Actualités :: Tentative présumée de putsch : un avertissement sans frais

Depuis le mardi 7 octobre dernier, date du premier point de presse du procureur général près le Tribunal militaire de Ouagadougou, le pays des hommes "intègres" tout entier vit au rythme de ce présumé complot, reléguant presque dans les profondeurs de la mémoire les sujets tels la situation des instituteurs adjoints certifiés et le scandaleux bitumage par Razel de l’axe Bobo-Boromo qui défrayaient la chronique.

C’est donc plus qu’une préoccupation nationale que cette présumée tentative de coup d’Etat, ce d’autant plus qu’il s’agit de prendre le naam alors que le passage par les urnes est censé être le seul mode de dévolution du pouvoir.
Il faut le marteler de façon claire et nette, il ne faut jamais cautionner une prise de pouvoir par des voies non constitutionnelles, que ce soit ici ou ailleurs.

La déclaration d’Alger en 1999 n’a-t-elle pas déclaré les putschs hors-la-loi, leurs auteurs devant être traités comme tels par l’Union africaine (UA) ? Il est vrai que pour l’instant il ne s’agit que d’une tentative, qui plus est présumée. Car si pour certains Burkinabè, leur religion est faite sur la véracité de ce "coup de force", d’autres par contre-et ils sont nombreux- baignent dans un certain scepticisme, voire un scepticisme certain.

Cependant, quel que soit le camp où on se trouve et quelle que soit notre prise de position sur ce présumé coup de force, on ne cessera d’être taraudé par les questions suivantes :
- qu’est-ce qui peut bien conduire des hommes, dont certains sont taxés de marginaux, à vouloir usurper le pouvoir d’Etat, actuellement détenu par un certain Blaise Compaoré dont on sait, les présumés putschistes en premier, qu’il a le jarret ferme et la détente facile ?
Est-ce le désespoir ? la volonté de puissance ou sont-ils de simples adeptes sous l’influence d’un gourou illuminé et lunatique ?

A dire vrai, il y a peut-être un peu de tout cela car en face, le pouvoir de Blaise Compaoré prête volontiers le flanc. Et pour cause, la majeure partie des Burkinabè de nos jours regardent impuissants le pays aller à vau-l’eau.
Déjà en 1996, l’ex-président de l’Assemblée nationale, Bongnessan Arsène Yé, ne tirait-il pas la sonnette d’alarme en parlant de l’agonie de la morale dans notre pays ? C’était d’ailleurs un doux euphémisme, car il y a longtemps que cette morale est morte et enterrée.

En effet même si le Burkinabè peut de nos jours se targuer d’avoir des institutions républicaines qui fonctionnent, une certaine stabilité politique donc, ainsi qu’une économie relativement bonne et le satisfecit régulier des institutions de Bretton Woods, force est de reconnaître que la croissance n’a jamais été comestible tant qu’elle ne se voit pas, de manière physique, dans le panier de la ménagère. Or l’immense majorité de nos compatriotes végètent dans une misère noire. C’est d’ailleurs ce qu’a reconnu implicitement le 2 octobre dernier le premier ministre Paramanga Ernest Yonli lors des assises nationales du Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP) lorsqu’il disait que "Malgré les progrès réalisés aux plans économique, politique et social, les derniers résultats sur les conditions de vie des ménages burkinabè font état de l’aggravation de la pauvreté au Burkina Faso".

Un sombre tableau qui, en principe, devait amener nos dirigeants à plus de réflexion pour sinon éliminer, du moins réduire l’indigence dans notre pays.
La réalité de cette situation est d’ailleurs plus dramatique au regard du niveau jamais atteint chez nous de la montée des fléaux socio-économiques tels que les inégalités et injustices sociales, la corruption à grande échelle, l’enrichissement illicite à tout va, etc.

Ainsi malgré les multiples thèses des responsables de l’Economie nationale sur "la bonne tenue" de nos finances publiques, la bonne gouvernance, la transparence dans la gestion des deniers publics et tutti quanti, les Burkinabè dans leur immense majorité éprouvent d’énormes difficultés à se nourrir, se soigner, se vêtir décemment et envoyer leurs enfants à l’école. Et pourtant si la survie quotidienne semble être une course d’obstacles pour le commun des Burkinabè, une poignée de nos compatriotes mène grand train de vie... bien souvent aux frais de la princesse car, à ce qu’on sache, personne n’a hérité d’une vieille tante milliardaire. Ainsi, les uns mangent, et les autres regardent et c’est comme ça que naissent les révolutions où les coups d’Etat, à moins que ce ne soit des insurrections populaires comme le 3 janvier 1966 à Ouaga ou, pas plus tard que ce week-end à la Paz (Bolivie) où la vague de contestations a fini par emporter le président.

Au cas où il l’aurait oublié, il faut rappeler à Blaise Compaoré qu’il a été élu président de tous les Burkinabè en 1991 et réélu en 1998 pour faire leur bonheur. Mais si depuis le pays des hommes "intègres" baigne dans une relative stabilité à faire pâlir d’envie plus d’un pays de la sous-région, le bonheur promis à coups de campagnes médiatiques se fait par contre attendre. Et il y a belle lurette que son "développement solidaire" s’est transformé en développement solitaire et séparé à faire pâlir Peter Botha.

Ajoutons à cela le fait que tout bon élève du FMI et de la Banque mondiale qu’il soit, notre pays n’en continue pas moins de redoubler sa classe : 173e /175 depuis des années selon le PNUD.
Pourtant, c’est connu, un pays ne peut prétendre à la stabilité si une partie non négligeable de sa population vit dans le désespoir.
Et pour avoir raison du scorpion, dit-on ,on doit d’abord balayer sa cour.

Pour ainsi dire, le président Compaoré a le devoir de nourrir, loger décemment, soigner les Burkinabè, envoyer leurs enfants à l’école et éviter que des scandales comme les dégradations précoces du tronçon Boromo-Bobo ne restent impunis. Il se trouve, et nous l’avons déjà dit, que le chef de l’Etat se comporte souvent en parrain qui gâte les membres de son clan et les couve de son aile protectrice quelle que soit la gravité des fautes qu’ils auraient commises et la profondeur du trou qu’ils auraient creusé dans les caisses de l’Etat.

Qu’il y ait des contraintes externes et internes de tous ordres, personne n’en doute, mais cela n’est pas opposable aux citoyens, car le propre d’un président c’est de faire l’impossible, autrement ce n’est pas la peine. Réalité ou montage, Blaise aurait en tout cas tort de ne pas tirer les enseignements de cette ténébreuse affaire de coup d’Etat tué dans l’œuf qui, à tout le moins, est un avertissement sans frais, un signal fort qui lui est envoyé pour qu’il sache que "le pays va mal" pour reprendre le titre d’une chanson du reggaeman ivoirien Tiken Jah Fakoly.
A bon président, salut !

La rédaction

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