Actualités :: Du roman au français : Pourquoi faut-il valoriser nos langues nationales (...)

Du 23 au 26 juin 2004, le ministère de la Culture des Arts et du Tourisme organisait un forum sur les langues nationales. Le 30 juin le Médiateur du Faso conviait le public à une conférence sur les langues nationales. Depuis 1994, le bilingue fait partie intégrante de notre système éducatif. Un tel engouement pour nos langues nationales mérite qu’on s ’y intéresse un peu car rien ne prouve que le français ou l’anglais que nous parlons aujourd’hui et qui sont des langues internationales n’ont pas été des langues locales ou nationales.

Pour ce qui est du français, il est issu du latin. Pour mémoire, le latin était la langue des Romains, grands conquérants qui s’étaient donné pour ambitions de conquérir le plus de territoires possibles.

Au XIIe siècle, le latin connaissant deux formes. Le latin savant, parlé par une minorité, était la langue du clerc, Par contre le latin populaire était parlé par les peuples colonisés et s’appelait « roman » ce qui signifie « vulgaire » .Ce latin va évoluer au fil du temps sous l’influence d’autres langues locales et des réalités environnementales pour donner une nouvelle langue distincte du latin.

Plusieurs siècles après, les différences avec le latin d’origine sont telles qu’on est obligé de considérer qu’il s’agit d’une autre langue et on est décidé de l’appeler roman. Au regard de ce qui précède on s’aperçoit que le français a, au début, été une langue nationale. Quelle est l’importance de nos langues nationales.

Nous allons tout d’abord parler de l’éducation bilingue. Ce volet qui fait partie intégrante de notre système éducatif présente des avantages à plusieurs niveaux selon les promoteurs. Mme Paré née Kantiono Eli Augustine, membre de la cellule de coordination nous parle de quelques avantages ; « dans le système bilingue, l’enseignement commence par la langue maternelle de l’enfant ;langue qu’il maîtrise et qui facilite les apprentissages ». La durée de la scolarité est de cinq (05) ans au lieu de six (06) au niveau du système classique. L’Etat gagne en économisant le salaire d’un enseignant et de son logement et aussi le coût de construction d’une classe. Les résultats sont à la hauteur des attentes, selon toujours Mme Paré de la Direction générale de l’enseignement de base : « neuf (09) écoles ont présenté des candidats aux examens. Sur les neuf, quatre (04) ont fait 100%, trois (03) ont fait plus de 96%, une (01) a fait 89,28% et la dernière école, l’école bilingue de Goué a fait 74,59% pour un taux national de 73,77% ».

Selon M. Basile L. Guissou, Directeur général du CNRST, « le français n’est la langue maternelle d’aucun Burkinabé » ; vérité de lapalice me dira-t-on. Mais si l’on considère que le développement c’est d’abord l’accès au savoir, « il est incontestable que le français constitue une barrière audit développement car maîtrisé par un nombre limité de la population ». Et au conférencier d’un lundi soir du 26 juillet de prôner la vulgarisation et la révalorisation des langues nationales car « sur 942612 enfants qui entrent au primaire, 217176 arrivent au secondaire et seulement 15.535 parviennent au supérieur » .

Selon M. Gérard Kédrebéogo (lors du forum sur les langues nationales) « si l’on veut une administration efficace et équitable, si l’on veut amener tous les Burkinabè à se comporter comme des administrés responsables et non comme des sujets, si l’on veut enfin le renforcement d’une conscience nationale, il est indispensable que nos langues soient intégrées à différents niveaux de notre système institutionnel national. Autrement dit, on peut craindre que l’administration soit encore longtemps perçue comme un corps étranger dans la société burkinabè ». « Quel que soit le secteur ou le domaine pris en considération, poursuit-il le rôle des langues nationales est simplement incontournables ». Après un demi siècle d’indépendance, on constate aujourd’hui que la politique du « tout en français est loin d’avoir produit les résultats excomptés".

Selon Ambroise Zoungrana, professeur au département de linguistique de l’université de Ouagadougou, nos langues nationales regorgent d’innombrables richesses à telle enseigne qu’elles n’ont rien à envier aux langues importées. Et il donne quelques exemples. Tout d’abord l’allongement c’est lorsqu’on ajoute une autre lettre pour obtenir d’autres mots : base « laisser » ; basse « terminer » ; basse « pluriel de basga ( qui est une fête coutumière » ; gille « rassembler » ; gili « tout »,entier ». Il nous parle également de tons qui sont utilisés pour différencier deux mots de même orthographe et partant donne le sens qui convient ; saaga « pluie » ; saaga « balais » ; saaga « caresser ».

Il est alors temps qu’une bonne politique sur les langues nationales voient le jour. Déjà les initiatives du Médiateur du Faso et du ministre de la Culture des Arts et du Tourisme sont salutaires. Le MEBA lui y est déjà trempé avec le bilingue. Nous aimerions que les autorités politiques prennent une décision (après l’avoir munie) comme l’a fait François 1er 1539 qui prit une ordonnance faisant du français la langue des actes juridiques.

M. Gérard Kédrébéogo avance qu’ « à part ceux qui refusent d’admettre l’évidence, il est connu depuis longtemps que l’enfant apprend mieux et plus vite dans sa langue ou à défaut dans une langue qu’il connaît, pourquoi alors poursuivre un enseignement exclusivement en une langue étrangère qui a largement montré ses limites ».

Après tout ce qui vient d’être dit, une conclusion s’impose : « il est temps d’arrêter les débats qui ont trop duré et de passer à l’action »dixit Monsieur Gérard KEDREBEOGO.

Boukaré Palingwendé KABORE (boukarekabore2000@yahoo.fr)

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