Actualités :: PDP/PS : Un vieux en cache un autre

Ils sont nombreux les militants du PDP/PS a avoir accueilli l’annonce du congrès de leur parti avec enthousiasme. Cet enthousiasme s’est transformé au soir du 06 février 2005 en "déception" tant les choses n’ont pas réellement évolué.

En effet, la succession du "vieux " (qui était prévisible) s’est faite, mais de quelle manière ? Un septuagénaire a remplacé un octogénaire et aucun projet clair sur les grandes échéances électorales n’est sorti du congrès pour situer les militants.

Le paysage politique burkinabé est en pleine ébullition. Et pour cause, dans tous les états-majors des partis politiques, l’heure est aux grandes décisions, aux grands choix. Echéances électorales obligent, chaque parti affûte ses armes pour affronter ses adversaires.

Le Pr. Ki-Zerbo. Malade et fatigué, il cède le faureuil à un autre vieux.

Car il faut le dire, l’opposition n’a pas que seul adversaire le pouvoir en place, en son sein, les rivalités sont de mises. Si certains ont déjà investi leur candidat pour la présidentielle, (UNIR/MS, RDEB, etc), d’autres par contre et notamment le PDP/PS renouvelaient leurs instances dirigeantes pour mieux faire bonne figure. Le congrès du PDP/PS qui s’est tenu les 05 et 06 février devait permettre aux militants derniers de remplacer à la tête du parti, le vieux Ki-Zerbo qui pesait de son âge et de son "poids" politique sur la vie du parti.

L’annonce donc du congrès sonnait comme une révolution, tant tout le monde surtout les militants s’attendaient à de grands bouleversements. C’est sans compter avec le "dinosaure" et père fondateur du parti, le Pr Ki-Zerbo. En lieu et place de ce grand bouleversement que bon nombre de militants attendaient le "vieux" a confirmé ce que beaucoup susurraient déjà, "il y aura changement d’homme mais pas de changement de vision, de gestion...".

Comme pour dire le changement est en fait une continuité dans l’esprit du père fondateur. Ainsi donc, le Pr Ali Lankoandé, 75 ans d’âge, a succédé à la tête du PDP/PS au Pr Ki-Zerbo, 83 ans. C’est ce qu’a décidé le congrès ou plutôt les ténors du Parti pour la démocratie et le Progrès parti socialiste.

Pourtant, les observateurs de la scène politique s’attendaient (échéances électorales obligent) à voir aux commandes du parti des "têtes chaudes". Comme d’habitude, les septuagénaires ont encore fait ombrage aux ambitions des "jeunes loups" tels le Pr Etienne Traoré et autre Dr Bidima qui ont même été éloignés des instances dirigeantes du parti. L’on se rappelle encore que l’émergence politique du truculent Emile Pargui Paré, ex-député du parti, avait fini par son éviction au sein du parti tant sa fougue et son dynamisme "de jeune" dérangeaient les dinosaures du parti.

Aujourd’hui, après un troisième congrès, le même scénario se reproduisit, le parti a affiché clairement ses intentions : "La jeunesse" oui mais - comme militants de base, pas dans l’organe dirigeant. Ce ne sont pas les "jeunes loups" du parti qui nous diront le contraire, eux qui sont au quotidien "piétinés" par les "vieux pères" comme disent les Ivoiriens pour parler des personnes âgées. Ki-Zerbo a donc préféré se faire succéder par un fidèle lieutenant et compagnon de route que de prendre le risque de confier la gestion de sa "chose" aux "arrivistes".

Il est donc à présager que des frustrations n’entraînent encore des saignements dans le parti comme cela s’est vérifié au lendemain de la défection du Dr Emile Paré. L’arbre ne doit pas cacher la forêt, la succession du Pr Ali Lankoandé à la tête du parti relève plus d’une imposition que d’une succession démocratique. Qui aura le cran de le dire ?

Jules Robert Ilboudo


Le Pr. Ali Lankouandé, nouveau président du PDP/PS. Aura-t-il les mains libres ?

Porté à la tête du bureau politique national à l’issue du congrès ordinaire du parti, le Pr Ali Lankouandé succède au professeur Ki Zerbo, patriarche en place depuis la nuit des temps.

Le soleil de la retraite politique s’est levé. Mais au regard de son influence dans le parti, on s’interroge sur la liberté de manœuvre du nouveau président. Le cursus politique du Pr Ki-Zerbo a été mouvementé. Du Mouvement de libération nationale (MLN) au PDP/PS, le Pr Ki-Zerbo pourrait écrire des mémoires de plusieurs tomes sur son militantisme politique, où se mêlait à la fois faveur, déception voire remise en causes de sa pensée politique.

A comparer ce cursus à une course hippique, on dira que le parti toujours placé mais jamais gagnant a fini par décourager les parieurs. Le parti est sorti frileux à l’issue des législatives de 2002. Sa consistance est atteinte suite aux querelles internes. On se rappelle de la pomme de discorde que fut la décision du président Ki-Zerbo de publier les listes des candidats aux législatives de 2002. Le fait reproché aurait été en dernier ressort le procédé choisi par le Pr Joseph Ki-Zerbo pour désigner ses députés. Cela avait donné à douter quant à la démocratie interne au sein du parti. Ce n’est pas Emile Paré qui vous dira le contraire.

Le PDP/PS était gangrené par ces bagarres de tranchées qui avaient fissurées sa direction. Quand les problèmes personnels en viennent à constituer les contradictions principales, le risque est grand de voir des pans du parti se détacher. Le patriarche savait qu’il ne lui restait pas beaucoup de temps à passer sur le perchoir. La retraite politique se précisait davantage avec le poids de l’âge. Mais il avait au regard des comportements qu’il a eus contre certains ténors, marquer son territoire et envoyer un signal fort aux jeunes, poussant à la porte pour la succession. Cette succession qui s’était ouverte mais non déclarée a dû titiller un peu le professeur.

La force du parti ne suit plus le rythme des phrases poignantes et percutantes de son leader qui ne semble plus se retrouver au milieu de la génération des politiciens actuels. Le parti avait émis des signes d’essoufflement sous la matière grise de son géniteur. La retraite politique ne semblait pas inspirer le vieux qui voulait coûte que coûte rester aux commandes pour imposer sa philosophie, alors que des jeunes militants tapent intempestivement à la porte de la relève.

Le professeur avait-il le choix ?

Un parti se crée pour conquérir le pouvoir d’Etat. En démocratie, cette conquête passe par le parlement. Plus on y a de sièges, plus l’objectif se rapproche. A la faveur du mode de calcul au plus fort reste, le PDP/PS avait des raisons de croire qu’il commencera à la faveur de ces législatives sa course vers la succession du CDP. Le réveil pour lui fut douloureux, puisqu’il n’est crédité que de huit sièges. Dans la région des Hauts-Bassins et la Boucle du Mouhoun les électeurs n’avaient pas hésité à exprimer leur mécontentement contre le Pr Ki-Zerbo.

Le parti se retrouve dans une situation où il doit plutôt recoudre les morceaux. Ce ne sera pas facile, eu égard à la débâcle aux législatives et des plaies laissées chez beaucoup de militants, qui n’ont pas compris que le parti dit de l’alternance montre un tel visage à l’opinion. Et cette opinion l’a sanctionné comme pour dire qu’une guéguerre au sommet est une catastrophe aux conséquences imprévisibles. Cette situation a certainement poussé ce dinosaure de la scène politique nationale depuis plus de quarante ans à prendre conscience de son incapacité de pouvoir continuer à assurer la direction du parti.

Le parti commençait à sombrer par manque de visibilité hormis les quelques conférences de presse organisées chez le Pr Ki-Zerbo. Certains petits partis nés à l’occasion des législatives de 2002 étaient devenus plus actifs et visibles que le géant PDP/PS. Dans ces conditions, le professeur, à moins de vouloir une présidence à vie, ne pouvait plus échapper à l’évidence de songer à sa succession. D’ailleurs, nombreux étaient les militants qui exigeaient cette succession.

Quel avenir pour le parti ?

Avec le renouvellement du Bureau politique national dirigé par le Pr Ali Lankoandé, le PDP/PS aura beaucoup à faire. On attend de ce bureau une obligation de résultats. Il est vrai que l’ombre du Pr Ki-Zerbo planera toujours au-dessus des têtes de ce bureau, mais il faut qu’il ait les mains libres pour travailler à réunir les militants. Le retour de certains militants dépendra de la grandeur d’esprit des nouveaux responsables du parti, leur liberté d’action et leurs capacités de mobilisation. Il ne faudra pas que sur son lit, le patriarche continue de peser de son poids sur les instances décisionnelles du parti.

Aujourd’hui donc, il ne suffira plus aux partis de donner un fond à leur discours, il faudra y mettre aussi la forme. Leur comportement de tous les jours aura une influence sur le comportement des citoyens face à l’urne. Et qui plus est quand on donne à tout vent des leçons à ceux qui sont aux affaires, les taxant de tous les noms, on se doit a contrario d’être irréprochable ou presque. La leçon ainsi tirée ne tombera pas aux oubliettes, il faut le croire.

Aux nouveaux leaders de savoir tenir leurs troupes et d’être à la hauteur de la tâche de dirigeants. La démocratie suivant ces premiers enseignements a décidément plusieurs bons côtés. Le PDP/PS a connu beaucoup de tribulations. Le parti est en effet celui qui a le plus mué et le plus connu des remises en cause, l’amenant à disparaître pour réapparaître. La fin de cette saga s’appelle, nous l’espérons certainement, la retraite du professeur.

KIBSA Karim

L’Hebdo

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