Actualités :: Affaire Yaméogo : Qui conseillent donc Blaise ?

De la fatalité ? C’est la question que nous nous posions dans notre édition n° 5995 du jeudi 9 octobre 2003 après la révélation, deux jours plus tôt, par le procureur général Abdoulaye Barry, d’une affaire de putsch qui aurait été tuée dans l’œuf, et dans le cadre de laquelle plusieurs arrestations avaient déjà été opérées.

Alors, on se souvenait que 7 ans auparavant, jour pour jour, une histoire analogue avait été ébruitée, et notre confrère Sidwaya avait titré à la une de sa livraison du 8 octobre 1996 : "17 militaires arrêtés à titre préventif". Une opération effectuée, on s’en souvient, dans la nuit du 6 au 7 octobre dans les milieux proches de l’adjudant Hyacinthe Kafando, le chien de garde qui aurait voulu retourner ses crocs contre son maître, à moins que pour le noyer, on ne l’ait accusé de rage.

Et voilà que, jeudi dernier, encore un 7 octobre, le procureur Barry qu’on n’avait pratiquement plus vu depuis le jugement, courant avril, de la tentative présumée de putsch, faisait sa réapparition pour annoncer, sans autre forme de procès, que l’autorité demanderait la levée de l’immunité parlementaire de Me Hermann Yaméogo pour que la justice puisse l’entendre sur les récentes accusations formulées à son encontre par le gouvernement burkinabè.

Accusée par Nouakchott de menées subversives, de concert avec le colonel Kadhafi, Ouaga, par la voix du ministre Djibril Bassolé de la Sécurité a, à son tour, indexé le président de l’UNDD d’être le colporteur de ragots, qui aurait vendu des informations mensongères à la Côte d’Ivoire, à la Guinée et à la Mauritanie, question de ternir l’image déjà peu reluisante de Blaise Compaoré. Hermann serait donc cet apatride qui pactise avec des pays hostiles.

Politique du bouc émissaire dans une histoire où, à force de crier toutes les semaines au loup, Ould Taya ne sera même plus pris au sérieux, surtout qu’il vient de prendre à sa porte l’un des cerveaux présumés de la tentative de coup d’Etat du 8 juin 2003 qu’on disait pourtant se terrer du côé du Burkina (1) ? Véritable intelligence avec l’ennemi dont on attend toujours cependant l’administration de preuve irréfutables ? On ne le sait encore trop dans cette guerre verbale à coups d’interviews, de déclarations et de conférences de presse, où forcément une des parties ne dit pas la vérité.

Peut-être l’instruction de ce dossier, dans lequel Noël Yaméogo, le compagnon de voyage d’Hermann, est déjà inculpé, permettra-t-elle à ceux qui se posent des questions d’avoir des réponses. Il faut en effet se garder de condamner sans rémission de peine ou d’absoudre à bon compte selon qu’on est de telle ou telle chapelle politique, comme c’est souvent le cas dans ce genre d’affaire.

Quoi qu’il en soit, si l’autorité obtenait la levée du parapluie immunitaire du député UNDD, sauf erreur ou omission, ce serait la première fois, dans l’histoire parlementaire de la Haute-Volta au Burkina, qu’une telle procédure serait mise en route, avec toutes les chances qu’elle aboutisse, dans la mesure où on n’a besoin, pour ce faire, que du tiers des députés dans une Assemblée où le CDP et ses partis convives disposent des deux tiers des sièges.

Mais ce serait un bien fâcheux précédent, qui pis est, pour un régime qui n’est pas réputé être un exemple de démocratie et de respect des droits de l’Homme. Il est rare d’ailleurs sous nos tropiques, qu’un pouvoir en place sorte grandi de ce genre d’épreuve, où l’opposant est forcément hissé au rang de martyr qui ne peut qu’être victime des dérapages despotiques du régime. Déjà aux yeux d’une certaine opinion, ce sont des manœuvres grotesques pour museler un opposant qui dérange, et écarter un "candidat sérieux" de la course à la présidentielle. Voilà comment le pouvoir réussit l’exploit de fabriquer des martyrs à peu de frais.

De ce point de vue, on se demande bien qui conseillent Blaise Compaoré, car à 45 jours du sommet de la Francophonie, l’effet est plutôt dévastateur quels que soient les éléments à charge qu’il pourrait détenir contre Hermann Yaméogo, qui n’a jamais digéré, il est vrai, son débarquement de l’ADF-RDA, et qui, depuis, semble faire feu de tout bois, ne ratant jamais la moindre occasion pour faire le procès et la mauvaise publicité du système Compaoré.

Mais ça, c’est de bonne guerre après la nième vacherie qu’on lui a faite, lui qui a pourtant rendu tant de services à Blaise, au prix d’une crédibilité qu’il n’est pas près de retrouver. Ceux qui prétendent connaître l’homme assurent d’ailleurs qu’avec lui on n’est jamais sûr de rien et que le même qui pourfend Blaise aujourd’hui à longueur de journée peut tout aussi bien redevenir son précieux allié et se présenter par la même occasion en sauveur de la République. Comme après le 15 octobre, quand il fut l’un des hommes politiques a accueillir somme toute positivement l’avènement du Front populaire avant de tenter l’intermédiation entre les nouveaux maîtres du pays et le Lion du Boulkiemdé, entré en rébellion.

Puis vint la période tumultueuse, lourde de tous les dangers pour la paix sociale quand, au début du processus démocratique, l’Alliance pour le respect et la défense de la constitution (ARDC) croisait le fer avec la Coordination des forces démocratiques (CFD). Le départ d’Hermann Yaméogo sonna dans une certaine mesure le glas de ce conglomérat de partis d’opposition, qui revendiquait entre autres la conférence nationale souveraine. Tout comme son départ du Collectif né de l’assassinat de Norbert Zongo fragilisa dans une grande mesure ce regroupement.

Mais Hermann ne fut pas toujours bien payé en retour. On lui retira d’abord le MDP au profit de Wang-la-gâchette. En réaction, il créa l’ADF, inventa la démocratie consensuelle, devint ministre d’Etat, s’autoproclama deuxième épouse du chef de l’Etat et confessa un soir, à la télé, son engagement filial envers feus Maurice Yaméogo et Félix Houphouët-Boigny, de toujours soutenir l’enfant terrible de Ziniaré. Mais l’idylle prit fin, et l’ADF retrouva le RDA pour recréer la famille originelle.

Puis vint le 13 décembre 1998, le Mouvement "trop c’est trop", dont l’ADF-RDA fut l’un des principaux animateurs avant de le quitter pour rejoindre, avec armes et bagages, le gouvernement protocolaire de Paramanga, dont il sera éjecté après les législatives de mai 2002. Après l’éclatement de la crise ivoirienne, derrière laquelle on a vu la main de Blaise Compaoré, Hermann ne prit pas de gants pour critiquer la politique, dite belliciste, du régime burkinabè, qui mettrait en danger la vie de nos compatriotes vivant à l’étranger, notamment en Côte d’Ivoire.

Ces prises de position ne seraient pas étrangères à son débarquement de la présidence de l’ADF-RDA au profit de Me Gilbert Ouédraogo. Il venait à nouveau de perdre le contrôle d’un parti dont il avait enfanté. Mais fin politicien, plutôt que de se ruiner dans d’interminables querelles politico-juridiques à l’image des frères ennemis du PAI, il choisit habilement de porter sur les fonts baptismaux l’UNDD. Depuis, c’est l’opposition frontale avec Blaise.

Avec un parcours aussi sinueux qu’une trajectoire de serpent, on a comme l’impression qu’entre ces deux hommes il y a quelque chose qu’eux deux seuls connaissent et qui est peut-être à la base de ces va-et-vient d’Hermann entre opposition radicale et démarche consensuelle pour ne pas dire conviviale. Mais si l’immunité du fils de monsieur Maurice devait être levée, il y a fort à parier que le fil serait irrémédiablement rompu, et qu’entre les deux personnalités, ce ne soit désormais une lutte à mort.

(1) Aux dernières nouvelles, le commandant Ould Hannena a en effet été appréhendé à la frontière sénégalo-mauritanienne.

L’Observateur

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