Actualités :: Affaire Hermann Yaméogo : "Savoir cultiver le sentiment patriotique..." Le (...)
Albert Ouédraogo

Face aux événements qui marquent l’affaire Hermann Yaméogo, l’association le TOCSIN invite ceux qui nous dirigent ou prétendent vouloir nous diriger à savoir cultiver le sentiment patriotique minimum qui oblige à taire les divergences... Nous invitons à lire, in extenso, la déclaration que le TOCSIN adresse, à cet effet, à l’opinion publique.

L’association le TOCSIN, fidèle à son engagement en faveur des compatriotes de l’extérieur et préoccupée par l’ édification d’une société burkinabé unifiée et solidaire avec le monde et plus particulièrement avec les pays du continent et de la sous-région, se sent interpellée par l’actualité nationale et internationale. Le TOCSIN, association apolitique, a néanmoins le devoir d’agir sur le terrain du politique chaque fois que les propos et les actes des politiques professionnels sont de nature à porter atteinte ou préjudice à la vie ou aux intérêts majeurs des Burkinabé de l’intérieur et de l’extérieur.

Les récentes accusations proférées à maintes reprises par les autorités mauritaniennes sur une implication du Burkina dans les actes de déstabilisation de leur pays ne sont pas de nature à nécessiter une intervention du TOCSIN. Nous avons observé une telle attitude devant les multiples accusations proférées par différents pays sur une implication du Burkina dans les conflits au Liberia, en Sierra Leone, en Angola et en Côte d’Ivoire. Nous n’avons pas non plus jugé utile de nous mêler des accusations que le Burkina a, en son temps, proféré contre le Togo et la Côte d’Ivoire lors de la présumée tentative de coup d’État dirigée par le capitaine Oually Luther.

Notre attitude est dictée par un respect scrupuleux des dispositions fondant l’association et contenus dans les statuts et règlement intérieur du TOCSIN. En effet, il nous incombe de nous poser la question suivante devant les faits nationaux et internationaux : en quoi les Burkinabè de l’intérieur et de l’extérieur sont-ils affectés ?

Et chaque fois que les réponses à ces questions ne nous paraissent pas évidentes, le TOCSIN s’est abstenu d’interférer dans la politique politicienne de peur de se fourvoyer et de perdre son âme. Mais il faut rappeler que les interférences dans les politiques intérieures des autres a toujours été le sport favori de tous les Etats : du Moyen-Age à nos jours !

Mais pourquoi le TOCSIN décide-t-il aujourd’hui de faire entendre sa voix dans un terrain aussi glissant et miné avec des acteurs qui avancent toujours à visage masqué ? Le TOCSIN ne courre-t-il pas le risque de perdre sa neutralité ? Notre association a toujours été engagée dans le sens des droits humains et dans la prévention des conflits. Aussi, devant les risques que la politique politicienne burkinabè de ces dernières semaines fait courir aux compatriotes burkinabè résidant en Côte d’Ivoire et en Mauritanie, aucune neutralité ne peut être acceptable.

A juste raison, l’on peut se poser la question de savoir l’utilité réelle d’une classe politique dans un Etat, car il est de notoriété que les classes politiques sont les catégories sociales les plus improductives et les plus budgétivores. Les peuples ne sont pourtant pas masochistes au point de chercher à entretenir une classe sociale inutile. Ainsi, si les peuples acceptent aliéner une partie de leur liberté, c’est à la seule condition que les classes politiques puissent leur assurer la paix, la sécurité, le bien-être, la justice, l’égalité et la prospérité. A défaut de demander aux représentants des classes politiques d’être des modèles de vertus, l’on ne devrait pourtant pas les prendre à défaut de patriotisme ou d’amour du peuple dont ils cherchent à promouvoir le bonheur.

Que nous donne à voir la scène politique burkinabé, ces dernières semaines ? Un homme politique, et non des moindres, Hermann Yaméogo est suspecté d’être de connivence avec des pays qui accusent le Burkina de menées déstabilisatrices. Responsable d’un des principaux partis de l’opposition, l’homme a plusieurs fois occupé des postes de haute responsabilité au Burkina. Il siège à l’Assemblée en qualité de député. Il a l’étoffe d’un homme d’État. Et si ceci ne suffisait pas, il se trouve être le fils du Président Maurice Yaméogo, père de l’indépendance de la Haute-Volta ! Un tel homme ne devrait jamais être suspecté d’être de connivence avec des forces hostiles au Burkina.

Mais pourquoi des Burkinabè se déchirent-ils au moment où la sagesse et le bon sens devraient nous inviter à une plus grande cohésion et à taire nos divergences ? Est-ce un signe de l’immaturité ou de l’irresponsabilité de la classe politique burkinabè qui ne sait plus que lorsque l’on est battu par la pluie, il est vain de se battre les uns contre les autres ?

Mais à l’instar de Harpagon qui se demande ce que son fils était allé faire dans une telle galère, l’on peut à juste titre se demander « mais qu’est-ce que le député Hermann Yaméogo est allé chercher dans cette galère ? » Certes, l’on ne peut nier la liberté de circulation à un citoyen, de surcroît député de son Etat. Mais un député est un élu qui se doit de défendre les intérêts majeurs du peuple et de l’Etat. Depuis le déclenchement de la crise ivoirienne, les intérêts du peuple burkinabè se trouvent sérieusement compromis dans ce pays. Des milliers de Burkinabè y ont perdu la vie, les biens et la santé. Plus de trois cent mille Burkinabè ont été contraints de rejoindre le Burkina après avoir été spoliés et dépouillés de tout. Ceci est de notoriété publique.

Quelle peut être la motivation d’un Burkinabè qui se rend en Côte d’Ivoire aujourd’hui ? Le député Hermann Yaméogo est accusé d’avoir fourni des informations non fondées contre son pays. Jusqu’à preuve de sa culpabilité, il faut lui accorder le bénéfice du doute et lui faire bénéficier de la présomption d’innocence, principes élémentaires de la justice moderne.

Mais la classe politique burkinabè, dans son ensemble, ne semble pas faire de la cause de nos compatriotes de Côte d’Ivoire une préoccupation majeure. Combien sont-ils les ministres, les députés, les élus locaux, les hommes politiques qui se rendent régulièrement dans ce pays sans avoir une pensée émue pour nos compatriotes ou se faire le devoir de défendre la cause de ceux-ci auprès de leurs interlocuteurs ? Combien sont-ils les Burkinabè qui organisent régulièrement des concerts et des galas au cours desquels sont invités des vedettes ivoiriennes qui se trouvent être dans leur pays les chantres de l’ivoirité ? Combien sont-ils les Burkinabè qui écoutent à longueur de journée sur les ondes des médias (Radio, Télévision) ou dansent dans des boîtes de nuit les chansons xénophobes en provenance de la Côte d’Ivoire ? Combien sont-ils les Burkinabè qui sont prêts à se passer d’une mission juteuse en Côte d’Ivoire, sous prétexte que les compatriotes y vivent en sursis ou dans une continuelle humiliation ? Combien sont-ils les responsables d’organisations de défense de droits humains burkinabè prêts à condamner les dérives racistes du régime ivoirien ? Toutes ces pratiques apparaissent à nos yeux comme des actes de traîtrise à la cause nationale et un manque de compassion et de solidarité nationale vis-à-vis des victimes burkinabè de la crise ivoirienne.

Le TOCSIN voudrait néanmoins s’inquiéter des motivations officielles de la visite du
député Hermann Yaméogo en Côte d’Ivoire. En effet, il s’agirait pour l’intéressé de plaider le vote des Burkinabè de Côte d’Ivoire auprès du président ivoirien. Si ceci est avéré, alors les Burkinabè courent de graves dangers en Côte d’Ivoire quand on sait que c’est justement contre une telle éventualité que le candidat Gbagbo, alors qu’il était dans l’opposition, s’est insurgé et a accusé le président Houphouët-Boigny d’utiliser les Burkinabè comme du bétail électoral. C’est contre le vote des Burkinabè de Côte d’Ivoire que le FPI se bat et accuse les Burkinabè de falsifier les documents en vue de servir de base électorale aux candidats du RDR.

Alors dans ces conditions, comment peut-on demander au président ivoirien de promouvoir le vote de ceux qui sont suspectés de comploter contre son régime ou d’être des sympathisants de ses adversaires politiques ? Sans chercher à remettre en cause la noblesse du sentiment du député Yaméogo Hermann qui voudrait faire des Burkinabè de l’extérieur des citoyens à part entière, nous tenons à affirmer que le combat de la citoyenneté des Burkinabè de l’ extérieur se mène au Burkina et nulle part ailleurs ! Les Burkinabè de l’extérieur sont et demeurent Burkinabè ; et non des Ivoiriens.

Et c’est en cela que nous avons apprécié à sa juste mesure, le fait que l’UNDD ait fait figurer dans son programme politique la question du vote des Burkinabè de l’extérieur. Pour le TOCSIN, un tel vote doit permettre aux Burkinabè de l’extérieur de participer, à partir de leur pays de résidence, aux différents scrutins se déroulant au Burkina. Toute autre interprétation serait de nature à créer des conflits politiques entre les Burkinabè de l’extérieur et leurs hôtes. Il ne s’agit pas d’organiser l’immixtion des Burkinabè dans la politique des pays hôtes. En la matière, il nous faut savoir rester humbles, et ne pas demander aux autres ce que nous récusons dans notre pratique politique.

La classe politique devrait comprendre que l’on ne jette jamais une pierre contre la mère-patrie ; seul est autorisé le jet d’une motte de terre. La fin ne devrait jamais justifier les moyens, car le peuple burkinabè est un et indivisible, et ceux qui nous dirigent ou prétendent vouloir nous diriger devraient apprendre à savoir cultiver le sentiment patriotique minimum qui oblige à taire les divergences face à l’adversité et à ne point livrer aux puissances ennemies les fils du terroir. Le linge sale doit toujours se laver en famille.

Le TOCSIN

Le titre est de la rédaction

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