Actualités :: Situation nationale : Un front pour "l’alternance alternative"

Pour les partis signataires de la déclaration que nous vous proposons ci-après, après 17 ans de pouvoir, Blaise Compaoré n’a pu réaliser le miracle annoncé. Conséquence, les crimes impunis, le chômage, des détournements, la pauvreté sont la ration quotidienne des populations.

Pire, le Burkina porte le triste manteau de déstabilisateur dans la sous-région. A un an de la présidentielle 2005, l’opposition à Blaise Compaoré appelle à la constitution d’un large front patriotique pour réaliser l’alternance alternative.

Au moment où la mission onusienne d’enquête sur les exactions consécutives à la crise ivoirienne terminait son séjour au Burkina Faso, la République de Mauritanie accusait notre pays d’héberger, et d’armer un groupe de Mauritaniens responsable d’une tentative de déstabilisation du régime du président Ould Taya.

Le pouvoir Compaoré a beau crier son innocence sur les toits, personne, ici comme à l’extérieur, ne peut le croire seulement sur parole.

Car trop de précédents ont enseigné l’opinion nationale et sous-régionale sur la nature réelle du régime de Blaise Compaoré dans ce domaine, C’était hier au Liberia, après qu’il a catégoriquement nié toute implication dans ce conflit sanglant, Blaise Compaoré finissait par reconnaître le soutien massif et permanent qu’il avait apporté à Charles Taylor.

En Angola et en Sierra Leone, des accusations graves ont encore été portées sur l’implication du régime de Blaise Compaoré aux cotés de Jonas Savimbi et de Fodé Sankoh : le régime burkinabè ne nie pas.

Pendant que la lumière est loin d’être faite sur ces cas, voilà que le 19 septembre 2002, un coup d’Etat manqué entraînait une guerre toute aussi sanglante en Côte d’Ivoire voisine.

Mis en cause, le régime de Blaise Compaoré niait de nouveau toute implication jusqu’à ce que l’un des cerveaux du coup, le Sergent-chef Ibrahim Coulibaly dit IB, depuis Paris où il avait été exfiltré à partir de Ouagadougou, affirme que la rébellion avait bel et bien été préparée à partir de notre pays.

Ici aussi, aucun démenti crédible ne viendra contredire ces accusations graves, jusqu’à ce que la communauté internationale elle-même amène Blaise Compaoré à assumer publiquement le rôle de parrain qu’il a joué pour les rebelles ivoiriens.

Cette accusation de la Mauritanie, si elle est avérée, est grave de conséquence pour les citoyens burkinabè qui paient en ce moment même un lourd tribut en Côte d’Ivoire.

On n’accuse que les putschistes"

Malgré une activité diplomatique intense, destinée à redorer son blason au plan international, Blaise Compaoré vient ainsi, par ces accusations persistantes de Nouakchott, d’être rattrapé par ses nombreuses aventures déstabilisatrices en Afrique :

Liberia, Sierra Leone, Angola, Togo, Cameroun, Guinée, Côte d’Ivoire et aujourd’hui Mauritanie et quoi encore ? Si autant « on ne prête qu’aux riches », il faut avouer qu’autant « on n’accuse que les putschistes » !

Cette image malheureuse que renvoie notre pays ne fait pas la fierté des Burkinabè. Elle ne devrait pas non plus faire la fierté de ceux qui de l’extérieur, s’évertuent à protéger et à maintenir aux affaires des putschistes indécrottables drapés du manteau de « démocrates ».

Elle illustre l’incapacité du pouvoir de la IVe République qui cherche à dissimuler les vrais problèmes internes du peuple confronté à une misère croissante du fait de la démission de l’Etat de ses responsabilités constitutionnelles en matière d’emploi, d’éducation et de santé...

C’est pourquoi les partis politiques signataires réitèrent leur appel à la communauté internationale, à l’Organisation des Nations unies, à l’Union européenne et à l’Union africaine pour la constitution d’une commission d’enquête internationale sur les ingérences extérieures et les crimes impunis du régime de Blaise Compaoré.

Ils appellent tous les démocrates et patriotes, la société civile à soutenir cette exigence afin de situer notre peuple sur les responsabilités de ses dirigeants dans les malheurs qui frappent régulièrement les peuples de la sous-région et qui se répercutent sur les ressortissants burkinabè.

C’est donc dans ce contexte sous-régional où nos autorités sont montrées du doigt que notre pays accueille le sommet de l’Union africaine sur l’emploi et la lutte contre la pauvreté et s’apprête à accueillir en novembre prochain l’autre sommet de la Francophonie.

Voilà donc un pouvoir qui, incapable d’assurer le minimum pour son peuple, ne manque cependant jamais ni de génie, ni d’occasion pour "vendre" l’image d’un pays permanemment classé avant- dernier de la planète, parmi les plus pauvres.

Tout en saluant ici l’initiative de l’Union africaine d’avoir accepté de parrainer une telle rencontre, les partis de l’opposition burkinabè tiennent à relever l’exigence de résultat pour les peuples africains qui doit entourer de telles rencontres.

En effet, le bilan du régime Compaoré en matière d’emploi est catastrophique. Et cela explique qu’il croit que la tenue, à grands frais à Ouagadougou, d’une telle rencontre, l’aidera à trouver la solution aux graves problèmes de chômage et de pauvreté que connaît le Burkina Faso.

En réalité, Monsieur Blaise Compaoré escompte plus sûrement de cette rencontre, avec les couleurs, les fastes et les déclarations ronflantes d’auto congratulations propres aux rassemblements africains, de bénéfices médiatiques et politiques pour sa prochaine candidature aux élections de 2005.

47% des Burkinabè vivent en dessous du seuil de pauvreté

En effet, le chômage, en particulier celui qui frappe la jeunesse, s’est durablement installé au Burkina Faso. Il s’est en particulier aggravé à partir de 1991, avec l’instauration des PAS.

Et en 17 années de pouvoir continu, Blaise Compaoré ne lui a apporté aucune solution significative. Bien au contraire, la pauvreté qui en est un corollaire, ne cesse de croître dans ce pays, faisant ainsi passer le nombre de Burkinabè qui vivent en dessous du seuil de pauvreté de 44 % en 1994 à près de 47% en 2002.

Le régime Compaoré sait pertinemment que cette pauvreté croissante de la population burkinabé, qui est doublée d’un enrichissement fulgurant d’une minorité proche des cercles du pouvoir, est le résultat d’une expansion jamais égalée dans ce pays de la corruption, des trafics en tous genres, de la fraude et de l’évasion fiscale, des détournements de deniers publics, tant au niveau central de l’Etat que des établissements publics et des projets de développement.

C’est donc là qu’il faut chercher les solutions internes au manque d’emploi et à la pauvreté, avant d’en espérer des grandes rencontres internationales.

Malheureusement, Monsieur Compaoré ne peut plus rien apporter à la lutte de son peuple contre la pauvreté et pour sa survie. En panne d’idées et englué dans un système mafieux qu’il a lui-même mis en place pour se maintenir au pouvoir, il semble sûrement avoir atteint sa limite d’incompétence.

Une illustration parfaite de cet état des choses nous en a été donnée le 5 août dernier, jour anniversaire de l’indépendance de notre pays, lorsque notre Président a accepté enfin de faire face à la presse pour répondre aux préoccupations des Burkinabè.

Sur la forme en effet, et comme l’a reconnu la majeure partie de la presse indépendante, c’était plutôt décevant pour un président au pouvoir depuis 17 ans.

Quant au fond, il faut avouer qu’en dehors du fait que le Président Compaoré a définitivement situé les Burkinabè sur sa prochaine candidature illégitime et anticonstitutionnelle en 2005, aucun des problèmes sous lesquels ploie le peuple burkinabé n’aura été ni objectivement, ni sérieusement abordé pour laisser entrevoir un début de solution.

De l’état de pauvreté grandissant de la population ? Pour Blaise Compaoré, le Burkina progresse tout de même et la croissance est une réalité ;

de la corruption qui a atteint les sommets dans notre pays passé désormais aux premières loges du palmarès sous-régional ? Ce n’est qu’un phénomène mondial dont le Burkina n’a pas le monopole ;

du règne de l’impunité pour les crimes et délits économiques ? Pour Blaise Compaoré, les dossiers avancent (sic) !

des dossiers de crimes de sang qui sont pendants devant les tribunaux dont certains, depuis près de vingt ans ? Pour le président des Burkinabè, il faut donner surtout les moyens aux juges d’instruction pour... (les enterrer plus sûrement !) ;

de la décentralisation en panne pour raison de calculs politiciens et électoralistes du pouvoir ? On progresse plutôt vers les étapes supérieures !

"L’essence militaire et militariste" du pouvoir Compaoré L’interview du Président Compaoré, au-delà de l’insouciance et de la légèreté avec laquelle il traite les questions essentielles de ce pays, a révélé une fois de plus l’essence militaire et militariste d’un pouvoir pourtant « converti » à la démocratie depuis bientôt 15 ans.

Autrement, comment comprendre que le premier magistrat d’une République, à la suite de son ministre en charge de la sécurité, traite de fait divers banal le fait qu’un officier supérieur de l’armée donne une gifle à un agent de police en uniforme et en mission officielle commandée par sa hiérarchie ?

Il suffit de rappeler que Monsieur Blaise Compaoré est et demeure, comme son ministre de la Sécurité, un officier de l’armée. Il faut aussi rappeler que sous ce régime, la sécurité des institutions républicaines est confiée à un corps d’armée, le Régiment de sécurité présidentielle (RSP) et non aux forces de sécurité républicaines.

Il convient enfin de garder à l’esprit que c’est sous ce régime qu’on a le plus cultivé et entretenu ce complexe de supériorité du militaire vis-à-vis des autres corps de défense paramilitaires, et de ces derniers aussi vis-à-vis des citoyens civils, au point que les bastonnades et autres brimades quotidiennes des plus forts sur les plus faibles, même drapés des attributs de la République, sont assimilées ni plus ni moins par le Président de cette même République à des rixes de cabarets.

Non ! Il faut mettre un terme à cette permissivité des valeurs de la République, pour redonner à notre armée sa mission républicaine première de garante de la sécurité extérieure de notre pays.

"Le silence coupable du chef de l’Etat face aux crimes"

Que dire des assassinats successifs et prémédités de plus d’une dizaine d’éleveurs peuls dans la région de l’Est de notre pays ? C’était les 29 et 30 juin 2004 à Baléré, ce hameau de culture du village de Bonkoa dans le Gourma.

Ailleurs, le chef de l’Etat, parce que garant de l’unité nationale, serait personnellement monté au créneau, non seulement pour rappeler ses concitoyens au respect et au renforcement des fondements de la nation, mais surtout pour exiger que toute la lumière soit faite dans les plus brefs délais sur les circonstances de ces crimes, afin que les auteurs et les responsables soient traduits devant la justice de la République.

Dans cette République bananière du Burkina, à quoi avons-nous eu droit ? Au silence coupable du chef de l’Etat et à quelques regrets de circonstance. Comment dans ces conditions pouvons-nous exiger des autres de respecter les droits élémentaires de nos concitoyens vivant dans leurs pays lorsque dans notre propre pays des Burkinabè sont massacrés par d’autres Burkinabè, simplement parce qu’ils sont Peuls ?

Hier, c’était Sidéradougou, aujourd’hui c’est Baléré. C’est ainsi que naissent les génocides. C’est pourquoi les partis signataires de la présente fustigent l’irresponsabilité du pouvoir de la IVe République dans la gestion de cette grave crise et condamnent les fuites en avant du régime Compaoré visant à mettre ces tueries barbares sur le dos des manœuvres politiques.

Ils dénoncent de façon générale la gestion par ce régime des rapports entre les groupes de populations ainsi que son refus d’appliquer, depuis 20 ans, la loi sur l’aménagement du territoire qui vise à « assurer un développement harmonieux de l’espace national par une meilleure répartition des populations et des activités économiques ».

En 17 ans de pouvoir, le régime de Blaise Compaoré n’a apporté de solution significative et durable à aucun des problèmes auxquels est confronté le peuple : chômage, pauvreté, corruption, détournements de deniers publics, impunité, conflits ethniques, etc.

C’est pourquoi les partis politiques signataires appellent tous les démocrates, tous ceux qui aiment ce pays, tous ceux qui veulent le progrès, la paix et l’unité du Burkina Faso à se mobiliser dans un large front patriotique pour réaliser l’alternance alternative et mettre fin au régime monarchisant de Blaise Compaoré, seule voie pour un Burkina libre et prospère.

Ouagadougou, le 07 septembre 2004

Ont signé

CDS Le secrétaire général : Djéjouma Sanon

FFS Le président : Norbert Tiendrébéogo

GDP Le secrétaire général : Issa Tiendrébéogo

FDS Le président : Fidèle M. Kientéga MDR Le président : Marcel F. Ouédraogo

PAl Le Sécrétaire général : Philippe Ouédraogo

FPC Le président : Tahirou ZON

PDS Le président : Youssouf S. Ba

PFID Le président : Kader Nacro

RDEB Le président Ram Ouédraogo

UNIR/MS Le Président Bénéwendé S. SANKARA

UDPI Le secrétaire général Joseph M. Somda

LCB Le président : Jean-Marie Sanou

PSP Le président : Jean Jacques Zéba

UNDD Le président : Hermann Yaméogo

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