Actualités :: Coût de la vie au Burkina : C’est ça qui va tomber Blaise

L’histoire se passe au Sénégal, à l’époque où le long règne d’Abdou Diouf (gouverneur à 26 ans, premier ministre 10 ans durant et président pendant 20 ans) tirait vers sa fin. Le petit peuple de la Médina, de "la gueule tapée", de Colobane ou de Pikine végétait comme il pouvait dans la fange, criant à l’occasion son ras-le-bol.

Comme ce Dakarois qui, interrogé alors sur ses conditions de vie, avait presqu’un mot d’excuse pour le président : "Comment voulez-vous que ce monsieur puisse connaître et comprendre nos problèmes ? Depuis l’âge de 26 ans, il n’a jamais vu la couleur d’une facture d’électricité ni d’eau", débita-t-il d’un trait avec l’accent si charmant du gorgui.

Et de fait, le grand homme dans tous les sens du terme dit reconnaître plus tard qu’il avait quelque peu perdu pied sur la réalité des choses avant que la marée bleue d’avril 2000 l’emporte. Rapportée au Burkina, on peut se demander si cette anecdote ne reflète pas aussi la situation dans laquelle se trouve Blaise Compaoré. Car lui également est aux affaires depuis 1983 et n’a pas pu voir la couleur d’une facture d’eau, d’électricité, de téléphone, pas plus qu’il ne doit connaître le prix d’un litre d’essence. Peut-il dès lors se rendre compte de l’étau chaque jour plus étouffant qui se resserre autour de ses compatriotes et qui a amené les syndicats à organiser ce samedi 18 décembre 2004 une marche nationale de protestation contre le renchérissement de la vie ? La manifestation de l’autre jour tenait lieu à la fois de cri de détresse et d’avertissement devant le renchérissement continu des produits de première nécessité. Et le chef de l’Etat burkinabè aurait tort de ne pas entendre ce S.O.S., car il est source de tous les dangers pour la paix sociale.

Monsieur le président, savez-vous que rien que pour la seule année 2004, les prix des hydrocarbures ont augmenté huit fois ?, que le litre d’essence ordinaire, qui coûtait 400 FCFA en 2002 est passé de nos jours à 564 FCFA, soit une hausse de 41% ?, que le pétrole lampant a connu une augmentation de 62,5%, passant de 240 FCFA à 390 FCFA le litre ?, que de 1994 à 2004 le prix de l’huile a grimpé de 50%, celui du sucre, de 54%, celui du ciment, de 96%, tandis que les tarifs des transports en commun passaient du simple au double ? Monsieur le président, savez-vous que le prix du kilowatt//heure à flambé et que les vignettes seront restaurées à partir de 2005 ? Savez-vous ?... Si vous ne le savez pas, c’est grave ; si vous le savez, mais que vous ne pouvez rien faire contre cette inflation vertigineuse c’est encore plus grave. Bien sûr, on nous dira que pour ce qui concerne les hydrocarbures par exemple, tout est lié aux cours mondiaux de l’or noir, qui ne font que flamber, il est vrai, en même temps que les pipe-line irakiens, mais si des responsables ne peuvent pas trouver des parades pour amortir le choc, ils ne méritent pas de diriger un pays. En fait, on n’aurait rien trouvé à redire si au renchérissement exponentielle du coût de la vie répondait une augmentation conséquente des revenus. Or là, les salaires stagnent, car ce ne sont pas les rares réajustements symboliques qui permettront au travailleur Tartampion de s’en sortir.

Et le petit peuple des villes et des campagnes enrage d’autant plus que pendant qu’il peine à joindre les deux bouts, l’Etat mène grand train de vie et le classe politico-économique roule carrosse. C’est à celui qui aura le plus beau château à Ouaga-2000 ou à la "cité de l’impunité" (à Somgandé), la plus jolie femme ou la plus grosse et chère voiture. Dans ce Burkina du développement solidaire, deux mondes se côtoient ainsi sans se voir vraiment, et c’est ça qui va tomber Blaise s’il n’y prend garde. Il sait quand même, lui qui a été révolutionnaire dans une autre vie, que les révolutions naissent quand les uns mangent alors que les autres regardent. Or ici au Faso, où la vie est dure, c’est ce qui se passe depuis de longues années. Si on veut raisonner par syllogisme, le président du Faso peut tirer la conclusion lui-même. Petit à petit, le seuil de tolérance est en train d’être franchi, et le risque d’explosion sociale tient au fait que cabri mort n’a plus peur de couteau. Avec la crise consécutive à l’affaire Norbert Zongo, Blaise et ses disciples pouvaient encore crier à la récupération politique par les nombreuses chapelles qui pensaient que le fruit était mûr, mais sur un sujet comme celui du coût de la vie, force est de reconnaître que la misère n’a pas de couleur politique. Autant elle touche les militants du PCRV, autant elle concerne les militants des rangs du CDP qui n’ont pas accès aux morceaux les plus viandeux de la République.

Certes, le Burkina n’est pas une monarchie pétrolière ; certes, les ressources du pays sont limitées ; certes, les charges, salariales notamment, de l’Etat doivent être contenues dans des proportions supportables ; certes, il y a le diktat des bailleurs de fonds... mais si les gouvernants doivent assister impuissants à la paupérisation générale des populations sous l’effet conjugué du coût de la vie et du plafonnement des revenus, il ne leur reste plus qu’à jeter l’éponge, car le propre d’un dirigeant, c’est de faire l’impossible.

L’Observateur Paalga

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