exclusivement aux religions révélées, comme si elles en avaient le monopole. Or, pour les animistes également, il n’existe qu’un seul Dieu, que nous glorifions aussi, même si nous l’exprimons différemment.

Le choix de ce titre vise donc à rappeler que le Dieu unique est aussi le Dieu des animistes. Avant même ce titre, j’ai inscrit sur la page de garde une autre expression qui me tient particulièrement à cœur : « Soyons nous-mêmes ». Cette invite est importante parce que, si l’on prend le cas du Burkina Faso, nous avons perdu une partie de nos valeurs et de nos coutumes, notamment dans les milieux intellectuels. Les effets de la colonisation, de l’esclavage, mais surtout de la domination culturelle ont progressivement éloigné beaucoup d’entre nous de notre identité.

Aujourd’hui, nous sommes culturellement hybrides, partagés entre un univers qualifié de moderne et notre héritage traditionnel. Pourtant, même les sociétés occidentales reviennent progressivement vers certaines valeurs qu’elles avaient abandonnées. Elles redécouvrent l’importance de la protection de l’environnement, de la nature et du lien entre l’homme et son milieu de vie. Les incendies observés en Europe illustrent bien cette prise de conscience.

Autrefois, certains considéraient les forêts uniquement comme des espaces économiques. Aujourd’hui, ils comprennent que ces milieux possèdent un équilibre qu’il faut préserver. On voit même, dans certains pays d’Europe ou aux États-Unis, des pratiques thérapeutiques consistant à mettre des enfants au contact des arbres afin de renouer avec la nature. Les sociétés reviennent donc vers certaines valeurs fondamentales. De notre côté, nous devons également redevenir nous-mêmes, en nous appuyant sur les valeurs héritées de nos ancêtres et des traditions de nos communautés. C’est ainsi que nous pourrons nous affirmer et contribuer positivement au développement de notre pays.

Pourquoi avoir choisi de publier votre ouvrage en français et en anglais ?

J’ai eu la chance, au cours de ma carrière, de parcourir une grande partie du monde. Il me paraissait donc important que cet ouvrage soit accessible au plus grand nombre, sans que la langue constitue un obstacle. C’est ce qui explique le choix d’une édition bilingue. Le premier livre était déjà publié en français et en anglais. Grâce aux responsabilités que j’ai exercées, j’ai eu l’occasion d’apprendre et de pratiquer l’anglais. Il était donc naturel de mettre cette compétence au service de cette publication.

Le résumé de votre ouvrage évoque une « internalisation de l’animisme ». Que recouvre exactement cette notion ?

L’internalisation consiste à amener les personnes à connaître ces valeurs, à les accepter et à les pratiquer naturellement, à les vivre. Je prends souvent un exemple très simple. Dans l’animisme, les ancêtres occupent une place essentielle. Leurs noms sont importants parce qu’autrefois, ils constituaient en quelque sorte notre carte d’identité. Dire de quelle famille et de quelle lignée on est issu permet de savoir d’où l’on vient. Connaître ses ancêtres fait donc partie de cette internalisation.

Lorsqu’un animiste adresse une demande à Dieu, il passe par ses ancêtres. Il s’adresse à son grand-père, qui transmet à son propre père, et ainsi de suite. Cette chaîne constitue un élément fondamental de la spiritualité animiste. Internaliser cette spiritualité, c’est accepter que nous ayons des ancêtres, les respecter, les honorer, les valoriser et compter sur eux pour nous guider dans la vie afin que Dieu nous accorde ce qui est possible.

C’est là le sens profond de cette notion. Il y a également une autre dimension : celle de l’affirmation de soi. Si vous êtes animiste, vous êtes animiste. Il faut pouvoir le dire librement. C’est un choix. Dans plusieurs pays, cette question ne se pose même pas. En Inde, par exemple, la très grande majorité de la population pratique des religions traditionnelles. Au Japon, près de 90 % de la population est animiste. En Chine également, ces spiritualités occupent une place importante.

Selon vous, quels sont les plus grands stéréotypes qui pèsent encore sur l’animisme au Burkina Faso ?

Il existe, à mon sens, trois grands stéréotypes. Le premier est l’idée selon laquelle les animistes ne croient pas en Dieu ou n’auraient pas de Dieu. Aujourd’hui, au Burkina Faso, la plupart des religions reconnaissent que les religions traditionnelles croient en un Dieu unique. Ce qui diffère, ce sont les voies empruntées pour s’adresser à Lui. Ce préjugé demeure encore dans certains milieux, mais il recule progressivement à mesure que les gens découvrent la réalité de l’animisme.

Le deuxième stéréotype concerne la sorcellerie. Dans l’imaginaire collectif, lorsqu’on évoque la sorcellerie, on pense immédiatement aux animistes ou aux adeptes des religions traditionnelles. Pourtant, si l’on revient au sens originel du mot, il renvoie avant tout à la connaissance. Lorsque l’on dit : « Ce n’est pas sorcier », cela signifie simplement que ce n’est pas compliqué. À l’origine, les sorciers étaient des personnes qui maîtrisaient les vertus de la nature, des plantes, des pierres et de l’univers.

Ils détenaient des connaissances que tout le monde ne possédait pas, parce qu’elles étaient liées à un certain niveau d’initiation. Aujourd’hui encore, en Europe, certains courants revendiquent cette appellation parce qu’ils travaillent sur les propriétés des plantes, des minéraux ou de l’environnement. Chez nous, en revanche, dès qu’une personne rencontre une difficulté, on parle rapidement de sorcellerie. Ce stéréotype perdure également parce qu’il constitue un véritable fonds de commerce pour certains. En cultivant la peur et en désignant des coupables, on pousse les populations à rechercher une protection auprès de certaines structures ou personnes.

Selon le Dr Lamourdia Thiombiano, dans l’imaginaire collectif, lorsqu’on évoque la sorcellerie, on pense immédiatement aux animistes

Le troisième stéréotype touche à la perception du village et des traditions. Pendant longtemps, le système social africain reposait sur la solidarité. Avec la colonisation, puis l’évolution des sociétés, cette solidarité s’est progressivement affaiblie. Le village a parfois été présenté comme un espace de retard ou d’obscurantisme. Les premiers fonctionnaires formés dans les écoles coloniales ont souvent appris à considérer le paysan comme une personne qu’il ne fallait pas valoriser. Cette vision a contribué à créer une rupture avec les communautés rurales. Pourtant, lors des licenciements intervenus pendant la Révolution de Thomas Sankara, beaucoup de fonctionnaires sont retournés au village pour vivre de l’agriculture et se sont réintégrés dans leurs communautés.

Ils ont alors redécouvert que le village n’était pas ce lieu négatif qu’on leur avait décrit. Ces représentations déformées des traditions trouvent donc aussi leur origine dans l’histoire coloniale. Dans l’animisme, il existe des interdits, comme dans toutes les religions. Lorsqu’une pratique est interdite, ce n’est pas pour faire peur ou pour nuire. Ces règles servent à organiser la vie collective, à préserver le respect mutuel et à renforcer la cohésion sociale. Plus les traditions sont respectées, plus la solidarité est forte. C’est d’ailleurs l’un des traits qui ont longtemps caractérisé les sociétés africaines et burkinabè.

En quoi cet ouvrage peut-il contribuer à amener les personnes à assumer l’animisme ?

Dans ce livre, je décris les pratiques de manière concrète, pragmatique et opérationnelle. En découvrant ces gestes, ces rites et leur signification, les lecteurs comprendront que l’animisme n’est ni mystérieux ni compliqué. Cette meilleure compréhension permettra aussi à ceux qui se reconnaissent dans cette spiritualité de l’assumer pleinement et de dire simplement : « Oui, je suis animiste, parce que je le pratique, j’en connais le sens et ce n’est pour nuire à personne. »

Quelle transformation souhaitez-vous provoquer à travers cet ouvrage ?

Je poursuis principalement deux objectifs.
Le premier est d’ouvrir des portes. En tant qu’intellectuel, surtout dans le contexte actuel du Burkina Faso, je pense que nous devons contribuer à forger un nouvel être, capable de relever les défis de demain. Pour y parvenir, il est indispensable de renforcer notre personnalité en nous enracinant dans nos traditions et dans nos valeurs. La contribution que je peux apporter est celle de la connaissance. Elle constitue une base solide qui permet aux individus de retrouver leurs repères et de s’ancrer davantage dans leur identité.

Le second objectif est d’ouvrir également des perspectives de recherche et d’écriture. Cet ouvrage possède une dimension mondiale. Il ne s’adresse pas uniquement au Burkina Faso ou à l’Afrique, mais à toutes les personnes qui se reconnaissent dans une spiritualité animiste. Les pratiques présentent des similitudes d’un continent à l’autre. Des anthropologues et des lecteurs issus de différentes régions m’ont d’ailleurs confié qu’ils retrouvaient, dans ce livre, des rites qu’ils avaient eux-mêmes vécus. Cela n’empêche pas d’autres intellectuels d’aller plus loin.

Les Gourmantchés, les Bobo, les Dagara, les Lobi, les Peuls et bien d’autres communautés peuvent documenter leurs propres pratiques avec davantage de précision, de détails. Sans révéler les aspects initiatiques qui doivent rester confidentiels, il est possible de transmettre les grandes lignes afin que les jeunes générations comprennent leur héritage culturel. Par exemple, il serait très utile que chaque communauté recense ses totems, explique ses rites de mariage, ses pratiques ou ses codes sociaux. Cette connaissance constitue une richesse, des guides de référence qui pourront être transmis aux générations futures. Les intellectuels ont le devoir de produire un savoir utile, un savoir que les jeunes, les populations pourront s’approprier pour avancer.

Avez-vous un dernier message à adresser aux lecteurs ?

Je souhaite avant tout que nous nous assumions pleinement en tant que Burkinabè et Africains. Nous devons accepter ce que nous sommes, avec nos qualités, nos défauts, nos valeurs et nos traditions, sans laisser le regard extérieur nous amener à rejeter notre héritage culturel. Cette remise en cause de nos valeurs s’explique par un contexte historique particulier.

Aujourd’hui, les conditions ont changé. Les initiatives comme la célébration de la Journée des coutumes et des traditions, le 15 mai, ainsi que les différentes manifestations organisées par les autorités coutumières, les rois, les chefs traditionnels, les maîtres du savoir traditionnel, créent un contexte favorable pour un retour aux sources. J’encourage chacun à renouer avec son village, ses lieux sacrés, ses rites et ses traditions. Il ne s’agit pas d’un repli sur soi, mais d’une démarche pour mieux se connaître, mieux se construire et toujours agir dans le sens du bien. Nous avons perdu, au fil du temps, certaines valeurs essentielles. Dans mon livre, j’insiste notamment sur la notion de leadership traditionnel. Un chef de famille ou un chef de village est avant tout un modèle.

Quelles que soient les circonstances, il ne doit jamais être le premier à partir. Il doit être le dernier à quitter les siens, parce qu’il est responsable de ceux qu’il dirige. Lorsque ces valeurs s’effritent, les conséquences se font sentir dans les familles et dans la société. Le retour aux sources que je préconise, c’est aussi le retour à des valeurs de transparence, de courage, de résistance, de respect de la personne humaine et d’acceptation de l’autre. Les traditions africaines ont toujours permis la coexistence de croyances différentes. Elles ont appris aux communautés à vivre ensemble dans le respect mutuel. C’est cet héritage que nous devons préserver et transmettre aux générations futures.

Interview réalisée par Farida Thiombiano
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