Actualités :: Blaise Compaoré : "Nous devons créer les conditions d’un marché (…)

Le président du Faso, Blaise Compaoré a pris part, le 4 février dernier à Dakar, à une rencontre internationale sur la "fracture agricole mondiale" appelée forum du "Dakar agricole". La rencontre a connu la participation de plusieurs personnalités.

A l’issue des travaux, le président du Faso exprime ses attentes et sa vision d’une Afrique engagée vers l’autosuffisance alimentaire et la lutte contre la pauvreté.

Sidwaya (S.) : Sur invitation du président Abdoulaye Wade, vous avez pris part à un forum intitulé "Dakar agricole". Que peut-on retenir des échanges que vous avez eus au cours de cette journée ?

Blaise Compaoré : Il faut tout d’abord retenir que le forum a réuni des décideurs, des scientifiques, des acteurs de terrain du développement agricole... Pour l’Afrique, cette rencontre revêt de l’importance. Car, la découverte des expériences en matière agricole d’autres continents nous permet d’évaluer les opportunités qui s’offrent à l’agriculture africaine à la fois pour créer les conditions d’une autosuffisance alimentaire sur le continent mais aussi de voir comment nous pourrons nous insérer dans le commerce international.

Au cours du forum, il y a eu des échanges sur les possibilités qui sont données à l’Afrique à travers la copie ou l’initiation d’autres exemples (en Inde par exemple) de voir comment consolider sa production agricole.

Par ailleurs, nous avons aussi parlé de l’accès au marché international. Sur cette question nous avons bénéficié des apports positifs de la France à travers le président Chirac et de la Grande Bretagne à travers la représentante de Tony Blair. Il y va de notre intérêt de continuer d’agir sur les mécanismes du marché notamment à travers la résolution de la question des subventions et de l’ouverture des marchés du Nord aux produits agricoles africains. Le forum de Dakar et une bonne réunion qui a permis aux Africains de prendre conscience de l’existence de possibilités d’accroître la production agricole sur le continent mais aussi de savoir que de concert avec les pays du Nord, nous pouvons créer les conditions d’un marché international plus équitable.

S. : La rencontre de Dakar a posé les bases théoriques d’une relance de la production agricole sur le continent. Maintenant que faut-il faire concrètement afin que le continent se positionne dans cette logique de production ?

B.C. : Les statistiques en matière de production agricole indiquent que ces dix dernières années nous avons dépassé la barre de 10% de croissance. Mais sur l’expérience de l’Inde qui a réussi sa révolution verte, il y a le fait qu’il faut nécessairement une dynamique endogène interne. Ce n’est pas de Ouagadougou qu’on fait la production agricole. C’est sur le terrain, dans les villages, dans les campagnes qu’elle se fait. La production agricole c’est la petite irrigation, les fosses fumières... Mais il nous faut également trouver des technologies adaptées au milieu. Nous devons également mettre l’accent sur la recherche scientifique pour réussir la production des cultures et accroître les rendements.

Ce sont des défis que nous devons relever afin que la production agricole en Afrique soit plus compétitive. L’agriculture africaine reste confrontée à la question de la diversification mais aussi à la question de sa valorisation des produits. Pour produire plus, il faut réussir à transformer la production. Or nous avons encore des limites à ce niveau ainsi qu’au niveau de la commercialisation. Les subventions accordées aux producteurs des pays nantis nous causent également beaucoup de difficultés notamment pour la filière coton.

En Afrique de l’Ouest et du Centre, du fait des subventions, les producteurs de coton vont perdre cette année plus de 400 millions de dollars américains soit 220 milliards de FCFA. Lors des échanges, nous avons abordé l’agriculture dans sa globalité. Nous sommes parvenus à la conclusion selon laquelle il faut accroître la production grâce à des techniques et des moyens adaptés. Mais cet accroissement ne peut s’installer dans la durée que si nous avons en post production des opérations et des mécanismes qui permettent de soutenir la production à travers la commercialisation et la valorisation.

S. : Avez-vous foi en Dakar agricole ?

B.C. : "Dakar agricole" a réuni à la fois des pays comme l’Inde qui ont comblé leur retard en matière agricole et d’autres qui sont toujours à la traîne. Il est utile pour nos agriculteurs, nos hommes de sciences, nos acteurs de développement, de pouvoir se retrouver de temps en temps pour trouver les voies et moyens de dynamiser l’agriculture africaine, créer un partenariat international dans ce domaine mais aussi traiter des problèmes qui ne peuvent pas trouver des solutions dans un espace même aussi grand que l’Afrique de l’Ouest. Il faut dépasser le cadre régional, local aujourd’hui si on veut trouver des solutions pour notre agriculture.

S. : Deux ans après votre intervention à Genève, comment appréciez-vous la réaction de l’Union européenne et des Etats-Unis par rapport à l’initiative des pays africains ?

B.C. : Les mécanismes de subvention ont été mis en place depuis des décennies. Ils sont devenus comme une seconde nature pour l’agriculture européenne et américaine. Même s’il y avait une volonté d’aller dans le sens des principes généraux du commerce international à travers l’OMC, cela ne sera pas facile.

Mais ce qu’on peut retenir, c’est que l’Europe a fait un grand pas en nous accompagnant sur la maîtrise des éléments qui ont guidé notre argumentation dans le cadre du plaidoyer. Beaucoup de pays européens ont adhéré très vite à nos revendications, à nos idées. Mais nous continuons les discussions avec les Américains. Il y a deux semaines de cela à Bamako, le gouvernement américain a rencontré les ministres en charge des questions agricoles des quatre pays producteurs de coton engagés dans la lutte contre les subventions.

L’Europe a pris de l’avance sur l’Amérique et s’est engagée à démanteler en partie ses subventions pour ce qui concerne les produits destinés à l’exportation. Je pense qu’avec le temps, il y aura une évolution positive car de plus en plus, nous constatons qu’ils n’y a plus d’arguments contre notre initiative en faveur du démantèlement des subventions dans des filières comme celle du coton. Mais en attendant, il faut des mesures d’urgence pour soutenir les producteurs africains de coton.

Propos recueillis à Dakar par Rabankhi Abou-Bâkr ZIDA
Sidwaya

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