Actualités :: Les causes de l’abstentionnisme électoral au Faso

"Les causes de l’abstentionnisme électoral au Faso", telle est la réflexion à laquelle le CGD convie les différents acteurs de la vie politique de notre pays le samedi 21 mai 2005 de 16h à 18h dans la salle I de l’UFR Sciences juridique et politiques de l’université de Ouagadougou. En prélude à cette rencontre, Adrien Frank Ouédraogo donne, dans l’article ci-après, sa contribution sur le thème.

C’est à une belle causette que l’institution du professeur Loada invite un panel de partis politiques représentés à l’Assemblée, d’organisations de la société civile, de la CENI, des partenaires techniques et financiers, des médias, des organisations estudiantines de l’Université de Ouagadougou, de la famille du CGD : « Les causes de l’abstentionnisme électoral au Burkina Faso ». La rencontre aura eu lieu le samedi 21 mai 2005 de 16 à 18 heures dans la Salle 1 de l’UFR Sciences juridiques et politiques de l’Université de Ouagadougou.

L’occasion sera certainement donnée de passer en revue bien des causes imputables à la gouvernance d’une façon générale donc au pouvoir exécutif. Mais plus spécifiquement, il faudrait faire une part spéciale aux structures électorales comme la CENI, le CSI. Ils sont placés en quelque sorte à un niveau stratégique pour sensibiliser, inciter les citoyens à connaître leurs droits et devoirs notamment dans le domaine politique.

Il se trouve que leur composition, marquée par une surreprésentation du pouvoir, anémie leur capacité d’action, de même qu’elle réduit leur crédibilité. Il y a à leur égard un abstentionnisme des politiques, notamment de ceux de l’opposition qui ne semblent pas toujours être en odeur de sainteté dans ces structures. Pour la CENI, il suffit de voir la composition. Elle est marquée par sa dépendance par rapport à l’Exécutif.

Dans la pratique, il s’est développé à la CENI un esprit de famille qui a rongé l’affiliation privilégiée des membres vis-à-vis de leurs partis. En définitive, la CENI roule beaucoup plus pour elle-même et pour un donneur d’ordres que pour les partis et les citoyens. Il en résulte qu’elle n’est pas réellement en mesure d’influencer positivement la participation électorale au Faso.

Quant au CSI, on pourrait, sans risque d’être accusé d’en faire trop, dire que c’est une arnaque. Il a été exigé comme l’a été la CENI par les partis politiques d’opposition, mais lui aussi a été récupéré. Il assiste, incapable à un maintien voire à un renforcement de la mainmise du pouvoir aussi bien sur les médias d’Etat que sur les médias privés. D’autres subtilités ont fini par la faire basculer en grande partie dans l’escarcelle du parti au pouvoir. Il ne pouvait en être autrement si l’on sait que les membres du CSI dépendent trop étroitement du pouvoir et particulièrement du Président du Faso.

Le CSI, qui était bien placé pour sensibiliser les citoyens, permettre aux partenaires politiques d’en appeler au sens civique et républicain des Burkinabè, a grandement failli à sa noble mission. Du côté des organisations de la société civile, c’est vrai : quelques-unes font un travail d’aiguillon en se révélant de véritables contre-pouvoirs.

A travers déclarations, émissions radiodiffusées, on les voit et entend appeler à l’engagement politique, à l’exercice du droit voire du devoir de vote. Mais encore que beaucoup soient critiqués de jouer ainsi un rôle politique, pour la plupart des organisations de la société civile, c’est le silence complet ou des initiatives qui révèlent une instrumentalisation de la part du politique.

On ne voit pas véritablement que de leur côté, un rôle important ait été joué dans la lutte contre l’abstentionnisme. On est beaucoup plus préoccupé des séminaires, colloques et des allocations financières qui pourraient venir de partenaires techniques et financiers.

"L’eau va à la rivière"

Au niveau des partenaires techniques et financiers justement, la politique d’aide à la démocratisation a toujours consisté, sous le prétexte de ne pas s’immiscer dans les affaires intérieures du Burkina Faso, à drainer les fonds subséquents au niveau de l’Exécutif donc du parti au pouvoir.

C’est lui qui en décide les affectations, qui draine cette manne vers les structures électorales où ses partisans sont les plus représentés. Lorsque les partenaires techniques et financiers décident d’aider des organisations de la société civile, sur 100 associations, les 4/5es étant l’émanation du parti au pouvoir, c’est ce dernier qui sera irrigué par cette aide.

Bref, l’eau va à la rivière. Les médias, au Burkina Faso, brillent par leur nombre, mais l’arbre ne doit pas cacher la forêt. Beaucoup d’entre eux ont des allégeances avec le pouvoir, qui édulcorent leur indépendance, ce qui amenuise leur responsabilité en tant que baromètre, en tant qu’incitateur au respect des valeurs civiques et républicaines.

Ils ne sont pas toujours en mesure de montrer aux électeurs l’importance qui résulte pour la bonne gouvernance, qu’ils s’inscrivent et qu’ils votent. Les organisations estudiantines de l’Université de Ouagadougou : contrairement à d’autres Universités où l’esprit est toujours en alerte, la contradiction permanente, le refus de l’inféodation totale, à l’université de Ouagadougou, la pensée semble s’y être statufiée.

Ou on se perd dans le nihilisme le plus total, condamnant sans partage ni réserve et unaniment toute la classe politique pour se cantonner dans le refus de participer au scrutin, ou l’on se perd dans un messianisme ravageur qui renvoie l’action et l’engagement politique à des lendemains qui chantent.

Là aussi, les conditions ne sont pas créées pour une valorisation des vertus républicaines et pour un encouragement à l’inscription sur les listes électorales. Quant aux partis politiques représentés à l’Assemblée nationale, ils sont placés dans une situation de déséquilibre de représentation et d’influence qui joue grandement sur leurs capacités financières.

Face au CDP qui a les moyens de l’Etat, qui ronge au surplus la quasi-totalité de la subvention d’Etat, les autres partis sont acculés dans le marais avec des miettes quand ils n’en sont pas purement et simplement privés en raison du jeu perfide du pouvoir pour mettre la classe politique à sa botte. Pourtant, les partis politiques sont des acteurs directs, les acteurs les plus intéressés au jeu politique. C’est d’eux que dépend en priorité la sensibilisation donc l’incitation aux inscriptions sur les listes électorales.

Nous sommes dans un pays pauvre, un pays presqu’appauvri à dessein où le sens civique et éthique s’émousse dangereusement au point de déstabiliser la collectivité parce que les Burkinabé, dans leur grande majorité, manquent du minimum vital, sont même acculés à la faim. Dans ces conditions, engager des frais pour avoir des pièces d’identité pour aller s’inscrire, payer son transport pour aller accomplir un acte civique, deviennent superfétatoires lorsqu’on n’a pas de quoi manger, de quoi se soigner. C’est un cercle vicieux.

Les partis politiques, surtout d’opposition, qui n’ont pas le sou pour aller vers leurs militants, pressés par le quotidien, qui préfèrent sinon se détourner du vote, s’offrir au parti au pouvoir qui marchandise le vote. Incontestablement, voilà une rencontre d’autant plus importante que l’opération d’inscription a révélé un phénomène qui semble prendre ses aises dans notre pays : l’abstentionnisme électoral. C’est vrai que quelques voix s’élèveront sans doute pour mettre l’accent sur le caractère mondialisé du fléau.

Le mal ne sévit pas qu’en Afrique et au Burkina Faso, dira-t-on ; il balaie des pays même des plus démocratiquement développés parce qu’en fait, le monde vit une crise générale de la démocratie due à une défiance vis-à-vis du politique, incapable au Nord comme au Sud, de satisfaire les demandes sociales. Même si cela est à prendre en compte, l’abstentionnisme au Faso a des causes aussi nationales : le caractère structurel de la fraude d’Etat, qui érode le sens civique, donne à l’électeur le sentiment de l’inutilité de son vote.

Quant aux violations continues de la Constitution, au refus de l’alternance, alliés à une pression sur l’électeur grâce à la corruption, à la violence morale, cela dévitalise jusqu’au sens critique de certains et les pousse toute simplement à la démission voire au ralliement. Si tu ne peux rien contre le voleur, dit le proverbe, aide-le à transporter ce qu’il te dérobe. Les Anglais disent, avec pragmatisme : « if you can’t beat them, join them » (si tu ne peux les battre, rejoins-les). Voilà ici diagnostiquées les causes principales et déterminantes de l’abstention au Faso.

Des sujets auxquels le CGD doit s’intéresser

Il y a aussi des causes secondaires et là, il faut que chacun des participants à la rencontre fasse son mea-culpa pour reconnaître la part de responsabilité qui lui incombe. On ne peut pas ne pas terminer par les membres du CGD. Aux hôtes, le mot de la fin et de remerciement. C’est vrai : ils font un travail qui justifie amplement les soutiens dont ils bénéficient de la part des partenaires techniques et financiers, mais il y a des pans importants de la vie politique et institutionnelle qui gagneraient à les voir plus impliqués : que dit le CGD des dénonciations de plus en plus nombreuses par rapport à la fraude en cours actuellement ?

Que dit le CGD au sujet de l’article 37 de la Constitution, de ce code électoral trituré malgré le consensus qui avait prévalu à son adoption, de l’inversion inadmissible du calendrier électoral, que dit-il de la monopolisation des médias par le pouvoir en place ?

Que dit-il des putschs à répétition orchestrés par le pouvoir en place, des faux que ce dernier utilise pour violer les droits constitutionnellement protégés des partis politiques ? Que dit-il du silence perpétuel du gouvernement face aux mesures judicieuses qu’il préconise, avec d’autres partis, pour des élections plus loyales telles que la photo de l’électeur sur la carte d’électeur, l’adoption d’un nombre restreint de pièces d’identité devant servir pour l’établissement des listes électorales, etc, etc ?

A un moment où l’importance des questions politiques et de la démocratie revient dans le débat international en tant que facteur de développement général, de préférence aux déterminants purement économiques, il est souhaitable que les membres du CGD s’inscrivent dans la dynamique.

Cela contribuerait à restaurer la confiance du citoyen, actuellement découragé par l’élection au point d’avoir le sentiment de l’existence d’une ligue jurée nationale et internationale contre le primat du suffrage populaire. En tous les cas, tous mes encouragements renouvelés au CGD qui a enregistré des acquis dans sa lutte pour la transparence et la culture de la citoyenneté.

Ouédraogo Franck Adrien Professeur de philosophie 09 BP 879 Ouagadougou 09

N.B : Le titre et les intertitres sont de la rédaction

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