Actualités :: Rencontre Compaoré - Gbagbo de Bobo-Dioulasso : C’est bon mais (...)

La rencontre Blaise Compaoré - Laurent Gbagbo était attendue par tous les observateurs de la scène politique ivoirienne et sous-régionale pour des raisons qu’il serait superflu de rappeler.

Elle a donc eu lieu à Bobo-Dioulasso, le 26 novembre 2003, et sans verser dans un pessimisme de mauvais aloi, on dira que l’on attend de voir la concrétisation de la volonté manifeste de sortir pour de bon de la crise ivoiro-ivoirienne.

On peut dire que le sommet Compaoré - Gbagbo a consisté en un long entretien entre les deux Chefs d’Etat (plus de trois heures d’horloge) suivi d’un déjeuner, avec comme couronnement, un communiqué final et une conférence de presse sommaire. C’est le ministre d’Etat en charge des Affaires étrangères, Youssouf Ouédraogo qui a lu le communiqué final sanctionnant les travaux. Pour l’essentiel on retiendra que les deux Chefs d’Etat ont insisté sur "la concertation et le dialogue permanent" qui doivent prévaloir entre les deux pays liés par l’histoire et la géographie.

Le président Compaoré a également insisté sur "la solidarité et la disponibilité" du Burkina Faso à "œuvrer" pour un retour rapide de la paix et de la concorde en Côte d’Ivoire, dans l’esprit et la lettre des Accords de Linas-Marcoussis. Le retour des Forces nouvelles "dans les meilleurs délais" dans le gouvernement de réconciliation nationale a été souhaité. Les deux hommes d’Etat ont aussi insisté sur "la sécurisation des biens et des personnes en Côte d’Ivoire" et sur la nécessité "d’accélérer" la reprise des activités économiques dans le pays.

Passer de la parole aux actes

Rien que de belles intentions en somme, réaffirmées lors de la brève conférence de presse qui a aussitôt suivi. Au cours de celle-ci, le président du Faso a affirmé que la rencontre de Bobo-Dioulasso a permis d’avoir un plus "grand éclairage" sur l’évolution du processus de réconciliation nationale en Côte d’Ivoire, processus que le Burkina Faso "soutient de toutes ses forces ". Pour ce faire, le Burkina va "appuyer" les initiatives de paix pour rétablir l’équilibre socio-politique en Côte d’Ivoire.

Mieux, le Burkina Faso va "entreprendre des initiatives nouvelles pour renforcer la coopération entre les deux pays". Une volonté saluée par Laurent Gbagbo, lequel s’est par ailleurs appesanti sur les "avancées" notées dans la recherche de la paix. Il y a des avancées, a-t-il martelé car, d’une "situation de guerre civile", on est passé à un climat où "les armes ne parlent plus". Un pas que la Côte d’Ivoire doit à tous ceux qui ont déployé des efforts dans ce sens, même si du chemin reste à faire. Et, c’est dans ce sens qu’il faut comprendre la réponse de Blaise Compaoré, à une question portant sur la réforme du code foncier rural en Côte d’Ivoire.

Tout en se gardant de juger une "loi ivoirienne", le président du Faso a laissé entendre qu’il y a nécessité de "corriger" certaines "insuffisances" de cette loi en gestation, lesquelles ont été notées lors de la rencontre inter-ivoirienne de Linas-Marcoussis. "Attendons" de voir dans quelle direction le gouvernement et le Parlement ivoiriens diront d’aller, pour à la fois traiter de cette "question ivoirienne" dans l’intérêt des Ivoiriens mais aussi des Burkinabè et des autres populations ouest-africaines installées en Côte d’Ivoire pour l’agriculture.

Le dégel est donc perceptible mais il n’est pas total. En tout cas, les "suspicions" sont "levées" à en croire Laurent Gbagbo, car il vient de "déjeuner" avec le Président du Faso. En lui souhaitant bonne digestion, on ne peut que souhaiter qu’il fasse preuve de dépassement comme nous l’indiquions dans notre édition d’hier, en passant de la parole aux actes. C’est le prix à payer pour ramener son pays dans une démocratie apaisée.

Boubacar SY


Ce que les Bobolais en pensent

Rasmané Pagbelguem : J’espère que c’est pour chercher de meilleures solutions au problème qui existe en Côte-d’Ivoire et celui qui oppose Ivoiriens et Burkinabè. Gbagbo n’a jamais tenu parole, mais nous espérons qu’étant donné que c’est lui-même qui effectue le déplacement, il cherche réellement des solutions à tous ces problèmes. Le Burkina se doit d’être ferme, insister sur les principes sur lesquels nous voulons qu’il travaille et défendre les intérêts des Burkinabé vivant en Côte-d’Ivoire. Tout le monde doit être lucide parce que Gbagbo a fait des choses qui nous ont choqués. Actuellement, il doit rechercher des solutions et accepter certaines propositions. Sur les plans régional et sous-régional, la Côte-d’Ivoire ne respecte pas certains principes auxquels il a adhéré dans le cadre des organisations régionales ou sous-régionales. Elle devrait en principe être sanctionnée un peu comme c’est le cas au niveau du Commonwealth où certains pays sont parfois exclus.

Jean L. Coulibaly : C’est une visite qui est nécessaire pour tous les deux peuples parce que nous sommes des frères inséparables. Malheureusement, lorsque nous voyons ce que nos frères subissent en Côte-d’Ivoire, c’est dur à supporter. Il faut forcément cette visite pour qu’il y ait la réconciliation et une entente entre le Burkina et la Côte d’Ivoire. Avec la crise ivoirienne, il y a beaucoup de problèmes qui se sont posés et de choses qui se sont dites. Si les deux Chefs d’Etat se croisent en tête-à-tête, ils peuvent se dire certaines vérités afin de trouver une solution à tous ces problèmes. Bobo-Dioulasso a souffert et continue de souffrir de cette crise ivoirienne sur le plan économique.

Mme Traoré née Fatimata Nikiéma : Je crois que cette visite est une bonne chose. Nous souhaitons la paix avec la Côte-d’Ivoire. Ce que nos frères ont subi dans ce pays nous a vraiment fait mal, mais il faut se pardonner dans la vie. On pardonne donc Laurent Gbagbo parce que nous voulons la paix entre la Côte d’Ivoire et le Burkina.

Bassirima Traoré : Cette visite me va droit au cœur parce que cela s’inscrit dans la recherche de la paix. Le fait que Gbagbo soit venu à Bobo-Dioulasso prouve qu’il vient chercher des conseils auprès de notre président. Aussi, nous ne pouvons que souhaiter que celle-ci se passe le plus calmement possible pour un retour de la paix en Côte d’Ivoire et que de nombreux problèmes trouvent des solutions.

Lamoussa Traoré : Il y a beaucoup de points d’interrogations autour de cette visite. Gbagbo va -t-il nous écouter ? Marcoussis, Lomé, Accra n’ont rien apporté de positif en raison de certaines positions tranchées. Pour que la situation se normalise, il faut une plus grande implication de la France qui surveille les Forces nouvelles et laisse Laurent Gbagbo agir à sa guise. Nous ne voulons que la paix entre nos deux peuples.

NB : Ces propos ont été recueillis peu avant la rencontre des deux Chefs d’Etat.


Gbagbo à Bobo : "Pourquoi donc ?"

Laurent Gbagbo à Bobo-Dioulasso ? Viendra, viendra pas. Ce qui se murmurait depuis une semaine s’est révélé presqu’une certitude dès que deux jours avant la date fixée, on a commencé à observer à Bobo-Dioulasso la mise en œuvre d’un dispositif de sécurité quoique de façon assez discrète. En ce mercredi 26 novembre 2003, les choses se confirment avec le dispositif de haute sécurité occupant la zone du canal du marigot Houet et le bouclage des voies donnant sur le Rond-point des Nations, face auquel est sis le pied-à-terre présidentiel fortement gardé. C’est là que devrait se dérouler semble-t-il l’entretien entre les présidents Blaise Compaoré et Laurent Koudou Gbagbo.

La question qui courait les lèvres est celle-ci : Pourquoi Bobo-Dioulasso comme lieu de cette rencontre au sommet et que pourront se dire les deux Chefs d’Etat ? Question plus que pertinente, au regard de l’échec consommé de la récente rencontre des Chefs d’Etat de la sous-région à Accra. Comme si l’intense ballet diplomatique qui a précédé, de Abuja à Libreville en passant par Bamako et Ouagadougou avait en désespoir de cause décidé de remettre sournoisement la résolution du problème entre les mains de Compaoré et Gbagbo, qui on le sait, ne se regardent pas d’un bon œil sur cette crise, entachant pour le moins la sérénité des rapports. Mais, on le voit bien, le Burkina a beaucoup d’exigences à poser et le président ivoirien le sait.

Elles sont relatives à la libre circulation des personnes et des biens sur le territoire ivoirien, à la réforme foncière en Côte d’Ivoire et, ne l’oublions pas, au dédommagement des Burkinabè qui ont perdu leurs biens dans la tourmente. Ce sont-là des questions d’Etat à Etat, pesantes il est vrai, et qui demandent des réponses acceptables.

J.L.B.


COMMUNIQUE CONJOINT

A l’invitation de son Frère et Ami, Son Excellence Blaise Compaoré président du Faso, Son Excellence Monsieur Laurent Gbagbo, Président de la République de Côte d’Ivoire a effectué une visite d’amitié et de travail au Burkina Faso le 26 novembre 2003. Le Chef de l’Etat ivoirien était accompagné d’une forte délégation.

Cette visite s’inscrit dans le cadre des concertations et du dialogue permanents entre les Chefs d’Etat des deux pays et vise à consolider davantage les relations séculaires d’amitié et de coopération existant entre les pays et les deux peuples.

Au cours de son séjour, Son Excellence monsieur Laurent Gbagbo, président de la République de Côte d’Ivoire a eu des entretiens en tête-à-tête avec Son Excellence monsieur Blaise Compaoré Président du Faso. Ces entretiens, élargis par la suite aux délégations des deux pays, se sont déroulés dans une atmosphère empreinte de fraternité et de cordialité. Ils ont essentiellement porté sur les relations bilatérales, les questions sous-régionales et internationales d’intérêt commun.

S’agissant des relations bilatérales, les deux Chefs d’Etat ont procédé à un échange approfondi de vues et d’informations sur la situation prévalant en République de Côte d’Ivoire.

Son Excellence monsieur Laurent Gbagbo a informé son homologue burkinabè de l’évolution de la situation politique en Côte d’Ivoire.

Son Excellence monsieur Blaise Compaoré a exprimé la solidarité du gouvernement et du peuple burkinabè à l’endroit du peuple ivoirien. Il a par ailleurs renouvelé sa disponibilité à œuvrer de concert avec les autres pays de la CEDEAO pour le retour de la paix et de la concorde en République de Côte d’Ivoire, conformément à l’Accord de Linas Marcoussis signé le 24 janvier 2003.

Les deux chefs d’Etat insistent sur la nécessité d’un retour des Forces Nouvelles au sein du gouvernement de Réconciliation Nationale dans les meilleurs délais.

Aussi, réaffirment-ils la nécessité d’étendre l’autorité de l’Etat ivoirien sur l’ensemble du territoire national conformément aux dispositions des Accords de Linas-Marcousis.

Les Chefs d’Etat conviennent de prendre toutes les dispositions nécessaires et utiles pour assurer la sécurité des biens, des personnes et des communautés vivant dans les deux pays, notamment les Burkinabè vivant en Côte-d’Ivoire.

Se félicitant de la réouverture le 10 septembre 2003 de la frontière entre les deux pays, les deux Chefs d’Etat ont engagé leurs gouvernements respectifs à entreprendre toutes actions susceptibles d’accélérer la reprise des activités économiques entre les deux pays.

Passant en revue la situation qui prévaut aux plans sous-régional et continental, les deux Chefs d’Etat ont réaffirmé leur foi et leur adhésion à l’intégration régionale, seule voie pour la construction d’ensembles économiques viables.

Ils ont salué les efforts déployés par la CEDEAO en vue d’un retour rapide de la sécurité et de la consolidation de la paix dans la sous région.

A cet égard, ils ont appelé la Communauté internationale à plus d’engagement dans la recherche de solutions adéquates aux différentes crises qui minent les efforts de développement du continent.

Au terme de son séjour, Son Excellence monsieur Laurent Gbagbo, président de la République de Côte d’Ivoire a remercié Son Excellence monsieur Blaise Compaoré, Président du Faso, le gouvernement et le peuple burkinabè pour l’accueil fraternel et chaleureux dont sa délégation et lui-même ont fait l’objet durant cette visite.

Fait à Bobo-Dioulasso le 26 novembre 2003

Pour la République de Côte d’Ivoire
S.E.M. Sébastien DANO DJEDJE

Ministre d’Etat, Ministre de
la Réconciliation Nationale

S.E.M. Youssouf OUEDRAOGO
Ministre d’Etat, Ministre des
Affaires Etrangères et de
la Coopération Régionale

Sidwaya

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