Actualités :: Lutte contre la corruption : Commencer par une "opération casier (...)

Les acquis du dispositif de lutte contre la corruption au Burkina Faso restent maigres. Cela pourrait être dû au fait que certains aspects sont négligés. L’auteur de cet article appelle le Président du Faso à revoir un certain nombre de points pour une victoire certaine contre ce fléau.

Excellence monsieur le Président,

Comme de nombreux compatriotes, j’ai suivi avec un grand intérêt, à travers la presse, le dépôt du récent rapport de la Haute Autorité de coordination de la lutte contre la corruption.

Selon ce rapport, la corruption, loin d’avoir reculé, a pris de l’ampleur dans notre pays. Je ne veux nullement revenir sur les conclusions du rapport, mais plutôt m’interroger sur la suite qui leur sera réservée, du moment où ces conclusions, il faut l’avouer, ne sont pas reluisantes pour l’image que nous entendons donner du Burkina Faso.

Aussi voudrais-je, par la présente, soumettre à votre appréciation quelques pistes de solutions afin de freiner l’avancée de ce fléau dont l’envergure devient inquiétante. Des voix plus avisées se sont, certes, déjà penchées sur la question de la corruption dont les conséquences néfastes au triple plan économique, social et politique (faillite des entreprises, paupérisation, injustice, sociale, mal gouvernance, pour ne citer que ces exemples) sont désastreuses.

A titre d’illustration, pour parler économie, au niveau des marchés publics, la corruption occasionne des dépenses inutiles de la part de l’Etat car un travail mal exécuté par une entreprise non qualifiée mais attributaire d’un marché, par le fait de la corruption, oblige l’Etat à entreprendre des travaux de réfection.

Ces conséquences ont, du reste, largement été stigmatisées par plusieurs écrits, et des solutions déjà proposées. Je suis cependant acquis au postulat qu’aucune voix n’est de trop dans la lutte contre ce phénomène.

Excellence, il est de notoriété publique que de nos jours, la corruption tend à devenir une pratique banale parce qu’elle est entrée dans les habitudes des Burkinabè que nous sommes. Même si elle ne nous est pas propre, la corruption est suffisamment grave pour qu’on ne s’y attaque pas avec la plus grande fermeté.

S’il est vrai qu’il existe tout un dispositif institutionnel et juridique qui devrait en principe dissuader les acteurs de la corruption, il faut reconnaître que celui-ci, s’il n’est pas inopérant, tarde à produire les résultats qu’on est en droit d’attendre de lui. J’en veux pour preuve l’existence d’institutions comme l’Inspection générale d’Etat, l’Inspection générale des Finances, la Cour des comptes, le Comité national d’Ethique, la Haute Autorité de coordination de la lutte contre la corruption qui, à mon avis, n’a pas vraiment changé les choses.

Combat inlassable du REN-LAC

Ces institutions mènent des enquêtes et produisent périodiquement des rapports qui devraient servir de base à une lutte véritable contre la corruption.
Aussi, des organisations de la société civile comme le REN-LAC mènent un combat inlassable contre ce phénomène. Elles produisent des rapports qui, certes, n’engagent pas l’Etat mais donnent des pistes à suivre, du moment où la loi fait obligation au Procureur du Faso "d’ouvrir une information judiciaire" toutes les fois qu’une information ou une allégation de corruption est rendue publique (soit dans la presse, soit dans un document public). Malheureusement, cela ne se fait pas toujours.

Tout se passe comme si les faits incriminés dans ces différents rapports n’étaient nullement avérés.
En somme, les acquis du dispositif de lutte contre la corruption restent maigres.

Monsieur le Président,

Dans l’ouvrage intitulé "Le Prince", de Machiavel, il est dit ceci : "... là où la matière est si corrompue que les lois n’arrivent pas à la réfréner, il faut en même temps que celles-ci, y instituer une force plus grande c’est-à-dire une main royale qui, de par sa puissance absolue et excessive, mettre un frein à l’excessive ambition et corruption des puissants".

Je veux ici, en appeler au Président du Faso que vous êtes, afin que vous vous investissiez davantage dans ce combat.
A ce propos, Excellence, pourquoi ne pas amorcer une nouvelle étape par ce que j’appelle une "opération casier vide" dans toutes les structures étatiques chargées de la lutte contre la corruption et notamment à l’Inspection générale d’Etat et à l’Inspection générale des Finances ? Cette opération consisterait à transmettre à qui de droit, tous les rapports en sommeil dans les tiroirs de ces institutions.

A l’image des opérations "mains propres" dans certains pays, seule votre implication personnelle en tant que chef de l’Etat peut faire évoluer la situation.

A mon avis, aucune action d’envergure n’a encore été menée à la suite des enquêtes de ces institutions dont les rapports sont, au demeurant, confidentiels.

En donnant des instructions fermes à qui de droit pour que toutes les personnes incriminées dans les multiples rapports répondent de leurs actes devant les tribunaux, vous contribuerez certainement à la lutte contre la corruption en permettant de punir les coupables que l’opinion accuse votre régime de protéger.
Je ne vous encourage nullement à faire entorse au principe intangible de la séparation des pouvoirs, mais étant le premier magistrat de ce pays, je suis convaincu que vous pouvez faire bouger les choses.

Une telle action aura surtout le mérite de rappeler aux Burkinabè que la loi est la même pour tous, quel que soit le poste que l’on occupe de par le mérite ou le privilège.
Il ne doit s’agir aucunement d’une "chasse aux sorcières" mais d’une volonté politique réaffirmée de prendre les choses en main.

Excellence monsieur le Président, je ne doute pas qu’une telle entreprise pourrait faire des mécontents autour de vous. Nous sommes dans une année électorale et je pense, d’ailleurs, que c’est une raison de plus pour agir car la construction d’une nation qui se veut paisible et prospère ne saurait s’accommoder des états d’âme de quelques personnes. L’intérêt national doit être au-dessus de tout.
Vous devez donc avoir le courage d’entreprendre une telle mesure. Le peuple du Burkina Faso, dont vous avez la charge de la gestion du destin, vous en saurait gré.
Excellence monsieur le Président, je vous prie d’agréer, l’expression de ma très haute considération.

BAZIE G. Hubert
Attaché d’Intendance Universitaire
Ouagadougou
Tél : 76 63 25 52

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