Actualités :: Burkina Faso : Plaque tournante du commerce illégal du mercure en Afrique de (...)

Le mercure, une substance nocive. Malgré son interdiction au plan international, elle parvient à franchir les frontières du Burkina Faso. Utilisée dans le traitement de l’or, elle cause des dommages, parfois irréversibles, sur la santé des populations et de l’environnement. Un rapport réalisé en 2019 nous édifie sur la problématique de cette matière.

Peu à peu, notre pays est en train de se bâtir, inconsciemment, une réputation sulfureuse d’un Etat n’arrivant pas à respecter ou à faire respecter ses engagements internationaux. Après les conventions sur la diversité biologique (projet de construction d’un hôpital dans la forêt classée de Kua), sur les zones humides d’importance internationale (Projet de construction d’un barrage hydro-électrique dans la Forêt Classée et Réserve Partielle de Faune de la Comoé-Léraba), c’est au tour de la Convention de Minamata sur l’élimination du mercure d’être allègrement violée par le Burkina Faso au grand dam de l’environnement et des populations qui en payent un lourd tribut.

Au Burkina Faso, l’exploitation artisanale de l’or est certes une source de revenus pour les populations rurales mais, sans encadrement, elle constitue un terreau fertile pour les conflits de toute sorte. Aussi, l’environnement, aux alentours des sites d’exploitation artisanale, est durablement pollué par les substances utilisées dans les techniques d’extraction de l’or notamment le cyanure et le mercure qui ont également des effets désastreux sur la santé des orpailleurs et leurs proches.

L’utilisation du mercure étant proscrite par la Convention de Minamata que le Burkina Faso a ratifiée en 2016, il se pose alors la question suivante : comment une substance aussi nocive que le mercure, en dépit de son interdiction au plan international, parvient-elle à franchir les frontières du pays des Hommes Intègres et à être utilisée dans le traitement de l’or au point de causer des dommages, parfois irréversibles, sur la santé des populations et de l’environnement ?

Réalisée en 2019 par l’Association de Gestion des Ressources Naturelles et de la Faune de la Comoé-Léraba (AGEREF/CL) et l’Alliance pour une Mine Responsable (ARM) sous la coordination de l’UICN Pays-Bas, dans le cadre du Programme « Ressources Partagées Solutions Communes », une étude intitulée « l’écologie politique du mercure dans le secteur de la Mine Artisanale et à Petite Echelle (MAPE) d’or au Burkina Faso » apporte des éléments de réponse.

En effet, il ressort de cette étude que le Burkina Faso est, en grande partie, responsable du commerce illégal du mercure en Afrique de l’Ouest. Selon les témoignages, les personnes originaires du Burkina Faso seraient les principaux acteurs du trafic illégal du mercure (et du commerce illégal de l’or) dans cette sous-région.

En effet, le mercure arrive au Burkina Faso essentiellement par voie terrestre en provenance du Port de Lomé au Togo et du Ghana. Une fois entré au Burkina Faso, il se répand à l’intérieur de la région d’accueil mais aussi d’une région à une autre. Les échanges entre régions se font en fonction de la proximité géographique et de la disponibilité du produit. Par exemple, de la région des Hauts -Bassins, le mercure est fourni au Sud-Ouest, aux Cascades et à la Boucle du Mouhoun. Il faut noter que la région du Centre, de par sa position stratégique dessert le mercure à toutes les autres régions du pays.

On retrouve également en Côte d’Ivoire, au Niger, au Sénégal et en Guinée via le Mali une grande quantité du mercure destinée également à la mine artisanale et à petite échelle en provenance du Burkina Faso.

Figure 1 : routes du mercure importé et réexporté, d’après les résultats des enquêtes

Chez les grossistes, le mercure est stocké dans des bidons et des bouteilles en acier, le tout placé dans les caisses en bois. Tous ces récipients contenant le mercure sont entreposés dans des boutiques ou des magasins avec d’autres marchandises si bien qu’ils sont dissimulés aux non-initiés. Le mercure est aussi conservé dans des bidons et des coffres à tiroir, dans des maisons d’habitation ou des petits magasins, au domicile ou dans les sites d’orpaillage.

Le mercure est conditionné dans de petits sachets plastiques transparents par les détaillants et conserver dans de gros emballages en plastique.

Les orpailleurs, quant à eux, en plus d’utiliser les mêmes procédés de stockage que les détaillants, conservent aussi souvent leur mercure caché dans les rejets de stériles ou entre les planches de lavage.

Ce trafic est d’autant plus juteux qu’il est concomitant avec le commerce frauduleux de l’or issu de l’artisanat minier dont le contrôle échappe aux comptoirs officiels d’achat et de vente.

En 2019, moins d’un pour cent de l’or issu de l’orpaillage aurait été officiellement enregistré par les structures compétentes du Ministère en charge des Mines. Ce qui représenterait, selon les experts, un manque à gagner de plusieurs milliards de FCFA au niveau des recettes de l’Etat.

Conséquences irréversibles sur la santé humaine

En plus des pertes financières et des dommages désastreux sur l’environnement qu’il occasionne, le commerce illégal du mercure a des conséquences souvent irréversibles sur la santé humaine. Sa présence dans le corps humain peut affecter diverses fonctions essentielles du fait de sa capacité à franchir les barrières sanguines du cerveau, du fœtus et des reins. Les témoignages ci-dessous bien de sa dangerosité.

Monsieur D. S., orpailleur sur le site de Solhan à Sebba : « Cela fait près de cinq ans que j’ai des douleurs articulaires, des insomnies et je me sens constamment fatigué. J’ai aussi une toux persistante malgré la prise d’antitussifs. Cette toux est plus grave la nuit. Je n’arrive pas à satisfaire sexuellement ma femme si bien qu’elle a fini par me quitter. J’ai aussi des tremblements au niveau des membres, alors que ma tension artérielle est normale. Je n’arrive pas à marcher tout droit. Je travaille avec le mercure depuis dix ans. J’achète l’or et le brûle sous le hangar sans protection. J’étais plutôt préoccupé par la quantité d’or que je pouvais récupérer. Je gardais même le mercure chez moi à la maison parce que je suis un détaillant, et je le manipulais à mains nues. Je ne savais pas que le mercure pouvait me créer tant d’ennuis. Je regrette vraiment tout ce qui m’est arrivé. »

Monsieur D., orpailleur sur le site d’Alga : « J’ai une fièvre qui ne baisse pas. Et puis j’ai une toux terrible qui s’aggrave la nuit et me fait cracher même du sang. J’ai fait le test de la tuberculose et le résultat était négatif. Après avoir toussé pendant trois ans, j’ai été interné à l’hôpital où j’ai dépensé environ trois millions. Le traitement qu’on m’a accordé ne faisait que calmer les douleurs sans perspective de guérison. Finalement il m’a été révélé que cet état de santé était lié au mercure. J’utilisais vraiment le mercure sans me protéger. Je pouvais brûler 800 g d’or par jour.

Souvent je brûle l’or de 15 h à 2 h du matin sans protection. Je buvais une boîte de lait concentré non sucré tous les deux jours pour atténuer les effets négatifs du mercure ; je me badigeonnais aussi le visage et les narines avec de l’huile pour en amoindrir l’inhalation. J’ai utilisé presque toutes mes économies pour me soigner mais finalement ne pouvant plus tenir, je suis rentré à la maison et j’ai été remplacé par une autre personne qui est aussi tombée malade. Des gens ont pensé que c’est un rival qui m’a jeté un sort ou que c’est parce que j’ai retiré la femme d’un de mes collaborateurs. »

Quant à M. H à Dori , « Lui, il a beaucoup maigri pendant un certain temps. Quand on l’a amené à l’hôpital c’était déjà trop tard car, malheureusement quelque temps après, il est décédé. C’était le plus grand vendeur de mercure dans la zone d’Essakane » conclut un enquêté.

Quelques autres cas de décès liés au mercure sont également mentionnés dans la région du Sahel .Il s’agit de Monsieur D. A., décédé à Essakane, et M. Y., décédé à Arbinda en 2019, tandis que dans la région du Centre Nord, nous avons relevé la mort de O. I. Selon les témoignages recueillis dans le cadre de la présente étude, ces personnes ont été reçues par les services de santé au moment de leur maladie ; et les infirmiers qui les ont reçues leur avaient dit qu’elles souffraient d’intoxication au mercure. Ce qui porte à déduire que leur décès est lié au mercure.

Malgré la ratification de la Convention de Minamata

Il est important de souligner que le Burkina Faso a ratifié le 20 octobre 2016 la Convention de Minamata avec effet immédiat le 28 février 2017, ce qui sous-entend que l’usage du mercure est strictement interdit sur le territoire national.

Pourtant, le mercure figure parmi les produits chimiques faisant objet d’autorisation spéciale d’importation comme mentionné dans le décret N°2018 – 0860/PRES/PM/MCIA/MINEFID fixant la liste des produits soumis à autorisation spéciale d’importation et à autorisation spéciale d’exportation signé le 05 octobre 2018 par son Excellence le Président Roch Marc Christian Kaboré, soit plus d’un an après la ratification de la Convention de Minamata et quatre mois après la publication du rapport d’évaluation initiale de Minamata pour le Burkina Faso (2018).

La brèche, ouverte par le dispositif légal national, qui dissimule la véritable destination du mercure importé, permet à des importateurs de s’y insérer et de faire des affaires rentables tout en restant en conformité avec la loi. Ainsi, des frontières du Burkina Faso aux sites d’exploitation minière artisanale et semi mécanisés, le trafic du mercure se déroule allègrement.

La rigueur dans l’application des textes sur le mercure au Burkina Faso reste le principal levier pour lutter contre l’usage du mercure puis le renforcement des capacités et du dispositif du suivi pour la lutte. Il est, par ailleurs, primordial de favoriser l’accès à des alternatives sans mercure existantes et abordables, capables de répondre aux enjeux économiques et environnementaux, de sensibiliser et de former les cibles prioritaires que constituent les artisans miniers et les commerçants de mercure.

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