Actualités :: Hermann Yaméogo, "un héritier", joue la destabilisation du Burkina (...)
H. Yaméogo

Hermann Yaméogo est comme le coucou ; il pond ses oeufs dans le nid des autres ! Au grè des événements. On ne sait jamais ce qui lui appartient en propre et ce qui est aux autres.

Voilà donc le fils de "Monsieur Maurice", pour nous convaincre que l’union de l’opposition n’est pas contre nature, obligé de nous conter qu’il y a près de 30 ans, "sur recommandation de [son]père", il avait étudié la mise en place d’un Parti socialiste voltaïque (PSV) qui aurait intégré en son sein les troupes du président Ki-Zerbo (cf LDD Burkina Faso 047/Jeudi 14 octobre 2004).

Ce même Ki -Zerbo dont l’épouse avait pris la tête des manifestants qui, en 1966, ont poussé Maurice Yaméogo à démissionner de son poste de président de la République ! Une démarche qu’il n’évoque pas, d’ailleurs, dans son ouvrage sur la IIIème République voltaïque. L’UNDD a été constituée en 1977 après que Ki-Zerbo ait formé l’Union progressiste voltaïque (UPV) qui prenait la suite du Mouvement de libération nationale (MLN).

C’est une constante chez Hermann. Il semble n’avoir jamais de vision politique personnelle. Et ne déterminer son comportement qu’en fonction de l’événement immédiat ("affaire Zongo" ; "crise politique ivoirienne’ :) ou de l’opportunité qui s’offre à lui ("rectification", "union de l’opposition’ :). Ce n’est pas un décideur ; c’est un suiveur.

Manque de confiance ? Syndrome du fils à papa ? Autant de défauts politiques qui s’expriment pleinement avec, justement, l’évolution de la crise ivoirienne. Il est symptomatique que le leader de l’UNDD (qui déclare être "au nombre de ceux qui affirment être en mesure de mieux faire que Blaise Compaoré à la tête de l’Etat) ait choisi une crise politique majeure en Côte d’Ivoire pour remettre en question la gestion politique... de son propre pays ! Et que ce pays soit la Côte d’Ivoire ne saurait pas, non plus, étonner.

J’ai déjà signalé la complexité des rapports entre
"Monsieur Maurice" et la Côte d’Ivoire où, longtemps, il n’avait été qu’un "kanga" (un esclave) et la fascination qu’exerçait sur l’ancien commis expéditionnaire le "médaf’ qu’avait été Houphouët-Boigny. Il faut se souvenir, également, que c’est toujours du côté d’Abidjan que se sont tournés les regards des Yaméogo quand ils se sont trouvés en difficulté à Ouagadougou.

Hermann Yaméogo dans "Le Pays" (mardi 22 juin 2004) s’aligne strictement sur Gbagbo. "Je persiste et signe [le 19 septembre] la Côte d’Ivoire [ a] été agressée par des envahisseurs nourris, logés, blanchis, formés à l’extérieur notamment au Burkina Faso". Une déclaration sans nuances. Pour lui, pas de doute, la Côte d’Ivoire a été "agressée par des envahisseurs". Opération préméditée. Ce qui explique que "l’opinion nationale" se soit "ralliée" à Blaise Compaoré. On avait, dit-il "chauffé à blanc les instincts grégaires [des Burkinabè] par la diffusion en boucle de Poudrière identitaire".

Je rappelle que le film "Côte d’Ivoire.. Poudrière identitaire ou réalité" a été tourné au lendemain de la découverte du charnier de Yopougon. Par Benoît Scheuer, sociologue belge (cf LDD Côte d’Ivoire Ol/Jeudi 18 octobre 2001).

Hermann, tout à la fois avocat de la défense de Gbagbo et procureur à l’encontre de Compaoré, ne manque pas, également, de mettre en cause la politique africaine de la France (avec laquelle il a, dit-il, des "liens charnels", Madame Yaméogo étant d’origine française), dont "les prises de position [sont] accomodantes. voire complices vis-à-vis des régimes prédateurs africains". Pour faire bonne mesure, Hermann ajoute "qu’il n y aurait pas eu de 19 septembre si la puissance coloniale n’avait pas déporté tant de Voltaïques dans le cadre du travail forcé en Côte d’Ivoire".

Dans sa volonté de plaider à charge contre Compaoré, Hermann va même jusqu’à lui reprocher de "pousser Kadhafi à créer un axe Tripoli-Abidjan" et quand le journaliste souligne que son "soutien à Kadhafi apparaît incongru", il rétorquera : "c’est un soutien ponctuel".

Bien sûr, il est difficile de comprendre que Kadhafi, allié de Gbagbo en Côte d’Ivoire, soit l’allié de Compaoré contre la Mauritanie mais il est vrai que Hermann n’est pas à une contradiction près.

A la lecture de ces déclarations pro-Gbagbo, je me pose des questions. Que les socialistes français se soient sentis dans l’obligation de soutenir trop longtemps Gbagbo (François Hollande le juge depuis "l’affaire Julia", "infréquentable"), leader du FPI, membre de l’Internationale socialiste, cela peut se comprendre. Mais que Hermann Yaméogo se sente des affinités avec Gbagbo relève d’une gymnastique mentale qui frise le suicide intellectuel : "Monsieur Maurice" et son fils ont été les "protégés" de Félix Houphouët-Boigny ; et Gbagbo a été l’opposant numéro un au "Vieux".

On pourrait comprendre qu’un observateur extérieur, peu au fait de la politique d’exclusion menée par Gbagbo bien avant le "19 septembre 2002" mette au jour des contraintes internes et externes qui expliquent que la crise ivoirienne puise ses racines antérieurement à la prise du pouvoir par Gbagbo. Mais Hermann Yaméogo n’est pas un imbécile ; il sait la réalité des choses. Plus encore, c’est un leader politique burkinabè : il a des responsabilités vis-à-vis des militants de l’UNDD et, au-delà, de l’ensemble du peuple burkinabè. Or, ce sont des Burkinabè qui, en Côte d’Ivoire, ont été et sont la cible des "escadrons de la mort".

Et comme me le disait, voici peu, Filippe Savadogo, ambassadeur du Burkina Faso à Paris, c’est notre sang qui coule là-bas. Faudrait-il s’offusquer que Ouaga entreprenne de défendre ses ressortissants en Côte d’Ivoire ? Il n’est pas un responsable politique, en Afrique noire, de Bongo à Wade en passant par Kérékou et les anglophones qui n’ait considéré que Gbagbo était totalement impliqué dans cette crise politique.

Sauf à avoir avec Gbagbo des liens Politiques objectifs (à l’exemple de Eyadéma au Togo). Est-ce donc le cas de Hermann Yaméogo, dont le peuple est concerné au premier chef par cette crise, et qui n’a pas un seul mot contre la politique anti-burkinabè de..Gbagbo ?

Le "19 septembre" n’est, selon lui, qu’une affaire déclenchée par le Burkina Faso avec la complicité de la France. S’il raisonne ainsi c’est qu’il y trouve son compte. Et que Gbagbo, plus politique que Hermann Yaméogo, a compris qu’il avait trouvé là un "cheval de Troie" idéal pour déstabiliser, de l’intérieur, le Burkina Faso et, du même coup, le régime de Blaise Compaoré qui est le seul barrage à sa politique d’exclusion.

A travers l’Histoire, le fils a rejoint le père. "Monsieur Maurice" avait été manipulé par Houphouët-Boigny au grè des intérêts d’Abidjan ; qu’il s’agisse de la participation au Conseil de l’Entente ou de la double nationalité. Près de quarante ans plus tard, c’est Hermann qui sert ainsi les intérêts de Gbagbo au détriment des intérêts des Burkinabè. Pour une reconquête du pouvoir par les Yaméogo. Hermann a franchi un cap. A l’instar de Gbagbo.

Et obnubilé par la perspective politique que lui a fixé son père en 1977 lors de la création de l’ UNDD, il n’hésite pas à pratiquer une politique de désinformation qui confine désormais à l’abandon des intérêts de son pays au profit d’un autre, en l’occurrence la Côte d’Ivoire. Cela porte un nom. "Je suis un républicain attaché à l’alternance pacifique dans mon pays comme dans les autres pays.C’est pour cela que j’ai condamné le coup d’Etat contre Henri Konan Bédié de même que la tentative de coup d’Etat du 19 septembre 2002", déclarait-il le 10 octobre 2004 après avoir été mis en cause par les autorités burkinabè dans une opération de déstabilisation du Burkina Faso.

La question n’est pas de condamner les coups d’Etat mais de comprendre (pour les empêcher) les processus d’exclusion qui conduisent à ces situations radicales. Ce n’est pas en dénonçant la "pleine hystérie patriotique due au travail de lavage de cerveau opéré par la diffusion en boucle de Poudrière identitaire" ni même en affirmant que "l’alternance réussie au Burkina [c’est] la libération des citoyens burkinabè mais aussi celle de tous les citoyens de la sous-région" que Hermann Yaméogo parviendra à son objectif de conquête du pouvoir.

Ce n’est pas non plus en s’inféodant au pouvoir ivoirien. Son père l’avait tenté ; il n’avait pas réussi !

Jean-Pierre Béjot
La Dépêche Diplomatique

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