Actualités :: Présidentielle de 2020 au Burkina : Quand le système de parrainage se révèle (...)

Le Burkina Faso est entré dans le lot des pays ayant instauré, dans les conditions d’éligibilité à la présidentielle, le système de parrainage. Si dans l’esprit, cette innovation se présente comme un test à la lettre pour jauger la capacité de mobilisation du prétendant à un certain niveau, dans les faits, elle a l’allure d’un piège tendu par les partis politiques classiques (ou dits grands) aux fins de mieux contrôler le jeu politique, notamment en période électorale.

L’article 124 du Code électoral énumère parmi les éléments à contenir par la déclaration de candidature à la présidentielle, « les attestations de parrainage d’au moins cinquante élus ». Il est complété par l’article 125 : « … Lorsque l’acte de parrainage ne comprend que des conseillers municipaux, ceux-ci doivent être répartis dans au moins sept des treize régions du Burkina Faso. Cette répartition dans des régions du Burkina Faso n’est pas exigée lorsque, en plus des élus locaux, l’acte de parrainage comprend au moins un député ou lorsqu’il ne comprend que des députés. L’acte de parrainage comporte les noms, prénoms, la nature du mandat et les signatures authentifiées par une autorité compétente. Un élu peut parrainer tout candidat de son choix ; toutefois, il ne peut parrainer plus d’un candidat ou remettre en cause son parrainage.

L’auto-parrainage n’est pas autorisé. Le parrainage multiple et le faux parrainage sont nuls. Si cette nullité est susceptible d’entraîner l’annulation d’une candidature, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) le notifie au candidat soixante-douze heures avant la date de publication de la liste. Il est accordé un délai de vingt-quatre heures au candidat pour procéder au remplacement des parrainages annulés. Les attestations de parrainage sont établies sur un formulaire conçu et délivré par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) au plus tard trente jours avant la date de clôture de dépôt des candidatures ».

A l’observation de ces dispositions, on peut se rendre compte que ce système a été instauré pour aussi éviter des candidatures à relent d’intérêts locaux, régionalistes/particuliers. Il s’agit également dans l’esprit, de limiter les candidatures ‘‘fantaisistes’’, dans la mesure où l’expérience a montré que certains individus se présentent à la présidentielle pour juste bénéficier du financement de la campagne, sans pour autant disposer d’un véritable programme et/ou d’une organisation sérieuse, capable de conduire une campagne électorale digne de ce nom.

Mais le hic est que dans le contexte burkinabè actuel, cette innovation semble biaiser le jeu politique, en défaveur surtout des candidats indépendants ou investis par les partis politiques nouvellement créés ou n’ayant pas d’élus. La candidature indépendante aux élections législatives et municipales étant à ses débuts (elle n’a été admise qu’à partir de 2015), on compte très peu d’élus conseillers municipaux élus (aucun député) sous la bannière de regroupements d’indépendants (largement en-deçà des 50 requis par le parrainage).

La soumission des élus à leur organisation politique est indéniable. La preuve est bien là avec le rapport des députés sur la situation sécuritaire qui préconisait le découplage des législatives de la présidentielle, mâté et hostilement balayé par la direction politique des partis siégeant à l’Assemblée nationale. Les choses sont donc bien canalisées par les partis politiques classiques, disposant d’élus : le candidat indépendant, ou d’un parti politique qui n’a pas d’élu, doit négocier. A quel prix ? Comment s’y prendre sans se compromettre, lorsqu’on sait que l’un des arguments avancés par les défenseurs (organisations de la société civile) de la candidature indépendante à toutes les élections est que les partis politiques ont perdu toute crédibilité de représentation auprès des populations ?

A l’ADF/RDA, la direction politique est claire : aucun élu ne peut donner son parrainage à un candidat sans son aval. « S’il y a des candidats qui ont besoin d’accompagnement parce qu’ils ont des difficultés de parrainages, on pourrait en discuter. Aucun conseiller de l’ADF/RDA ne peut apporter un parrainage à quelqu’un d’autre sans le consentement du parti. Mais si la direction du parti vous autorise à le faire, vous pouvez le faire sans problème », a confié, en réaction à une question à cet effet, le président de l’ADF/RDA, Gilbert Noël Ouédraogo, lors du Conseil politique du parti, le 30 août 2020 à Ouagadougou. Cette instruction, même si elle n’est pas publiquement crachée par les partis politiques ayant des élus, comme l’a fait l’ADF/RDA, elle est valable pour tous. C’est donc le contrôle du jeu politique.

Dès lors, le risque de voir certains élus marchander leur soutien peut également être grand. En tout cas, certains candidats indépendants sont convaincus que « chacun a son prix ». En un mot comme en mille, chaque élu peut être amené à botter en touche, la consigne du parti en la matière. Une conviction qui n’est pas sans fondement lorsqu’on se réfère à la « jurisprudence Assibou Ouédraogo » (à l’issue de la municipale de 2012, l’UPC avait obtenu 10 sièges sur 19 dans l’arrondissement 5 de Ouagadougou ; ce qui devrait lui permettre de diriger la mairie, mais son conseiller Assibou Ouédraogo décide de se rallier au CDP et les choses basculent en faveur de ce dernier. Les responsables de l’UPC avaient, à l’époque, confié que d’importantes promesses avaient été faites par le CDP à son conseiller Assibou Ouédraogo, en l’occurrence une moto, une parcelle et de l’argent).

En tous les cas, les candidats indépendants (ou investis par des partis n’ayant pas d’élus) se voient obligés de marchander ou de conclure un deal avec les partis politiques qui en disposent. Ceux qui ne voudraient pas verser dans cet esprit seront obligés de se limiter au stade de déclaration d’intention à la compétition pour Kosyam (palais présidentiel).

En attendant que les jours à venir décident du sort de chaque candidat déclaré sur ce point précis, on peut simplement s’interroger sur l’apport de cette disposition à la démocratie burkinabè, surtout à sa capacité à offrir au peuple, une nouvelle dynamique tant attendue.


Oumar L. Ouédraogo
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