Actualités :: Conseils minicipaux : De petits royaumes en déliquescence

Les appétits voraces et les querelles de leadership ont fait basculer certains conseils municipaux dans des zones de turbulences. Souvent, des conseillers se regardent en chiens de faïence. La dernière foudre en date a été déclenchée à Ouahigouya. Comme un poignard qui pénètre le flanc frémissant, 24 conseillers municipaux ont craché des "vérités sèches" au maire Issa Joseph Diallo.

En prenant même le ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation à témoin. Morceau choisi : "les conseillers municipaux (...) vous informent qu’à partir de ce jour, 22 septembre 2004, ils retirent leur confiance au maire. Des insuffisances graves entravent le fonctionnement du Conseil municipal.

Toute collaboration est rendue impossible entre le maire et les conseillers municipaux que nous sommes". Cette rupture de confiance entre les gestionnaires de la collectivité locale a aussi été observée à Ziniaré, Bobo Dioulasso et dans bien d’autres localités du Burkina.
Cette situation, à la fois ridicule et déplorable, traduit une crise de citoyenneté et un malaise dans la gouvernance économique et démocratique au niveau local. Au lieu d’un débat franc, prospectif et constructif sur les grands enjeux du développement local, les "représentants des populations" se querellent comme des enfants en mal de mauvaise publicité.

Comme si les élections n’étaient que des prétextes pour légitimer des actes mal intentionnés. Comme si aussi on se moquait éperdument de l’intelligence des populations. A l’heure où les élections locales de 2005 pointent le bout du nez, les conseillers municipaux semblent avoir oublié le sens profond de leur rôle, en tant qu’élus. Très souvent, ils se chamaillent non pas pour les intérêts des populations mais pour leurs propres intérêts et ambitions parfois même au grand dam des populations elles-mêmes.

Certes, il y a de bons maires en termes de gouvernance démocratique et économique. Mais il est des maires qui sont incompétents et de mauvaise foi. Ces derniers créent des entraves multiples et multiformes au bon fonctionnement des Conseils municipaux. A l’évidence, certains maires n’auraient jamais occupé cette fonction si leur poste était l’objet d’une élection populaire. Certes, les conseillers municipaux, qui élisent le maire de leur commune, sont censés représenter les populations. Mais force est de reconnaître que bien souvent, les élections à la base ne sont pas irréprochables et ne reflètent pas, par conséquent, la volonté des populations locales. Si un maire se sent plus redevable à son parti qu’à ses électeurs, il faut avouer qu’il y a problème.

Cette pagaille au sein des partis politiques met une fois de plus sur la place publique, la question de la candidature indépendante. Une telle option permettra sans doute de recadrer le jeu politique, en puisant aussi dans la société civile, des compétences dignes de foi. Au lieu de s’en tenir à ce nombre impressionnant de médiocres opportunistes et démagogues qui pillulent dans l’arène politique. Du reste, le principe de la candidature indépendante, ne serait-ce que pour l’élection locale, est parfaitement en phase avec l’esprit du développement local.

Autrement, à terme, le désintérêt des populations pour les élections continuera de s’accroître. Et c’est le processus démocratique qui perdra ainsi des plumes. Or aucune nation ne peut se construire sans l’implication effective des populations à la réalisation des grands chantiers de développement.

Mais si au au niveau des sommités locales, l’esprit citoyen n’est pas de mise, il va de soi que l’édifice national aura du mal à poser les bases de son fondement. Pour éviter un tel recul, il faut que chaque partie (pouvoir, opposition, société civile) joue pleinement son rôle. En clair, il faut restaurer au jeu politique son véritable sens : celui qui s’inscrit en droite ligne de l’intérêt des populations et non celui supérieur des acteurs politiques.

Le Pays

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