Actualités :: Gestion des communes au Burkina : Nos élus locaux sont-ils des dictateurs (...)

S’il y a un esprit qui hante les conseils municipaux du Burkina à l’heure actuelle, c’est bien celui de la désunion. De nombreuses crises minent certaines communes du Burkina et continuent de faire de grandes victimes. Face à la persistance de ce virus, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur les raisons de ces mésententes. Nos élus locaux sont-ils alors des apprentis gestionnaires incapables de diriger nos municipalités ?

Depuis les dernières élections municipales, où les citoyens des communes avaient désigné librement les hommes qui devaient assurer la gestion de leur cité, plusieurs communes ont connu des secousses au point que deux d’entre elles à savoir Kongoussi et Réo, ont vu leurs conseils municipaux dissous et leur gestion confiée à des délégations spéciales.

Depuis fin juin, un bras de fer est ainsi engagé entre le maire M. François Vokouma et douze conseillers sur les quinze que compte le conseil municipal. Ces conseillers municipaux ont signé une lettre de démission et malgré les tentatives de médiation, n’entendent pas revenir sur leurs décisions tant que le maire sera à son poste. Ces conseillers accusent le maire de non-partage des responsabilités ; ils trouvent que sa gestion manque de clarté.

Au Nord la plus grande ville de la région, Dori a traversé de dures périodes avec les échauffourées qui opposaient le maire et l’émir de la région. Cette situation avait atteint une ampleur telle que les organisateurs de la 7e édition des journées de la commune burkinabè voulaient un mois avant la tenue de la manifestation, retirer l’organisation à la commune où le conseil municipal ne tenait plus sur ses deux jambes et était loin d’être à la hauteur de la tâche.

Comme si cela n’était pas suffisant, 24 conseillers municipaux de la commune de Ouahigouya désavouent le maire et adressent le 22 septembre une lettre au ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation pour signifier le retrait de leur confiance à M. Issa Joseph Diallo, maire de la commune. Ils avancent comme raisons que ce dernier s’illustre comme un maire despote et dictateur pendant les sessions du conseil municipal et dans la gestion de la municipalité.

Et que dire du conseil municipal de Bobo, à ses débuts où le maire Célestin Koussoubé avait été accusé de tous les maux ?

Le manque d’expérience de gestion

La liste pourrait s’allonger, mais arrêtons-nous ici pour reconnaître au regard des faits quotidiens de crise auxquels nous assistons dans les conseils municipaux qu’il existe un esprit déstabilisateur au sein de nos conseils municipaux qu’il faut à tout prix combattre. "Comme on aime le dire, gérer les hommes c’est accepter être un bac à ordures".

Lorsqu’on refuse d’accepter ce rôle, il va sans dire qu’on aura des problèmes. La plupart de nos maires viennent à la tête de nos communes sans un bagage solide leur permettant de gérer les hommes. Alors certains se mettent à gérer comme ils gèrent leur famille. Les résultats sont ce que vous savez. Lorsque les hommes se frottent et se rassemblent n’importe quelle raison peut constituer un motif de tensions liées à l’exercice de l’autorité à la divergence des intérêts et à l’organisation.

Lorsqu’un conflit se déclenche, le dirigeant doit avoir une perception juste du problème et être capable de la communiquer aux autres. Il est essentiel d’acquérir la capacité d’écouter, d’identifier le problème, d’en comprendre la vraie cause et d’utiliser les méthodes de communication efficaces et appropriées pour arriver à résoudre le conflit. Ils ne sont pas nombreux nos élus locaux qui accepteront de se rabaisser pour écouter les autres. Ils se disent toujours avoir le dernier mot et ne tardent pas à user de leur autorité.

Il faut avoir un esprit d’humilité et accepter la différence et les points de vues des autres. C’est à ce prix qu’on peut bien gérer une commune. Il faut communiquer, chercher l’adhésion des différents membres dans toutes les actions. Dans tout groupe social, des bruits, des rumeurs naissent et se développent. Plus ils se répandent, plus ils se déforment souvent dans un sens alarmiste. La communication doit rétablir la vérité et répondre au besoin d’information.

Lorsqu’elle est bien assurée, la communication renforce le sentiment d’appartenance et de considération. Sans cela nous continuerons d’assister impuissants à la dislocation de nos conseils municipaux.

Que cela serve de leçon ?

De nombreux conseillers municipaux réussissent là où les autres ont échoué. Il faut souligner qu’il y a des maires qui savent gérer et bien gérer. Ce qui s’est passé dans les conseils municipaux victimes de leur désunion doit servir de leçon pour les autres afin que les mêmes erreurs ne soient pas reprises. Ne dit-on pas souvent que la force d’un homme ne se mesure pas par sa capacité à résister aux épreuves mais à pouvoir se relever lorsqu’il tombe. Les autres maires qui restent au perchoir ne doivent pas cultiver le même esprit de division qui a conduit aux échecs de leurs collègues. Il faut savoir puiser dans le côté positif pour transcender les épreuves lorsqu’elles surviendront.

Ça n’arrive pas qu’aux autres. Certains peuvent le penser. Mais comme dit un proverbe ; "Celui qui n’a pas encore atteint l’autre rive ne doit pas se moquer de celui qui se noie". C’est l’occasion pour se remettre en cause, se regarder dans le miroir du bon sens, de la tolérance et de l’esprit d’équipe pour se corriger.

KIBSA Karim
L’Hebdo

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