Actualités :: Groupe parlementaire Burkindlim : Les députés préconisent le dialogue (...)

Les 27 et 28 septembre 2019 se sont tenues, à Bobo Dioulasso, les deuxièmes journées parlementaires de l’année 2019 du Groupe Burkindlim. Ces journées ont réuni les députés du groupe parlementaire et leurs militants de la ville de Sya, autour du thème : « Démocratie, dialogue politique et cohésion sociale dans le contexte des échéances électorales à venir ». Ce fut l’occasion pour les députés de faire des propositions pour la bonne tenue des élections de 2020.

Après avoir rappelé le décès d’un des leurs, le 30 juillet 2019, le président du groupe parlementaire a précisé le contexte dans lequel se tiennent ces journées parlementaires, un contexte marqué par une situation sécuritaire de plus en plus préoccupante avec de nombreux déplacés internes.

La communication sur le thème a été faite par Dr Abdoul Karim Saïdou, politologue, enseignant-chercheur à l’Université Ouaga 2 et directeur exécutif de l’Institut pour la gouvernance et le développement (IGD). En introduction, le communicateur a posé deux problématiques centrales : comment les élections à venir peuvent-elles contribuer à la préservation de la démocratie au Burkina Faso ? Et plus spécifiquement, dans quelle mesure ces élections peuvent-elles renforcer la cohésion sociale et le dialogue politique ?

Les déterminants sociétaux et politiques de la démocratie

Dr Saïdou a ensuite parlé des déterminants sociétaux et politiques de la démocratie. Il s’agit, d’une part, du dialogue politique qui veut que les acteurs politiques s’accordent sur les règles du jeu démocratique et, d’autre part, de la cohésion sociale qui suppose que les communautés nationales vivent en symbiose et ne soient pas en antagonisme. Après avoir donné plusieurs définitions de la démocratie, le communicateur a expliqué pourquoi le consensus est un des piliers de la démocratie à travers des citations d’auteurs comme Joseph Ki-Zerbo, les dispositions de la Charte de la démocratie de l’Union africaine de 2007 et le Protocole de la démocratie et de la bonne gouvernance de la CEDEAO.

Parlant de la construction du consensus par le dialogue politique, Abdoul Karim Saïdou pense qu’elle peut prendre plusieurs formes. De par les acteurs, le dialogue politique peut prendre trois formes : le dialogue au sein de la majorité, le dialogue au sein de l’opposition, le dialogue entre majorité et opposition. De par ses procédures, le dialogue politique peut être formel ou informel. De par sa temporalité, il peut être permanent ou ponctuel et, de par son contenu, le dialogue politique peut porter sur les règles du jeu politique (lois électorales, Constitution, etc.) ou sur l’ensemble des questions nationales (santé, éducation, sécurité, etc.).

2020 : des élections « pas comme les autres »

Le communicateur s’est demandé si l’Etat burkinabè n’est pas dans une insécurité politique permanente, au regard du système électoral qui est, pour lui, facteur de crise politique. Il en veut pour preuve la Commission électorale nationale indépendante (CENI) qui n’est pas en mesure de répondre, dans les délais constitutionnels, à une éventuelle élection générale anticipée. Cette faiblesse institutionnelle fait peser une menace permanente sur la sécurité politique du Burkina Faso.

Pour montrer en quoi les élections à venir sont spécifiques, Abdoul Karim Saïdou a évoqué un certain nombre de facteurs et de faits que sont le contexte sécuritaire précaire dans plusieurs localités du pays, malgré les efforts déployés par le gouvernement et ses partenaires extérieurs ; les menaces sur la cohésion sociale du fait de la résurgence des conflits communautaires ; la situation humanitaire catastrophique avec plusieurs déplacés internes ; les incertitudes sur la sécurité des élections dans certaines zones sensibles ; les incertitudes sur le processus d’actualisation du fichier électoral du fait de l’insécurité et des flux migratoires internes ; la controverse sur l’opérationnalisation du vote des Burkinabè de l’extérieur.

Faire des élections à venir une opportunité pour consolider la démocratie

Comme perspectives, le communicateur pense qu’il est possible de faire des élections à venir une opportunité pour consolider la démocratie. De façon concrète, il pense qu’il est impératif que les partis politiques produisent des offres politiques axées sur la cohésion sociale et conduisent des campagnes électorales qui consolident notre vivre-ensemble. Sur le chantier programmatique, l’offre électorale des partis politiques doit mettre l’accent sur le vivre-ensemble et le dialogue politique. Dans cette optique, les partis politiques doivent actualiser leurs connaissances sur les politiques de sécurité nationale et sur la conduite de la campagne électorale.

Les participants reconnaissent tous que le dialogue politique existe bel et bien au Burkina Faso et le pays est toujours cité en exemple en la matière. Ils vont plus loin en affirmant que si la démocratie était synonyme de développement, le Burkina Faso serait parmi les pays très développés.

Ils ont néanmoins déploré l’attitude de certains syndicats et organisations de société civile qui outrepassent leurs rôles en posant des actes purement politiques. Pour remédier à cette situation et pour calmer la fronde sociale qui en découle, les participants ont lancé un appel à l’endroit de tous les Burkinabè afin que chacun privilégie le patriotisme dans ses actions quotidiennes.

Conscients des difficultés de cohabitation de plus en plus perceptibles entre les populations à la base, les participants ont suggéré la création de cadres de dialogue politique au niveau local afin de remobiliser les militants pour le bien-fondé et la nécessité du vivre-ensemble.

Les participants reconnaissent les limites de la CENI dans son format actuel. Pour combler ces limites, ils pensent qu’il serait plus judicieux d’évoluer vers un organisme permanent d’organisation des élections avec un fichier électoral endossé sur l’état civil. Les participants se sont par ailleurs interrogés sur les conséquences d’une éventuelle prorogation du mandat des élus, eu égard à la situation sécuritaire du pays.

Au regard des conflits intercommunautaires et des exécutions sommaires constatées dans certaines localités, certains participants se demandent si l’Etat d’urgence en cours dans certaines localités est vraiment la réponse appropriée pour faire face au terrorisme. Ils ne comprennent pas aussi pourquoi malgré ces dérives, le parlement a accepté de voter la loi de prorogation de l’Etat d’urgence.

Certains participants se demandent aussi s’il sera possible d’établir la sécurité sur l’ensemble du territoire national avant la tenue des élections ; si non, est-ce qu’il est juridiquement possible d’organiser des élections sur seulement une partie du territoire. Ils ont recommandé au gouvernement « l’organisation des journées de dialogue social et politique au plan déconcentré sur l’ensemble du territoire national, le plus rapidement possible ».

Edouard K. Samboe
Lefaso.net

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