Actualités :: Présidentielle de 2020 : « Les choses sont largement en faveur de (...)

C’est dans un style nouveau, que le Chef de file de l’opposition politique au Burkina Faso (CFOP-BF), Zéphirin Diabré, président de la deuxième force politique du pays, l’Union pour le progrès et le changement (UPC) est apparu devant des journalistes de la Télévision BF1, du quotidien privaé L’Observateur Paalga, de la radio Ouaga FM et de Lefaso.net. Pendant 1 h 30, celui-là même qui se positionne, à quelques mois de la présidentielle, comme « candidat naturel » a porté ses analyses sur des sujets relatifs à la sécurité, à la vie politique, à l’économie, à la fronde sociale, mais également à l’actualité internationale. Nous vous proposons des points saillants de cette interview.

Depuis 2016 avec la première attaque terroriste qu’a subie Ouagadougou, les attaques n’ont cessé de se multiplier à travers le pays. Quelle analyse globale pourriez-vous faire de cette situation ?

Depuis 2016, notre pays est installé dans une situation qui est, sans aucun doute, la pire que nous ayons vécue en tant que République, depuis que nous existons. Chaque jour, on voit se multiplier des attaques terroristes. On voit des hommes et des femmes qui y paient un lourd tribut, des hommes et des femmes qui sont obligés de quitter leurs localités pour devenir des déplacés dans d’autres parties du pays. On voit des communautés qui se déchirent parce que quelque part, il y a des stigmatisations envers certaines d’entre elles.

Dieu merci, on voit aussi les Forces de défense et de sécurité qui font ce qu’elles peuvent contre les agresseurs. Elles sont vaillantes au combat. C’est un tableau qu’aucun homme politique n’aurait aimé voir pour son pays. Je ne pense pas qu’on ait le temps d’en faire une analyse globale. Allons droit à l’essentiel, c’est-à-dire à qu’est-ce qu’il faut faire et qui doit faire quoi. Quand on dit qui doit faire quoi, c’est bien entendu situer les responsabilités. Je sais que certains n’aiment pas ça, mais il faut commencer par là. Je le dis, ceux qui nous gouvernent ont manqué quelque part à la fois de vision, d’anticipation et de capacité à gérer. Lorsque quatre ans successivement, une situation comme celle-ci empire, c’est que quelque part dans le leadership, il y a une défaillance.

La question, c’est de savoir, en tant que nation, qu’est-ce que l’on fait collectivement pour sortir de cette situation qui nous concerne tous. Je suis de l’Opposition, mais j’ai des maires de mon parti qui ont été enlevés depuis des mois et dont je n’ai aucune nouvelle. Quand on tire dans les communes rurales, on ne fait pas de distinctions. L’image de notre pays est abîmée sur le plan international, et qui va investir dans un pays où on entend parler de ces choses-là ? Nous n’avons pas la chance d’avoir des leaders qui auraient pu faire en sorte que par leur vision, leur capacité d’organisation et de gestion, on nous sorte de là. Il reste seulement à nous rassembler, en tant que peuple, dans le cadre d’une union sacrée, dont ceux qui nous gouvernent doivent décrire un peu les paramètres. Ce que je ne vois pas tout à fait.

Cette situation de dégradation ne peut-elle pas être partagée avec l’Opposition, lorsqu’on sait qu’il y a une sorte d’incapacité de la classe politique à pouvoir faire l’unanimité autour de questions vitales pour la nation, dont la sécurité ?

Ce ne sont pas des questions qui sont discutées et autour desquelles on cherche un consensus. Sur cette question de terrorisme, jusqu’à (je crois) l’organisation du dernier dialogue politique, on n’a jamais eu l’occasion de nous asseoir avec la Majorité pour en parler. On a été à des réunions au palais de Kosyam, amis c’était pour parler de questions liées aux élections seulement. C’est le pouvoir qui doit prendre l’initiative d’inviter l’Opposition pour parler d’un sujet aussi important que cela, nous donnant l’occasion de faire des propositions. On a eu l’occasion d’en aborder quelques-unes, pendant le dialogue politique national. Mais en dehors de cela, jamais, à aucune occasion, y compris pour moi-même qui suis Chef de file de l’opposition, nous n’avons été conviés à une rencontre du pouvoir en place pour dire qu’il souhaitait avoir notre vision et notre lecture sur la question de l’insécurité et du terrorisme.

Quel est le remède miracle que l’Opposition propose pour venir à bout de ce phénomène ?

Il n’y a pas de remède miracle. Dans aucune question ; qu’elle soit économique, sociale, sécuritaire. Il y a une expérience collective d’autres peuples, puisqu’on n’est pas les premiers à être confronté à cette situation. Il y a des solutions que la science et la technologie nous enseignent et que l’expérience confirme, qui tournent autour de certains paramètres (qu’il s’agisse de la guerre classique ou de cette guerre-là que certains ont un peu hâtivement baptisé guerre asymétrique (parce qu’en fait, elle ne l’est pas en réalité sur certains moments).

La question d’abord de la mobilisation du peuple ; trouver le discours qui permet de rassembler et de galvaniser et la porte d’entrée de cette mobilisation-là, c’est ce que certains d’entre nous appellent la réconciliation nationale. Comment voulez-vous affronter un ennemi comme celui-là (le terrorisme) dans un état de division, avec toutes ces querelles politiques qui ne sont pas résolues ? Et c’est celui qui est au pouvoir qui doit donner l’ola. La question de l’organisation de nos Forces armées, c’est une question avec plusieurs composantes, y compris des débats intéressants, la question de la motivation de nos soldats. J’ai en souvenir qu’en 1974 (j’avais 15 ans), lorsque la guerre des pauvres (comme on l’appelait) entre le Mali et le Burkina a éclaté, le président Lamizana (Sangoulé) avait trouvé les mots pour galvaniser et nous on était déjà en train de courir au camp Guillaume pour dire qu’on veut des armes pour aller au front.

On veut sentir cela maintenant, parce que nous sommes en guerre. Mais c’est celui qui est au pouvoir qui doit pouvoir faire cela. La question de la motivation de nos soldats. J’ai eu le privilège de rencontrer le général Vo Nguyen Giap (le vainqueur des Français à Dien Bien Phu et des Américains pendant la guerre du Viêt-Nam) et j’ai tenu à connaître son histoire parce qu’il était célèbre. Première question : mon général, vous sortez de quelle école militaire ? Il me répond : monsieur Diabré, je n’ai jamais fait l’école militaire, je suis un instituteur. Je lui demande, mais comment a-t-il fait pour vaincre l’armée française et l’armée américaine ? Il m’a dit, dans une guerre, ne regardez pas le fusil, regardez le soldat, celui qui tient le fusil, la clé de la victoire est-là. Est-ce que nous faisons tout pour motiver, remotiver nos femmes et hommes qui doivent donner leur vie pour notre pays ? Est-ce que nous motivons d’autres personnes pour se joindre à eux ? C’est cela aussi et par là qu’on gagne une guerre.

Pendant que sur le front, les militaires manquent de moyens, il y a le budget du ministère de la Défense qui, parfois, n’est pas totalement absorbé. L’Opposition a demandé que le ministère soit audité, mais sans suite…

Complicité entre le ministère de la Défense et l’Opposition ou faut-il comprendre que le ministère de la Défense est un Etat dans un Etat ?

Effectivement, on se demande qu’est-ce qui se passe ; parce qu’on a entendu parfois certains pans des Forces de défense et de sécurité se plaindre de la qualité des équipements qu’ils ont. Pourtant, il y a eu au niveau de l’Assemblée nationale, une loi de programmation, qui est supposée mettre à la disposition de nos Forces armées, un certain nombre de moyens financiers. Est-ce une question de procédure, je n’en sais rien. Mais là où je suis un peu dubitatif aussi, et même quelque peu anxieux, c’est lorsque je vois où j’entends le contrôleur général d’Etat dire dans une interview, que dans ses investigations, il s’est rendu compte qu’un certain nombre d’équipements achetés et qui étaient tenus par les soldats n’étaient pas appropriés.

Mais, c’est pour cela que nous avons demandé, en écho à ce qu’il a dit, qu’il y ait quand même une possibilité pour l’ASCE-LC de regarder cela de très près. Il est bon que l’on puisse savoir. Parce qu’il y a l’idée de pouvoir faire une souscription populaire (l’Opposition était fortement dans cet état d’esprit depuis avant le dialogue politique et c’est cela on a mis dans le compte-rendu, demander aux Burkinabè, comme on l’a fait en 1974, de contribuer). Mais comment voulez-vous que les gens contribuent si le contrôleur général d’Etat dit qu’il a des doutes sur la manière dont l’argent est utilisé. Pour laver ce doute et amener les gens à être motivés, il faut que l’on lève ce qu’on appelle le secret-défense. On nous dit que l’Opposition veut qu’on expose nos secrets-défenses dans la rue. Pas du tout.

Le secret-défense, il faut le lever juste pour l’ASCE-LC, pour laquelle d’ailleurs on se pose la question de savoir pourquoi y a-t-il secret-défense ; ce sont des gens assermentés qui sont tenus par le secret professionnel et même quand ils font un rapport, ils l’apurent des aspects qui peuvent donner lieu à des exploitations qui ne sont pas bonnes. Pourquoi refuser à l’ASCE-LC de savoir ce qui se passe et comment l’argent y est dépensé ? Si on ne fait pas ça, on ne crée pas un climat de confiance, et l’opinion se pose des questions qui font que l’adhésion au combat pose problème.
L’une des recommandations du dialogue politique, c’est de faciliter le retour des exilés politiques, dont le plus emblématique est l’ancien président Blaise Compaoré.

Zéphirin Diabré est-il favorable à son retour et si oui, sous quelles conditions ?

Tout à fait ! C’est un Burkinabè qui doit revenir chez lui, il a gouverné ce pays pendant un certain temps, on a eu des désaccords politiques avec lui, notamment sur la question de l’article 37…

… retour sous parapluie judiciaire, comme l’avancent certains ?

Justement, c’est pour cela qu’il faut que la question de la réconciliation soit posée sur la table. Et nous sommes tous d’accord, par rapport aux conclusions du dialogue politique, que c’est le triptyque vérité-justice-réconciliation ; et il vous souviendra que lors de la présentation de vœux de l’Opposition, dans notre déclaration, nous avons demandé au président du Faso de convoquer une grande rencontre des forces-vives de la nation pour la paix et la réconciliation. Sur cette question, je suis d’accord qu’il y a une sorte de traînage des pieds que je ne comprends pas, je ne comprends pas d’autant que ceux qui nous gouvernent faisaient partie de l’ancienne majorité et étaient même (on peut le dire), ceux qu’on appelle les ‘’binongré’’ (enfants privilégiés) de Blaise Compaoré.

S’il y a eu des désaccords (ça arrive en politique), ce qui doit nous rassembler, c’est l’intérêt supérieur de la nation. D’autant plus que dans les déclarations que l’on fait souvent, on indexe ceux qui sont dehors d’être à la base de nos problèmes. Mais, si l’on pense ça, la meilleure façon, c’est de dire : venez qu’on s’asseye. En la matière, il n’y a pas de honte. Même les Américains aujourd’hui sont assis à la même table que les Talibans. Pourquoi nous, hommes politiques et dirigeants, on ne peut pas s’asseoir avec des hommes et des femmes avec qui on a gouverné ce pays hier. Si c’est pour gouverner le pays. Mais j’ai l’impression que le pouvoir se dit mieux vaut laisser passer 2020 avant d’enclencher le forum (sur la réconciliation nationale).

Le contexte national, c’est aussi la fronde sociale... Pourquoi le gouvernement n’arrive-t-il pas à enclencher la trêve sociale ?

C’est une question de confiance entre les deux camps. Ce sont des questions éminemment socio-politiques sur lesquelles, on pourrait épiloguer à longueur, mais qui sont le fondement socio-politique de la société. Les syndicats m’ont dit, quand je parle à certains, que lorsque ces gens sont arrivés au pouvoir, pour eux en fait, il n’y a pas de changement par rapport à l’ancien régime ; donc pourquoi veulent-ils une trêve sociale, puisqu’ils étaient là-bas, ils savent tout. Ils vous disent même, et l’expérience leur a malheureusement donné raison, quand ils prennent des engagements, ils ne respectent pas. Je dois dire, comme vous le savez tous (et je pèse mes mots), la manière dont les premières mesures ont été prises, peut-être, ont manqué de tact.

Mais je pense qu’il aurait fallu, avant même que l’on donne satisfaction à certaines catégories sociales à l’entame du pouvoir, donnant le sentiment qu’il y avait de l’argent, d’abord avoir cette concertation. A l’intérieur de cette concertation, on aurait pu faire comprendre qu’il y a certains qui ont des avantages qui avaient été négociés avant qu’on arrive ; donc acceptons, mais ça ne veut pas dire qu’on généralise. Si vous ne faites pas ça, et que vous donnez le sentiment de céder sous une pression, il y a forcément problème. J’ai cru comprendre qu’à son temps même, il y a des aller et venir, quel était le fondement, je n’en sais pas trop. En tout cas, il a appliqué une promesse, mais même au sein du gouvernement, de ce que je sais, les avis étaient partagés ; non pas de ne pas donner, mais de temporiser, le temps qu’on ait une approche globale.

Vous parlez du cas particulier des magistrats, ce que certaines personnes appellent le « péché originel » ?

C’était trop fort ; parce qu’on a quand même besoin d’une justice indépendante et il faut qu’elle puisse avoir les moyens de faire le travail, et une des manières de rendre un juge indépendant, c’est que sur le plan financier, il soit d’une certaine manière à l’aise. Cela dit, il y a mille autres catégories qui contribuent aussi au développement du pays ; donc il aurait fallu avoir une démarche qui aurait inclus tout le monde. Là, on aurait pu avoir quelque chose qui peut être partagée par les autres. Mais dès que vous ouvrez les vannes, les gens vont dire que si on a pu donner à X, c’est qu’on peut donner à Y et cela va être difficile pour vous. Mais pire, ce que les gens disent, c’est qu’ils regardent la gestion et la gouvernance ; les syndicats vous disent qu’il y a des détournements, des corruptions.

Ce n’est pas moi qui le dis, c’est l’inspecteur général d’Etat qui le dit. Comment voulez-vous demander le sacrifice aux gens, si l’exemple ne vient pas de ceux qui gouvernent ? Quand vous regardez les budgets des différentes institutions, y compris de la présidence, ça augmente. Je sais très bien qu’on est en année électorale ; il y a les fameux PPP (Partenariat public-privé) qui ont été votés et pour lesquels, ils n’ont jamais fait de bilan ; on voit des marchés donnés de gré-à-gré à des copains dans le but, hélas (je n’accuse pas, je soupçonne) de se créer des trésors de guerre, dans la perspective des élections. Je n’ai pas de preuves, mais je suis un acteur suffisamment averti pour savoir ce qui se trame dans les marchés qu’on donne aux gens. Si vous savez tout ça, vous ne pouvez pas demander des efforts ou une trêve sociale aux gens et ils vont accepter. Ce n’est pas possible.

Mais au regard du contexte, êtes-vous prêt pour une trêve sociale ?

Tout à fait ! Mais, négociée avec les syndicats d’un commun accord. De toute façon, s’il n’y a pas un commun accord, elle ne peut pas avoir lieu. Si ça peut nous permettre, non seulement sur la lutte contre le terrorisme, mais aussi pour la construction de l’économie, c’est bon pour tout le monde. Mais il faut négocier avec les syndicats. Vous voyez, même sur cette question de l’IUTS, on voit plusieurs groupes ; il y en a qui vont et qui reviennent, on sent que le pouvoir manipule ou essaie d’opposer. Mais ça ne marche pas. Mieux vaut appeler clairement les gens, dire ce que l’on veut et discuter franchement.

Le CFOP-BF pourrait-il jouer le facilitateur dans ce sens ?

Je vous donne un exemple. Sur la question de la santé, notre secrétariat aux questions de santé, au regard de la crise que vivait le secteur de la santé, il y a quelques mois avec une grève qui s’éternisait, s’est proposé de jouer le rôle de médiateur. Nous avons rencontré le syndicat à la Bourse du travail, nous sommes allés voir le ministère, en disant d’essayer de voir comment on peut sortir de là. Et l’UPC, à l’époque, était prêt à jouer son rôle de médiateur. Il nous est apparu après que c’est une autre médiation qui a fait que la grève a été interrompue. Nous, on prend acte. Mon parti est tout à fait disposé à jouer ce rôle, et j’imagine qu’au sein de l’Opposition, je n’aurai aucune difficulté à convaincre les autres partis (si d’aventure l’occasion se présentait) de pouvoir faire le go-between (intermédiaire) pour régler cette crise sociale.

Un autre aspect de cette fronde sociale, c’est la question foncière, qui est aujourd’hui considérée comme une bombe à retardement, avec notamment ces sociétés immobilières qui apparaissent, apparemment en toute légalité. Quel regard Zéphirin Diabré pose-t-il sur cette question foncière ?

Le même que vous, qui est que c’est une bombe à retardement. Pourquoi ; parce que notre population augmente, les questions de logements deviennent des questions de plus en plus aigües, ça n’a pas commencé avec nous, d’autres pays ont connu ça. Il se trouve que là encore (je pèse mes mots), malheureusement, on ne monte pas en hauteur, on va en largeur ; ça veut dire qu’on s’étend. Du coup, des territoires et des terrains, qui étaient voués à l’agriculture, deviennent de plus en plus des zones d’habitation. Ce qui pose problème, et quand c’est ainsi, il y a toujours de gens pour rentrer dans la spéculation.

Le métier de promoteur immobilier est un métier très noble, il s’agit de faire en sorte que là où l’Etat a défailli, on puisse trouver des logements pour les gens. Mais souvent, derrière ces situations nobles, il y a aussi des pratiques qui ne sont pas saines et c’est là où le ministère de l’Urbanisme (et de l’Habitat), qui lui-même reconnaît que beaucoup ne sont pas en règle, devrait sévir. Je pense que l’Assemblée nationale a une commission d’enquête parlementaire qui va se pencher sur la question rapidement pour essayer d’en savoir plus.

Faut-il publier la liste de ces sociétés qui agissent en toute illégalité ?

Tout à fait !

Est-ce que la révision de la loi foncière peut être une solution pour qu’enfin, la propriété de la terre revienne à l’Etat (parce qu’il y a une flambée des prix) ?

Oui, peut-être. Mais ça, c’est une question de l’offre et de la demande. La population augmente, les gens veulent se loger et c’est là où le mode de logement doit changer. Il faut que les gens acceptent qu’on doit monter en hauteur. Au lieu d’être propriétaire d’une maison, on doit être propriétaire d’un appartement dans un immeuble.

… mais, la terre aux mains des individus, la tentation est grande … !

C’est vrai, la tentation est grande. Mais comme on est dans un domaine à la limite entre le légal et le coutumier, il y a des promoteurs immobiliers qui estiment qu’ils sont propriétaires de leurs terres. Il faut trouver un modus vivendi, parce qu’il ne faut pas oublier le fait que les promoteurs immobiliers puissent mettre en valeur les espaces, ce que l’Etat ne peut pas faire. Cela supplée à la défaillance de l’Etat.

Le résultat final, c’est la flambée des prix. Le Burkinabè moyen ne peut plus s’offrir une maison. Qu’est-ce que vous proposez comme solution ?

Il faut qu’on ait une réforme du mode de financement de l’immobilier. Les schémas sont nombreux, il faut un schéma à long terme. Par exemple, même les maisons que les gens font, c’est 9 millions ; pour quelqu’un qui a un salaire de 150 mille francs, ça pose problème, il paie combien par mois et sur quelle durée ? Si on pouvait allonger la durée pour que le paiement mensuel soit plus bas... Je vous dis, la notion de co-propriété, il faut que les gens acceptent de monter en hauteur. On avait commencé avec certaines cités, la SOCOGIB (Société de Construction et de Gestion Immobilière du Burkina) en son temps. On a eu quelques exemples, c’était abordable et puis, à un moment donné, ceux qui étaient là se sont dit : il me faut ma maison, mon jardin…, c’est une mentalité qu’il faut dissiper.

Qu’est-ce qui se passe entre le CFOP-BF et l’UAS ? Au terme de la dernière rencontre que vous avez eue avec l’UAS, il a été question d’un cadre de concertation ...

Ce n’est pas nous seuls qui avons reçu leur visite. Au lieu que vous attendiez qu’il y ait des problèmes, pourquoi on ne se verrait pas régulièrement ? Je vais préciser que cette idée date d’avant l’insurrection. C’est une vieille idée que nous avons réchauffée. Avant l’insurrection, j’avais conduit une délégation de partis politiques membres du CFOP à la Bourse du travail pour rencontrer les syndicats pour leur dire le sens du combat que nous menons contre le Sénat et contre la révision de la Constitution. Bien entendu, nous avons élargi sur toutes les questions d’intérêt commun et l’idée a germé sur notre proposition : que l’on mette en place un cadre de concertation et qu’on s’accorde sur une plateforme de lutte, parce qu’il y avait des points sur lesquels, notamment les candidatures indépendantes, on était d’accord.

Cette coalition entre le CFOP et l’organisation syndicale ne pose-t-elle pas problème ? Vous avez, d’un côté, les gouvernants qui ont toujours taxé les syndicats de faire de la politique !

Ça, c’est un débat sur le sexe des anges. Les questions syndicales et politiques ont toujours été mêlées. Elles ne datent pas d’aujourd’hui. Le 3 janvier 1966, notre première insurrection populaire, qui l’a conduite ? Ce sont les syndicats ! Il y a plusieurs occasions dans l’histoire, où on s’est mis ensemble (Opposition, Majorité et Forces syndicales). Ça, ce n’est pas nouveau. En 1974, quand il y a eu les velléités sur la mise en place d’un parti unique, il y a eu un rassemblement de ces forces de progrès, ou même les évènements qui ont conduit au 4 août 1983, il y a eu une symbiose.

L’essentiel, c’est qu’il n’y ait pas eu une collision, au sens où on refuse de se dire la vérité ou qu’on n’ait des schémas de complot ensemble, mais s’il y a des questions nationales comme celle portant sur la lutte contre le terrorisme, il est clair que lorsqu’on parle d’union sacrée, elle va concerner à la fois Majorité, Opposition et Forces syndicales. Donc, il n’y a rien à voir dans ça. C’est vrai qu’ils (syndicats, ndlr) ont des revendications, mais ils sont dans une Etat de droit. Allez à Washington, par exemple au Congrès, vous verrez que les syndicats ont nommé des gens en permanence, qui ont loué des bureaux pour suivre la législation et faire le lobbying auprès des députés pour que des lois qui ne sont pas favorables à leurs causes, ne soient pas votées.

Est-ce que c’est une bonne passerelle pour arriver à Kosyam ?

Qui vous a dit que c’est pour arriver à Kosyam ?

Sur la question de la nouvelle monnaie, l’Eco…, certains analystes pensent qu’elle est une forme déguisée du Franc CFA. Quelle est votre analyse sur ce sujet ?

Il y a toujours dans un problème, deux manières de voir les choses. Soit on voit le verre à moitié vide ou à moitié plein. On a un problème historique, qui est qu’on est lié à un pays qui nous a colonisés à travers une monnaie qui, d’ailleurs, ne portait pas un nom très heureux : le franc des colonies, qui a ensuite évolué. A travers cette monnaie, on s’est arrimé à l’Euro avec un taux de change fixe. Avantages ou inconvénient, on peut en débattre.

Et puis, il y a la montée d’un sentiment pour lequel, on a besoin d’avoir une plus grande souveraineté pour en faire un véritable instrument de politique économique. La question est de savoir si nous avons eu, par rapport à ce qui s’est passé, une avancée ou un recul. Je pense que c’est une petite avancée qu’il faut accepter et continuer. Le fait que le nom ait changé est d’abord symbolique. L’idée est qu’on doit, à terme, avoir une monnaie qui englobe les pays de la sous-région, c’est-à-dire l’UEMOA plus les pays anglophones, et éventuellement, la Guinée-Conakry ; parce que c’est un puissant facteur d’intégration et de développement des échanges.

Il y a des aspects qui gênaient à la fois tous ceux qui sont soucieux d’avoir une plus grande maîtrise de la monnaie : la question d’opérations par exemple, la présence de représentants français dans l’administration de la Banque centrale …

Certains estiment que nos économies ne sont pas prêtes et qu’il faut aller à petits pas…

C’est une monnaie commune, mais maintenant qu’est-ce qui reste à faire dans le schéma monétaire : la question de la parité, elle sera fixe ou variable ? C’est un débat d’économistes sur lequel, on n’est pas tous du même avis.

Pour cette étape de départ, et pour certains spécialistes, l’absence du Nigéria pose un souci. Est-ce votre avis ?

Oui, le Nigéria est quand même une puissance économique et il faut se mettre dans la mentalité des grands pays, et c’est de savoir : je vous rejoins dans une monnaie commune à vous ou c’est vous qui me rejoignez dans ma monnaie à moi. C’est quand même un poids lourd économique et plus grave, si vous êtes dans un schéma monétaire communautaire, ça veut dire que vous n’avez plus, en tant que pays, le contrôle de la Banque centrale. La Banque centrale est contrôlée par l’ensemble des pays.

On leur demande de laisser une partie de leur souveraineté monétaire, notamment le contrôle de la Banque centrale, et c’est pour cela que certains ont dit qu’au lieu d’avoir une Banque centrale unique, nous créions une coopération de Banques centrales. Ou on crée une Banque centrale unique, comme c’est le cas de l’UEMOA aujourd’hui qui est basée à Dakar et qui n’est pas contrôlée par un pays. Il y a aussi des questions de nationalisme. Je crois aussi que le lien qu’on a avec l’Europe peut leur poser problème, mais si ce lien finit, c’est de savoir quel rôle ils peuvent jouer.

L’année 2020 affiche dix pays africains qui doivent aller aux élections présidentielles. En même temps, on pose la question de l’alternance dans ces pays, comment les envisagez-vous ?

C’est le cas du Burkina qui nous intéresse et pour nous, quand on prend ce qui s’est passé en 2015 avec l’erreur que les Burkinabè ont commise, et qu’ils doivent corriger en 2020, quand on regarde un certain nombre de dynamiques, il est clair que les choses sont largement en faveur de l’Opposition, pour peu qu’elle sache s’organiser. Prenez région par région, regardez ce qui s’est passé depuis 2015, regardez toutes les dynamiques qui se sont produites, regardez l’état du pays, écoutez l’opinion des gens…

En principe, l’opposition devrait marquer un grand coup pour ce scrutin de 2020 ; d’autant plus que la force en termes de nombre de partis importants, c’est de notre côté. Quand on prend la majorité, en dehors du MPP, on ne voit pas trop bien qu’est -ce qu’il y a comme autres forces politiques, alors que nous, on a quand même plusieurs partis politiques qui ont de l’épaisseur. Nous allons bientôt finaliser un accord politique, qui est un accord de désistement au second tour (si on n’arrive pas à éliminer le candidat du MPP au premier tour).

On ne voit pas très bien avec quel bilan (en dehors des routes que Blaise Compaoré avait commencées et qu’ils sont en train de terminer) ils vont aller et surtout, comment des Burkinabè qui leur ont donné un pays sûr, avec des frontières reconnues, stables et quatre ans après, l’ont abîmé. Je ne vois pas bien sur quelle base vous pouvez redemander qu’on leur fasse confiance, mais bon, c’est la politique.

Interview réalisée par :
Oumar L. Ouédraogo
Hugues Richard Sama (L’Observateur Paalga)
Hervé Dapa (BF1)
Chériff Coulibaly (Ouaga FM)

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