Actualités :: Décorations d’anciens combattants : "Midaille là, c’est bon, mais pension là, (...)
Christophe Bambara
Sera décoré par Chirac

Une fois de plus, la France se rappelle aux bons souvenirs de ses anciens combattants venus d’horizons divers, qui ont contribué à la libérer du sinistre et belliqueux Hitler.

Après ce qu’il est convenu d’appeler le rappel sur pension du mois de mai, lequel rappel a fait autant des heureux que des déçus, c’est le tour des médailles pour les vieux nègres.

Deux de nos vaillants tirailleurs voltaïques en bénéficieront le 15 août à Toulon en France à l’occasion des manifestations commémoratives du 60e anniversaire du débarquement de Provence. En l’honneur des deux vétérans, a eu lieu à la résidence de l’ambassadeur de France, le 9 août 2004 à partir de 17h, une cérémonie suivie d’un vin d’honneur.

Il y a 60 ans, les débarquements de Normandie (opération Overlord) et de Provence (opération Dragon) annonçaient la fin de la domination et de l’occupation nazies de la France et d’une partie de l’Europe.

Reconnaissante, la France honore ses libérateurs. Le 6 juin dernier, sur les côtes normandes, elle a rendu un hommage émouvant aux vétérans alliés qui ont participé au D. Day. Elle se prépare à honorer ceux qui ont ouvert un second front en débarquant le 15 août 1944 en Provence. Le succès des alliés fut immédiat. Dès le 23 août, Toulon fut libéré, puis vint le tour de Marseille (le 28 août). Parmi les forces engagées dans l’opération Dragon, de nombreux régiments d’Afrique se sont illustrés au cours d’âpres combats. Ce sont par exemple des "tirailleurs sénégalais" du 6e RTS qui ont pénétré les premiers dans Toulon.

Ils comprenaient dans leurs rangs de nombreux Voltaïques parmi lesquels Tibila Ouédraogo et Christophe Bambara. Le 15 août 2004, en rade de Toulon, une cérémonie internationale réunira sur le porte-avion "Charles de Gaulle" des chefs d’Etat africains, qui ont combattu, il y a 60 ans, pour la libération de la France. Sous le regard du président du Faso, qui a répondu à cette invitation, la France décorera ces deux anciens combattants burkinabè. En attendant, ils étaient les invités d’un soir de la résidence de France. La cérémonie pour les honorer s’est tenue en présence du ministre Yéro Boly.

Les deux anciens combattants, Tibila Ouédraogo et Christophe Bambara, sont arrivés avec leurs accompagnants à la résidence de France. Le dernier, à l’aide de sa canne et coiffé d’une chéchia rouge (souvenir du Sénégal ?), laquelle chéchia en a connu des vertes et pas mûres, car, dira-t-il, il la porte depuis sa mobilisation en 1941. A l’écouter on se convainc davantage que les tirailleurs sénégalais ont beaucoup fait pour l’ancienne métropole. Dans un français à faire retourner Victor Hugo dans sa tombe, mais vibrant de sincérité, il confia : "Nous ont marché à pieds de Tenkodogo jusqu’à Niamey en passant par Ouagadougou. A Oran (NDLR : Algérie), nous avons prend bateau Pasteur".

Tibila Ouédraogo,
Invité à Toulon le 15 août

Dans sa déclaration liminaire, la chargée d’affaires de l’ambassade de France, Mme Sophie Bès, comme pour abonder dans son sens, ajoutera : "Vous faites partie de ceux qui sont venus nous libérer". Après cette déclaration de la chargée d’affaires et... un verre d’un bon vin français, le vieux Bambara a tenu à prendre la parole. C’était plutôt un cri du cœur, au nom de tous les anciens combattants vivants ou morts, parce que l’on revoit le problème des pensions. Prenant à témoin le ministre de la Défense Yéro Boly, il dira : "Midaille-là c’est bon, mais pension-là, ça suffit pas. Même à Paris. Par exemple, moi j’ai 9 femmes. 50 000 pour partager 9 femmes, c’est combien. Et puis un autre problème : tu as femme en pagaille, tu as mort, l’enfant y en a. Comment ils vont faire ?"

A ces différentes questions, Chirac répondra peut-être le 15 août à Toulon, car le vaillant tirailleur voltaïque a promis de les lui poser si on lui en donne l’occasion. Reconnaissons malgré tout qu’il a beaucoup de chance. Car recevoir une décoration 60 années après, et de son vivant, ce n’est pas à la portée du premier Burkinabè venu. Surtout dans un pays où l’espérance de vie tourne autour de 40 ans.


M. Rigobert Bambara est celui qui accompagnera l’ancien combattant Christophe Bambara en France. Rude tâche en somme, au vu de la distance et de l’âge de ce dernier, qui dit être né vers 1921. Nous lui avons posé quelques questions.

Vous avez été la personne choisie pour accompagner M. Christophe Bambara à Toulon ?

• J’étais dans mon bureau quand j’ai reçu l’appel d’un officier français (colonel Pau de l’ambassade de France) me disant que j’étais désigné pour accompagner le grand frère en France. Là-bas, il sera décoré par Jacques Chirac de la Légion d’honneur en présence de Blaise Compaoré. J’ai été désigné pour l’accompagner, à mon insu. Pour ce faire, ils ont demandé mon passeport.

Avez-vous une idée de l’étendue de la mission qui vous attend ?

• Oui, bien sûr. D’abord Ouaga-Paris (Roissy). De Roissy, nous devons nous diriger sur Marseille par un autre vol. C’est sur le porte-avion Charles de Gaulle à Toulon qu’aura lieu la décoration. Je pense qu’il n’y aura pas d’autres problèmes. Physiquement, il est encore très solide. Seulement, vous savez que passé un certain âge, on prend une certaine allure de vieillesse.

Dans ses propos, on l’a senti un peu amer, précisément en parlant des pensions des anciens combattants.

• C’est juste pour défendre la cause des anciens combattants, qu’ils soient Burkinabè, Africains ou Français. Mais il insiste surtout sur le cas des Burkinabè, qui, apparemment, semblent être les plus lésés dans cette affaire de pensions. Cela les frustre beaucoup et tous cherchent une occasion pour parler de ce problème. C’est un discours que le grand-père tient tous les jours. Quand vous perdez la vie, votre famille n’a plus droit à quelque chose. Ils luttent donc pour que cette mesure soit levée.

A-t-il été particulièrement frustré par le dernier rappel ?

• Je sais qu’il a eu un rappel, mais vous savez, les anciens combattants sont très discrets. Ils ne veulent pas dire combien ils touchent. Seulement, il m’a montré un papier ce matin (10 août 2004) où il est écrit qu’il touchera désormais 325 000 FCFA par trimestre. Avant il touchait un peu plus de 200 000 FCFA.

Comment la famille a-t-elle accueilli cette future décoration ?

• Toute la famille était en liesse. La preuve, la population est sortie nombreuse pour l’accompagner. Cet honneur qui lui est fait rejaillit sur tout le monde.

Propos recueillis par Issa K. Barry
Sidwaya

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