Actualités :: Burkina-Etats Unis : l’AGOA ouvre une nouvelle ère dans les relations (...)

Le 10 décembre 2004, le président George Bush a désigné le Burkina Faso comme nouveau bénéficiaire de l’AGOA. S.E.M. Tertius Zongo, ambassadeur du Burkina à Wahsington explique ici le processus qui a abouti à cela et surtout l’intérêt de cette admission qui ouvre de nouvelles perspectives dans les relations entre les deux pays.

Tertius Zongo :

Le processus d’admission du Burkina à l’AGOA a été le même que pour tous les pays d’Afrique subsaharienne candidats et comprend une quinzaine d’étapes dont le calendrier est publié chaque année. Pour ces pays, il commence par la soumission d’un mémorandum dont le canevas est fixé d’avance. Il doit faire le point sur les progrès récents du pays visant à :
- établir une économie de marché, supprimer les obstacles aux échanges et aux investissements, prendre des mesures de nature à faire reculer la pauvreté et combattre la corruption ;
- promouvoir la bonne gouvernance politique par le renforcement de l’Etat de droit, la protection des droits humains y compris les droits internationalement reconnus aux travailleurs ;
- conduire une politique extérieure débarassée de toute activité susceptible de porter atteinte à la sécurité nationale ou aux intérêts des Etats-Unis ou de soutenir des actions du terrorisme international.

Ce n’est pas la liste exhaustive des points précis qui doivent être abordés, mais vous percevez déjà comment ce rapport est complexe à élaborer.

Une fois transmis, ce document est rendu public et fait l’objet de commentaires publics sur son contenu. Il faut noter qu’au sein de l’Administration américaine, un comité chargé d’examiner l’éligibilité et comprenant plusieurs agences, est mis en place. Il fait ses évaluations à partir d’informations recueillies à sa discrétion auprès de toute structure ou personne ressource y compris dans le pays candidat. Sur la base des évaluations, les différentes agences, qui sont chacune spécialisées sur des volets précis, donnent leur appréciation sur le dossier (volet politique, volet sécurité, volet commercial etc...), dans un esprit d’indépendance.

Tous ces avis sont centralisés, et le Représentant des Etats-Unis pour le Commerce Extérieur (United States Trade Representative) adresse un mémorandum au Président des Etats-Unis avec des recommandations.

Au cas où elles sont positives, la procédure juridique de proclamation est engagée, puis l’acte final soumis à la Maison Blanche à la signature du Président. C’est un processus long, au cours duquel une attention et un suivi particuliers sont requis.

Quel a été le rôle de l’Ambassade du Burkina à Washington dans les négociations ?

Tertius Zongo :

L’éligibilité du Burkina Faso à l’AGOA est une des missions prioritaires assignées à l’Ambassade. Par conséquent, mes collaborateurs et moi-même utilisons toutes les occasions pour faire le plaidoyer. C’est vous dire que les actions mulitformes ont été engagées et l’énumération serait fastidieuse et peut-être sans grand intérêt pour vos lecteurs.

Toutefois, il me paraît utile de vous indiquer que :
- le mémorandum sur la situation du Burkina dont je vous ai parlé tantôt a été rédigé au sein de l’Ambassade qui a aussi assuré sa défense - tant que de besoin ;
- l’Ambassade a assisté à toutes les rencontres importantes à caractère politique ou économique où des sujets pour lesquels les positions du Burkina n’étaient pas bien comprises étaient en débat et a partagé la vision nationale ;
- nous avons entretenu des relations étroites avec les services clés de l’Administration sur le sujet (Département d’Etat, Conseil National de Sécurité, l’USTR, le Conseil des Investisseurs en Afrique etc...) pour d’une part être informé de l’état d’avancement du dossier et des réactions qu’il suscite, mais d’autre part, donner des signaux positifs en réponse ;
- les visites et les audiences du Ministre burkinabè des Affaires Etrangères à des hautes personnalités ici aux Etats Unis, de même que les consultations régulières que j’entretiens avec l’Ambassadeur des Etats-Unis à Ouagadougou qui a aussi reçu des officiels américains ont été des éléments clés de cette négociation.

Pour être suscint, je dirai que ça été un très bon travail d’équipe. L’Ambassade a joué le rôle de sentinelle et tous les acteurs, aussi bien aux Etats-Unis qu’au Burkina, ont toujours réagi merveilleusement à chaque fois que de besoin.

Quel est l’intérêt du Burkina d’être admis à un tel programme et que peut-il vendre aux E.U. ?

Tertius Zongo :

Il faut rappeler que l’AGOA offre des opportunités extraordinaires pour promouvoir le commerce et les investissements entre les USA et les pays éligibles en accordant un accès exceptionnel au marché américain. Pratiquement tous les produits objet de cet accord seront admis en franchise de douane et sans restriction, ce qui incitera à coup sur les importateurs Américains à s’intéresser à nos produits.

Pour tirer profit de cette situation, aussi bien le Gouvernement, les entrepreneurs, les agriculteurs, les artisans .... sont obligés de mieux s’organiser et de se professionaliser. Je crois que l’intérêt pour le Burkina est de faire un meilleur apprentissage de son insertion dans le commerce mondial avec une des contraintes majeures levée d’avance : celle du marché.

Il faut se rappeler que le volet Investissements est la deuxième pièce maitresse de l’attelage. Il n’est dit nulle part que les sources de financement des investissements doivent être exclusivement américains ou burkinabè. En termes clairs, si le Burkina estime avoir des produits compétitifs et captifs pour le marché américain, il peut faire appel à des investisseurs de tout horizon sachant que les débouchés sont garantis. C’est donc d’un élargissement de la coopération économique et financière qu’il s’agit.

Pour ce qui concerne les produits que le Burkina pourraît commercialiser, je crois qu’il y en a comme les oignons rouges, l’ail, le coton transformé, le beurre de karité, les produits artisanaux etc..., mais je pense qu’il est nécessaire de mieux appréhender les besoins du marché américain, ses exigences, la capacité de nos opérateurs à tenir des engagements sur des contrats internationaux. Le Conseil des ministres a chargé le Ministre du Commerce de l’opérationalisation de cette initiative et je ne doute pas qu’il s’entourera très prochainement des personnes ressources avisées à cet effet.

Sur la préoccupation légitime de ce que le Burkina gagne dans cette affaire, je voudrais réaffirmer que l’AGOA offre des possibilités et à ce titre encourage le pays à saisir cette opportunité et à créer un climat favorable à une plus grande expansion du commerce et des investissements pour assurer une diversification économique et une croissance soutenue et durable.

En un mot, ce n’est pas un baton magique qui tout seul transforme des situations.

Quel impact aura l’élection au programme AGOA sur les relations bilatérales ?

Tertius Zongo :

Une chose est évidente, l’élection est le signe des bonnes relations entre nos deux pays et vient confirmer ce que je vous disais en juin dernier qu’il n’y a aucun nuage entre le Burkina Faso et les Etats Unis. Elle ouvre pour l’avenir une porte plus grande au dialogue, à la connaissance mutuelle entre les hommes, ce qui de mon point de vue est plus stable que les relations purement politiques.

D’ailleurs, l’AGOA établit un forum de coopération commerciale et économique pour faciliter les entretiens et les contacts d’affaires entre les structures privées des pays africains et des Etats-Unis. Il n’est un secret pour personne que lorsque les intérêts privés deviennent importants, il se constituent des groupes de pression très puissants qui influencent les décisions politiques.

De ce point de vue, je vois à l’avenir, au nombre des ambassadeurs et défenseurs du Burkina Faso, plus d’américains, imprégnés de nos réalités et de nos attentes.

Interview réalisée par Cyriaque Paré
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