Actualités :: Face aux accusations mauritanniennes et ivoiriennes : cohésion, mobilisation (...)

Le débat fait rage au "Pays des hommes intègres", concernant la levée de l’immunité parlementaire d’Hermann Yaméogo, député UNDD à l’Assemblée nationale et patron du même parti.

On le sait, cette éventualité, de plus en plus envisagée, est consécutive aux informations rendues publiques par les autorités burkinabè, selon lesquelles celui-ci serait sinon l’instigateur, du moins de mèche avec les dirigeants ivoiriens et mauritaniens qui accusent Blaise Compaoré d’avoir accordé asile, facilité l’entraînement militaire et apporté un soutien matériel et financier à leurs opposants.

Bien entendu, celui qui fut jadis le théoricien de la démocratie consensuelle nie tout en bloc, crie à la machination tandis que le pouvoir, qui dit détenir des preuves, affirme le contraire.

Il dit avoir saisi un message fax envoyé depuis Ouagadougou à Hermann Yaméogo et son compagnon de voyage Noël Yaméogo, à Abidjan qui auraient remis celui-ci à Laurent Gbagbo. Se basant sur ce fax, ce dernier a envoyé une plainte officielle à l’Union africaine et à la CEDEAO.

Le contenu du document détaillerait comment Blaise Compaoré organise les opposants ivoiriens pour perpétrer un coup d’Etat en Côte d’Ivoire. Quant aux accusations mauritaniennes, Ouagadougou, qui les balaie du revers de la main, indexe encore Hermann Yaméogo, qui dit ne s’être pas rendu en Mauritanie et n’y être pour rien.

Dans cet interminable ping-pong, les jeux sont faits : il y a ceux qui, parce que partisans inconditionnels du pouvoir, croient dur comme fer qu’Hermann Yaméogo est bel et bien coupable ; il y a également ces citoyens qui, du fait de leur appartenance aux partis politiques de l’opposition, sont systématiquement du côté d’Hermann Yaméogo ; il y a enfin cette troisième catégorie de Burkinabè qui, peut-être parce qu’ils sont jaloux de leur indépendance d’esprit ne veulent se ranger ni d’un côté, ni de l’autre.

En ce qui nous concerne, il n’est bien évidemment pas possible d’aider l’une des parties à tirer la couverture de son côté en affirmant ou en insinuant qu’elle a raison. On ne peut, à l’étape actuelle de l’évolution de l’affaire, qu’afficher une prudence certaine. Et pour cause :

Un fax peut n’être que du vent

Eh oui, un fax peut n’être que du vent encore une fois. Ceux qui accusent le pouvoir d’être l’auteur d’une machiavélique machination pour casser un opposant gênant n’ont peut-être pas tort. Aujourd’hui plus encore qu’hier, ce genre de document est confectionnable partout grâce aux nouvelles technologies de l’information et de la communication.

L’entourage du leader de l’UNDD argue que le pouvoir ne peut citer aucun témoin de ce qui se serait passé à Abidjan tout comme il n’est pas capable d’apporter quelque preuve que ce soit à savoir par exemple un enregistrement vidéo de ce qui s’y serait passé ; même si en de telles circonstances, c’est plus les services de renseignements qui sont mis en branle et non des envoyés spéciaux (officiels) que l’on dépêche.

Il est vrai, que l’on le veuille ou non aussi bien du côté de l’opposition que de celui du pouvoir, qu’Hermann Yaméogo est une grande figure de la classe politique burkinabè. Il a toujours su rebondir là où on le croyait fini. Il a souvent privilégié les fins par rapport aux moyens.

Tant et si bien que nombre de ses adversaires et même de ses partenaires (de l’opposition) et partisans retiennent de lui l’image de quelqu’un de versatile, d’instable, prêt à tout, pourvu que ça lui profite. Aussi, à quelques exceptions près, tout le monde se méfie de lui.

Il est donc aisé de faire porter le chapeau à quelqu’un qui a déjà une tête de coupable. C’est en tout cas ce que clament ceux de son camp. Et ils n’ont peut-être pas tort tant la lutte pour le pouvoir sous nos tropiques a souvent révélé des manœuvres abracadabrantesques.

Peut-on vraiment l’innocenter ?

Autant il n’est pas exclu que ce qui arrive à Hermann Yaméogo soit un coup tordu de la part du pouvoir, autant il serait intellectuellement malhabile de l’innocenter. A la limite, pourrait-on se contenter d’exprimer ses propres convictions (à ne pas confondre avec le langage des faits et des preuves) ou ses propres desiderata.

Le leader de l’UNDD peut bien être à la base de ce dont le Burkina (pas seulement Blaise Compaoré et son régime) est victime aujourd’hui.

Pour défendre leurs propres intérêts ou parvenir à leurs fins partisanes, beaucoup de politiciens sont prêts même sans l’ombre d’une preuve à jeter l’anathème sur leur pays aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de celui-ci en croyant régler les comptes au régime de Blaise Compaoré.

Alors que dans les pays développés il est des causes dont la défense transcende les clivages politiques, chez nous, c’est souvent l’occasion pour certains adversaires du régime de se liguer avec le ennemis de la nation en chantier tout en oubliant que "Si quelqu’un meurt chez son meilleur ami, c’est chez un membre de sa parentale (fut-il son pire ennemi) qu’il sera enterré" ?

La patente illustration de l’attitude des classes politiques des pays développés est le cas de la classe politique française face à la crise ivoirienne.

Tandis qu’en France c’était l’union sacrée à cause seulement de quelques dizaines de milliers de Français et de quelques milliards de francs CFA (du reste dévalués), c’était le moment choisi par Hermann Yaméogo, par exemple, pour traiter de tous les noms d’oiseau Blaise Compaoré alors que le Burkina compte dans ce pays (la Côte d’Ivoire) au moins des centaines de milliers de ses enfants sans compter leurs biens.

Des erreurs tactiques, des arguments bien légers

Certes, la démocratie française dispose d’institutions fortes et de mécanismes efficaces de résolution des confits entre le pouvoir et l’opposition. Ce qui n’est pas le cas chez nous. Certes, le régime de Blaise Compaoré n’a pas toujours brillé dans le domaine de la considération qu’il doit aux opposants.

Mais il n’est pas sûr qu’un certain Hermann Yaméogo, à la place de Blaise Compaoré, fasse mieux. Sa participation et celle de beaucoup de ses partisans aux différents gouvernements et le bilan que l’on peut en tirer sont suffisamment illustratifs.

Dernière erreur tactique d’Hermann Yaméogo : le projet de meeting contre la présence des rebelles au Burkina. Au lieu de s’assurer d’abord de la présence de ceux-ci (à ne pas confondre avec les réfugiés politiques, dont le HCR est censé être au courant de la présence), de là où ils sont entraînés et éventuellement des éléments qui les composent, monsieur envisage un meeting de dénonciation de leur présence.

En plus des erreurs tactiques, les arguments d’Hermann Yaméogo sont bien légers. Par exemple dans le cas de la Mauritanie, le fait que le cachet de la police des frontières aériennes mauritaniennes ne figure pas sur son passeport ne signifie rien du tout.

Même si par ailleurs ce n’est pas à lui d’apporter la preuve de son innocence, mais aux autorités judiciaires de fournir les preuves de sa culpabilité tout comme il revient à la Côte d’Ivoire et à la Mauritanie de faire autant concernant leurs accusations.

Quid de la levée de son immunité parlementaire ?

Hermann Yaméogo est un citoyen comme les autres. Il n’est pas au-dessus des lois de la République. La seule différence d’avec des gens comme nous, c’est qu’il représente le peuple. Etant donc quelqu’un comme nous, il doit répondre de certains de ses actes si cela est jugé nécessaire. Mais en tant que député, il aurait été plus sage pour les autorités judiciaires de réunir le maximum de preuves irréfutables avant de réclamer la levée de son immunité pour une raison simple : il faut éviter de commettre la même erreur que lui.

En effet, sur la base des éléments rendus officiels aujourd’hui, il n’est pas politiquement pertinent d’entreprendre une action tendant à la levée de son immunité parlementaire ; à moins qu’il y ait des choses plus sérieuses que cela. Dans ce cas, nous trépignons d’impatience de savoir ce qu’il en est.

A n’en pas douter, il aura commis une erreur en se rendant en Côte d’Ivoire sans réfléchir par deux fois (quand bien même cela ferait partie de ses droits) surtout en ces temps de turbulences entre les deux pays ; il aura fait avant et après son voyage des déclarations qui ne l’honorent pas en tant que quelqu’un qui aime son pays ; pour autant la levée de son immunité parlementaire vient comme un séisme susceptible d’élargir le fossé entre l’opposition, particulièrement l’UNDD, et le pouvoir dans une affaire qui exige de notre part cohésion, mobilisation et unité même si des francs tireurs et autres brebis galeuses décident de faire bande à part.

Zoodnoma Kafando
L’Observateur

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