Actualités :: Autosuufisance alimentaire : Les prédateurs sont là

Si l’on en croit nos services compétents, cette année sera celle
de la bambula, de la salsa et du Mapuka. Et pour cause. Grâce à
la générosité du ciel, la récurrente hantise du déficit céréalier ne
sera plus qu’un lointain souvenir. Cependant, si l’on n’y prend
garde, nous risquons de subir le sort de la cigale qui, ayant
passé son temps à chanter tout l’été, s’est retrouvée
complètement démunie.

En effet, selon des sources dignes de
foi, certaines de nos régions sont déjà la cible de commerçants
véreux de pays voisins pourtant mieux gâtés par la nature. Ils
sont en train de jeter leur grappin sur les nouvelles récoltes.
Ces prédateurs, avec des instruments de mesure qui ne
répondent pas aux normes officiellement édictées, sont en train
de racler les céréales fraîchement récoltées des paysans.

Cette
ruée et ce bradage bien sûr, ont été encouragés par certains
discours officiels et idylliques sur le désormais présumé
paradis céréalier du Burkina. Mais, ne sommes-nous pas trop
vite allés en besogne ? Ce surplus céréalier de plus d’un million
de tonnes ne devrait pas nous faire tourner la tête au point
d’occulter les disparités entre les différentes régions, entre
celles qui sont excédentaires et celles qui sont déficitaires.

Avant de nous livrer à cette débordante euphorie, il aurait fallu
des études plus poussées pour déterminer ces différentes
régions et envisager une meilleure répartition de ces céréales et
un juste équilibre entre les différentes composantes de notre
territoire national. Il ne servirait à rien de se comporter en
sésame ouvre-toi pour ensuite lancer des appels pathétiques à
l’aide internationale qui, à la fin, risque de se lasser non
seulement de venir éternellement à notre secours, mais
également de nous appuyer sur le terrain en finançant des
projets agricoles.

Il se pose donc le crucial problème de la
gestion de nos ressources agricoles. A un degré moins
scandaleux, il s’agit du même phénomène que celui du bradage
de notre coton que nos autorités dénoncent à longueur de
journée. Cette mauvaise gestion de notre patrimoine céréalier,
si elle n’est pas corrigée, risque de transformer notre
autosuffisance alimentaire en simple mirage, tout juste bon
pour aiguiser nos appétits tout en nous laissant sur notre faim.

Il importe donc qu’à l’instar de certains pays qui ont inventé et
défendent bec et ongles l’exception culturelle, nous sachions
préserver notre exception alimentaire. Bien évidemment, les
apôtres de l’utra-libéralisme sauvage ont pour seul
argumentaire le tout vendable. Il fut un temps où la politique
gouvernementale avait adopté cette stratégie de stockage des
vivres en les achetant et pour éviter aux paysans d’être à la merci
des spéculateurs qui font de la misère du monde rural leur
fonds de commerce.

Nous ne sommes pas plus libéraux que
les Européens et les Américains. Et pourtant, ceux-ci n’hésitent
pas à recourir au protectionnisme pur et dur en bétonnant leurs
frontières. On l’a vu tout récemment avec les Etats-Unis qui, pour
protéger leur acier, ont imposé à l’Europe de fortes taxes sur
l’exportation de ce métal vers les USA. Quitte à être dénoncée
par l’OMC (Organisation mondiale du commerce) qu’elle
contrôle d’ailleurs, l’Amérique ne s’est pas entourée de
sentiments (il n’en existe d’ailleurs pas en matière de
commerce international), pour défendre les intérêts de ses
industriels.

C’est l’ancien président nigérien, le général Baré qui,
par dépit, disait qu’il faut que les partenaires arrêtent d’aider le
Niger. Cela avait étonné en son temps certains bailleurs de
fonds qui intervenaient dans ce pays le plus pauvre des pauvres
de la planète. En fait, il s’agissait de l’aide alimentaire qui était
consentie presque tous les ans pour compenser le déficit
alimentaire chronique du pays. L’ex-président entendait
dénoncer cette habitude à la facilité qui consistait à être assisté.

Il faut apprendre à se laver la figure quand on vous rince le dos.
Il n’y a pas meilleure et plus exaltante façon de manifester sa
souveraineté que celle qui consiste à s’autosuffire
alimentairement.
Pour y parvenir, il faut une certaine volonté politique plutôt que
ces beaux discours dont pourraient se passer les paysans.
C’est vrai que parfois, l’abondance est plus difficile à gérer que
la pénurie.

Mais lorsqu’on est appelé à gérer des hommes, on
doit exclure de son langage ces propos fatalistes du genre on
ne pouvait pas prévoir, ni avoir peur de prendre des décisions
qui indisposent des voisins quand c’est nécessaire pour
assurer le bien-être de toute une communauté nationale. En
toute souveraineté, on ne saurait condamner un pays de lutter
contre les razzias et autres pillages de ses richesses nationales
en prenant des mesures préventives à même de dissuader les
profiteurs et les affameurs des populations.

Sans aller jusqu’à
suggérer le verrouillage de nos frontières, on pourrait
néanmoins envisager un moratoire pour quelques temps afin
d’éviter cette saignée. Il ne s’agit pas de nier aux paysans le droit
de se faire de l’argent. Mais faut-il encourager ce droit au point
de vider leurs greniers et de les voir obligés de devenir à leur
tour victimes des spéculateurs sans foi ni loi ? Evitons donc nos
jubilations actuelles et prenons le taureau par les cornes. Il n’y a
aucun mérite à se proclamer alimentairement autosuffisant en
théorie et, peu de temps après, mourir de faim dans la pratique.

Le Fou
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