Actualités :: Affaire Hermann Yaméogo : Où est donc passée la société civile ?

Chacun y va selon le camp auquel il appartient. Pour ceux qui sont proches du pouvoir, il n’y a pas de doute, Hermann Yaméogo est coupable et il est de plus en plus incompréhensible que son immunité parlementaire ne soit pas encore levée.

Il faut noter qu’ils ont été confortés dans cette position par le fait que d’une part les accusations formulées par la Côte d’Ivoire, la Guinée et la Mauritanie selon lesquelles le Burkina abrite des camps d’entraînement de rebelles ont été démenties par la France, d’autre part par la démission de Salvador Yaméogo, frère d’Hermann Yaméogo, de son poste de coordonnateur national de l’UNDD.

En face, on est également convaincu que les accusations contre le pouvoir sont avérées au regard de celles dont il a déjà fait l’objet de par le passé, de l’accueil qu’il réserve aux opposants à certains régimes politiques de la sous-région ; et l’invitation du principal accusé à se rendre en Grande-Bretagne est venue donner du tonus à ce camp.

En dehors de ces deux positions, il n’y a apparemment pas de place pour une troisième. Pour chacune des deux parties, on a l’impression que celui qui n’est pas avec elle est nécessairement contre elle et que celui qui n’est pas contre elle est nécessairement pour elle.

Certes, il n’y a rien d’étonnant à cela même si c’est ce qui est étonnant, car dans ce pays le pouvoir, l’opposition et une bonne partie de la société civile (dont certaines organisations affichent leur appartenance à chacun des deux camps) ont une vision manichéenne de la vie de la cité ; il n’y a qu’une alternative : ou on est du côté du pouvoir, ou on est contre lui. Autrement dit ou on est du côté de l’opposition ou on est contre elle.

Si vous appartenez au camp du pouvoir, l’opposition ne peut rassembler que les mauvais, et vous, les bons. Si vous roulez pour l’opposition, le pouvoir ne peut être qu’un ramassis de corrompus et de corrupteurs et vous, les missionnaires d’une entreprise messianique et donc salvatrice.

Notre conviction s’est construite à partir de l’histoire de ce pays et du constat que tout le monde peut faire dans le cadre de l’affaire Hermann Yaméogo.

A part quelques organisations de la société civile (dont le Tocsin, Opinion des femmes du Faso (O2F), etc.), dans un pays qui en compte des centaines voire des milliers, qui ont osé essayer de s’élever au-dessus des deux extrêmes, certaines ont préféré prendre parti pour un bord et d’autres, les plus nombreuses, sont restées cloîtrées dans un silence qui peut se révéler suicidaire.

En effet, si, comme nous ne l’espérons pas, la cité burkinabè venait à prendre feu, ce ne serait pas seulement les pyromanes que sont ces politiciens qui en pâtiraient, ce serait aussi et surtout cette majorité déterminante au nom de laquelle tout le monde parle tant. Or ces organisations de la société font hélas partie de cette majorité. Victimes collatérales ou innocentes, c’est tout ce qu’on trouverait à dire.

A leur décharge, il faut cependant dire que les deux camps opposés et leurs alliés respectifs ont su si bien exercer un terrorisme intellectuel et des menaces d’agressions physiques sur ceux qui ne partagent pas leurs opinions politiques qu’ils dissuadent bien d’organisations de la société civile à prendre position.

En outre, ces organisations n’ont ni un parapluie sécuritaire à l’instar des partisans du pouvoir, ni les relations internationales qui peuvent constituer une arme redoutable des partis de l’opposition. Par ailleurs, le caractère apolitique et la multiplicité des opinions politiques en leur sein expliquent cette attitude de réserve vis-à-vis des problèmes politiques.

Pour autant, cette attitude se justifie-t-elle ? Si elle est explicable et compréhensible, elle n’est, de notre point de vue, ni justifiée, ni justifiable si, comme tout le monde, nous voulons qu’émerge cette société civile dont le champ d’action a été considérablement grignoté par le politique du fait que la nature a horreur du vide.

Refuser de s’assumer, c’est priver la société burkinabè de l’un des adjuvants nécessaires au dynamisme de notre démocratie. Ce n’est pas un fait du hasard si le PNUD, à travers certains de ses partenaires comme le Centre pour la gouvernance (CGD), accompagne le renforcement des capacités de la société civile.

Il le sait bien : si l’élevation du niveau de compréhension par les citoyens des phénomènes politiques, des enjeux des compétitions électorales et de la gouvernance démocratique est une des missions de tout parti politique, elle est également (et peut-être surtout) celle de la société civile.

Et pour cause : les partis politiques l’envisagent dans une perpective partisane, ce qui limite la portée de leur message et bien des fois la crédibilité de celle-ci alors que la société civile, dans son principe, accomplit ce genre de mission de façon (politiquement) désintéressée. Ainsi, plus rassembleuse elle est, plus crédible elle est également.

Maintenant dans une crise comme celle que nous traversons aujourd’hui, quelle pourrait être la position ou une des positions des organisations de la société civile ? Nous allons tenter d’y répondre mais avouons qu’il nous paraît indiqué de demander que, n’étant pas un responsable d’une organisation de la société civile et ne connaissant donc pas les réalités de ce milieu, le lecteur veuille bien nous pardonner nos égarements éventuels.

Cela dit, quel que soit le contexte, il nous semble avéré que dans toute crise politique ceux qui sont au pouvoir ont plus de responsabilité à assumer que ceux qui sont dans l’opposition. D’abord ce sont eux qui impriment une orientation à la vie de la nation et un rythme à la marche de l’Etat ; ensuite, c’est à eux qu’a été confiée la gestion des biens de la communauté et de la violence légale.

Que donc dans le cadre d’une crise, ils soient accusés de tous les péchés d’Israël est chose bien normale et compréhensible ; et, en principe, au lieu d’en rougir ou d’en pleurer, ils doivent s’employer à prouver le contraire tout en reconnaissant aux citoyens le droit de ne pas être contents d’eux, de se tromper sur leur compte (même si certains les accusent à dessein).

Conduire le destin d’un peuple comporte des avantages (honneurs, avantages matériels, influence, etc.), mais tout aussi naturellement des inconvénients (erreurs, tentation d’abuser du pouvoir, victimes de récriminations parfois injustes...) et on ne peut pas vouloir des uns en n’envisageant pas de devoir faire face aux autres. Qu’une organisation de la société civile partant de ces éléments soit très critique vis-à-vis du pouvoir est bien une démarche pertinente.

Toutefois, si le pouvoir a plus de responsabilité que tout autre camp dans une crise politique, cela ne signifie évidemment pas que l’opposition n’en ait aucune et/ou qu’elle ait toujours raison. Ce serait commettre une erreur monumentale que de penser ainsi.

Parfois, dans leur acharnement à combattre leurs adversaires au pouvoir, les opposants commettent des erreurs stratégiques ou tout simplement tactiques qui se retournent contre eux, et qu’il faut avoir le courage de dénoncer.

Le plus faible n’a pas toujours raison ; et ce n’est pas parce qu’il est le plus faible (ou est supposé tel) que ce qu’il dit est nécessairement une vérité absolue. Les coups de Jarnac peuvent aussi venir de lui.

Cette approche a l’avantage d’être équilibrée ou d’aspirer à l’équilibre, mais comporte peut-être l’inconvénient, en fonction des mots qui seront choisis et des personnes qui en seront les signataires, d’apparaître équilibriste, de ne satisfaire aucun des deux camps (ce qui n’est pas forcément mauvais) et de donner l’occasion à des personnes bien mal intentionnées de vous ranger dans l’un des deux camps. Qu’à cela ne tienne, sur le court terme vous serez anathématisé, mais sur le long terme, l’Histoire vous acquittera.

Cela étant, il y a des organisations de la société civile qui estiment que ponctuellement ou actuellement, elles peuvent s’allier dans les faits à l’un des camps. Ce point de vue peut être discuté ou regretté, mais l’on ne saurait récuser à ces organisations le droit et la liberté de ce type de prise de position. C’est également à l’Histoire d’apprécier.

Zoodnoma Kafando
L’Observateur

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