Actualités :: Interview du président du Faso : Lecture critique du GDR

Rompant avec la tradition des messages à la nation la veille de la commémoration de la proclamation de l’indépendance de notre pays, le président du Faso, Blaise Compaoré, a, cette année, innové par une interview radio-télévisée au soir du 5 août. Interview que vous avez d’ailleurs pu lire dans notre édition du lundi 9 août, et qui suscite moult commentaires dans les états-majors politiques. En témoigne la lecture critique que le Groupe des démocrates républicains (GDR) nous sert ci-après.

Dans la nuit du 05 août dernier, le chef de l’Etat, M. Blaise Compaoré, s’est adressé à la nation burkinabè au cours d’un entretien télévisé avec des journalistes de la presse d’Etat. Deux points essentiels ont retenu notre attention et que nous incriminons pour diverses raisons. Il s’agit des volets économique et politique de son bilan, qu’il fait personnellement.

AU PLAN SOCIO-ECONOMIQUE

Sur un plan général, tout observateur impartial vous dira, contrairement aux prétentions du chef de l’Etat, que la situation socio-économique de notre pays a nettement régressé depuis environ 18 ans, sinon qu’elle est chaotique. En témoigne le classement de l’Organisme des nations unies chargé du développement, PNUD, qui montre que le Burkina Faso occupe les derniers rang 175e/177.

Les acquis socio-économiques soutenus réalisés sous le Conseil national de la révolution ont entièrement été liquidés. Il s’agit entre autres de l’argent de la Délégation du peuple au logement, des fonds érigés par l’Effort populaire d’investissement (EPI), etc. Au demeurant, tous les plans et programmes, tous ces projets lancés ou inaugurés à grandes pompes au cours du règne de B. Compaoré ne sont que des sommes de dettes contractées au nom du peuple et sur lesquelles certains de nos concitoyens n’ont pas hésité à prendre leurs commissions personnelles. Ces dettes devront être ensuite remboursées par les générations futures, qui n’auraient pas pourtant bénéficié de ces projets.

Par exemple, il se trouve que la capacité de production en eau d’un projet comme le barrage de Bagré, inauguré avant même d’être entièrement réceptionné, se trouverait dépassée avant même sa mise en exploitation effective. Nous rappellerons que nous avons été stupéfaits devant l’insistance du chef de l’Etat, qui s’obstinait à défendre le fameux Cadre national de lutte contre la pauvreté, inventé par les cadres des institutions financières internationales et mis à l’honneur par certains gouvernements paresseux en Afrique, plan qui, en réalité, n’a d’autre but que la liquidation de notre tissu social et économique déjà fragilisé. En lieu et place du Cadre national de lutte contre la pauvreté du FMI, nous proposons un Cadre national de lutte contre les inégalités.

Car dans le contexte politique actuel de notre société, tout montre que c’est aux inégalités (inégalités économique, sociale et politique) dans la répartition des richesses nationales qu’il faut s’attaquer. De ce fait, il est impératif pour notre pays de mettre en place une nouvelle politique de redistribution des revenus en faveur des plus pauvres, en diminuant, au cas où il le faudra, les revenus des plus nantis.

Cette expérience a déjà été tentée dans notre pays avec succès pendant les quatre années de révolution et figure dans le progranune politique du GDR comme proposition de sortie de l’impasse sociale et économique dans laquelle se trouve notre pays. De plus, nous tirons argument de ce que le rapport de la Conférence de Rio de 1992 sur le développement durable rappelait que la réduction des inégalités entre riches et pauvres est la condition essentielle d’un développement qui « satisfasse durablement les besoins de la majorité des habitants de la planète ». De telles reformes, qui seront mises sous la houlette du parlement qui est constitutionnellement compétent en matière de finances publiques de l’Etat, seront coordonnées par les administrations fiscales et économiques avec le concours de tous les intervenants économiques et devront aboutir à la proposition d’une nouvelle base d’imposition et d’un ensemble d’impôts.

Parmi ces réformes, on peut d’ores et déjà citer un impôt substantiel sur l’héritage, de sorte à faire profiter les deniers publics au maximum sur les grands héritages, la révision de la récente taxe de résidence ; bref, autant de réformes qu’il serait souhaitable d’engager. Dans la même rubrique, nous rangerons également la proposition de l’érection des crédits de la Caisse nationale de sécurité sociale et de la Caisse autonome des fonctionnaires (CARFO) dans le cadre d’une Banque nationale d’investissement. Il convient de rappeler qu’en ces jours, ces fonds privés, qui appartiennent à des individus (le travailleur qui cotise), sont illégalement reversés au Trésor public de l’Etat, qui l’utilise en infraction aux codes des finances publiques classiques que nous connaissons tous.

Ces fonds sont remboursés par le Trésor aux différentes caisses sans aucune majoration au profit du travailleur. De telles illégalités ne doivent plus perdurer dans un Etat qui se veut démocratique. En tout état de cause, le plan national de lutte contre les inégalités, dont il est ici question, doit être une proposition africaine aux institutions financières internationales qui devront à leur tour l’entériner ou le refuser. Par conséquent, les plans nationaux de lutte contre la pauvreté, le plan NEPAD, en ce moment à la mode, ne sont pas adéquats à notre contexte socioéconomique actuel. Dans un tout autre chapitre, abordons maintenant l’autre point incriminé dans l’entretien du chef de l’Etat.

LE VOLET POLITIQUE ET INSTITUTIONNEL

Le chef de l’Etat note au passage une avancée démocratique dans notre pays ; en témoigne, selon lui, les nombreuses institutions qu’il a lui-même mises en place et qui sont toutes dirigées par des personnalités politiques de sa propre majorité à ses ordres. Pour nous, par contre, des crimes politiques et de sang connus sous l’ère des régimes d’exception aux derniers crimes politiques ou de sang en date, de même que les matraquages lors des manifestations de liberté publique de nos concitoyens, rien n’aurait en réalité changé. Blaise Compaoré prétend revendiquer les conditions d’une élection libre et transparente, alors qu’il dispose d’une CENI dont il a lui-même nommé le président et qui s’empresserait à lui obéir.

Précisons par ailleurs que le Groupe des démocrates républicains, au titre des réformes institutionnelles contenues dans son programme politique, envisage l’élection du président de la CENI par les membres de ladite commission ; ceci pour lui reconnaître suffisamment son autonomie. Sur la candidature de B. Compaoré, ne nous trompons pas ; nous savons tous que Blaise Compaoré ne s’emmerdera pas avec des points de vue, soient-ils de juristes constitutionnalistes. Le président de la Cour constitutionnelle sait bien qu’il n’a pas été positionné à ce poste stratégique pour dire le droit ; il doit tout simplement s’arranger pour satisfaire aux ambitions de celui qui l’a gratifié. Aussi, que ceux de nos concitoyens qui se pressent aux portes pour encourager la candidature illégale se détrompent ; ce n’est pas de leurs avis que découlera la décision de celui qu’ils prétendent être le seul Burkinabè à pouvoir diriger ce pays.

En disant que les propos de son homme à tout faire, M. Salif Diallo, n’engageaient que lui-même, le chef de l’Etat n’a fait ni plus ni moins que dire à tous ces gens-là qu’il n’aura pas besoin de leur soutien. Nous savons que le président Compaoré, fidèle à une technique, semble-t-il "éprouvée", usera de la provocation pour créer une situation chaotique dans notre pays à l’occasion de l’élection présidentielle de 2005. Il sait bien que sur cette question, l’opposition politique et syndicale se battra jusqu’au dernier retranchement de sa majorité au pouvoir. Nous ne nous perdrons pas ici en vaines explications de l’inconstitutionnalité et de l’illégalité d’une éventuelle candidature de celui-ci. Le Groupe des démocrates a largement fait savoir sa position sur cette question.

Et il respectera son engagement aux côtés de toutes les forces démocratiques de notre pays au moment venu. Nous le ferons davantage, d’autant que nous avons le devoir de faire respecter la volonté du pays réel, qui a appelé de tous ses vœux les réformes politiques et institutionnelles consécutives aux luttes du Collectif des organisations démocratiques de masses et de partis politiques, né de l’assassinat du journaliste de l’Indépendant, et qui empêcheraient B. Compaoré de se présenter en 2005. Nous connaissons nos adversaires. Nous avons vécu de nombreuses et douloureuses expériences avec eux.

Parmi ces expériences, on notera au passage la chasse aux sorcières organisée contre des responsables de l’opposition aux débuts de l’ouverture démocratique. Il s’agit entre autres de la visite nocturne au domicile de l’ex-secrétaire général du GDR de mercenaires fournis par le rebelle angolais Jonas Savimbi et de l’attentat contre cet autre illustre professeur de droit, alors secrétaire aux relations extérieures du même parti. Pour B. Compaoré, tous les moyens sont bons pour se maintenir au pouvoir. Tout y passe. De la liquidation politique à la liquidation physique, en passant par les diverses moyens de pression pour faire céder le gêneur, tout est bon. Sur le bilan politique de B. Compaoré, osons appeler un chat un chat. Il n’y a nul doute que celui-ci s’est servi, durant ces dix-huit ans, de la sédition militaire pour demeurer au pouvoir.

Ni en 1991 ni en 1997 les Burkinabè ne l’auront choisi. Et encore moins en 1987. En 2005, cela est moins envisageable d’autant que la grande majorité de ses concitoyens lui demande de ne pas se présenter à ce scrutin. Pour sauver la paix nationale surtout. Nous n’ignorons pas en outre que B. Compaoré compte énormément sur la main invisible des puissants capitaux étrangers, notamment français et libyens, en cas de crise profonde prolongée pour réduire les manifestants et mater les démocrates. La France l’aura choisi, non le peuple du Burkina Faso, qui est plutôt concerné par le sujet.

Mais d’ores et déjà, nous leur apprenons que les masses populaires de notre pays seront également prêts pour les défis et gagner comme en 1983. Que Blaise Compaoré le sache, le peuple burkinabè a décrypté toutes les intentions noires qui ont sous-tendu son propos (les non-dits) au cours de cette interview. Pour nous au Groupe des démocrates républicains, le maintien des réformes obtenues en 2000, le refus de la récente relecture du code électoral pour les élections locales, la non-candidature de B. Compaoré en 2005 constituent des raisons de combattre pour tout démocrate burkinabè.

Notons pour conclure sur ce chapitre que Blaise Compaoré s’est maintenu au pouvoir depuis 1987 en usant de tous les procédés de tyrannies qui font les tyrans. A propos de sa crainte de perdre le pouvoir en 1991 et 1997 si des élections se déroulaient normalement, de récentes confidences nous sont parvenues que c’est lui-même en personne qui aurait incité de prétendus chefs de l’opposition politique d’alors de convaincre leurs partenaires considérés irréductibles à boycotter le scrutin, afin d’être seul candidat à la course.

Mais en décembre 1997, il aurait lui-même choisi ses propres concurrents qui cherchaient tout sauf à accéder au pouvoir. Un tel scénario ne serait pas du tout envisageable en 2005 ! Sur le plan des libertés publiques, rappelons qu’en 1998 et en 1999, à l’occasion de la commémoration de l’An 1 de l’assassinat du journaliste des éditions "Indépendant", c’est le chef de l’Etat lui-même qui a fait mater les manifestations de libertés du Collectif, et mis en place une loi liberticide interdisant toutes formes de manifestations publiques.

En 2000, il a ordonné à son Premier ministre la fermeture de l’université de Ouagadougou et décrété l’année blanche, en réponse aux revendications démocratiques des étudiants. Avec un souvenir comme celui de l’An 2000 à l’université, une génération d’étudiants a de quoi infléchir le cours de l’histoire. Que dire des événements de mai 1990 à l’université de Ouagadougou ? Jamais dans l’histoire académique de notre pays il n’y aura eu toile fond entre l’université et le pouvoir. Le campus de Zogona a été occupé et envahi par les éléments du Conseil de l’entente. Un étudiant de 7e année de médecine et un professeur d’université y ont perdu la vie.

CONCLUSION Depuis son arrivée au pouvoir en 1987 dans un bain de sang, qu’a pu faire le régime de B. Compaoré pour essayer de résoudre autant qu’il pouvait les problèmes posés à ses concitoyens ?

Au plan économique, un observateur impartial comme le PNUD a déclaré en 2003 le Burkina Faso 174/177 Etats suivant les bases de données relatives à l’indice du développement humain durable. Au plan politique, la faction qui, dans la foulée du Capitaine B. Compaoré a investi l’Etat, aux lendemains du putsch sanglant du 15 octobre 1987, et qui s’étala ensuite à la tête des cabinets ministériels et autres Conseils d’administration ou encore à la tête de sociétés d’Etat juteuses. Bref, partout où l’on batit facilement fortune politique et fortune financière, et de préférence les deux à la fois, a pour la plupart subi le désaveu de leur chef qui les a renvoyés à aller se faire voir ailleurs.

Les tout derniers, les éléments du Conseil, ont été publiquement humiliés à l’occasion du fameux procès du vrai-faux coup d’Etat prétendument déjoué en octobre 2003. Du reste, à propos de la future mais irréversible mobilisation générale de l’opposition politique et syndicale contre la candidature de B. Compaoré en 2005, si jamais elle se révélait, nous savons que les services de renseignement de la présidence, la Gendarmerie nationale, les milices du pouvoir et autres CR, des personnages de série noire n’attendent que le signal de leur employeur pour se lancer à nouveau comme en 1990-91 et en 1998-99, à l’usage des gêneurs, leur dialectique favorite qui est celle de la matraque, de la provocation et de l’intimidation.

Enfin, pour ce qui est de sa politique extérieure, jamais un régime n’avait auparavant autant mis en insécurité nos compatriotes à l’étranger. Le Burkina Faso est cité dans tous les conflits régionaux, du Tchad en Afrique centrale en passant par les pays voisins de notre pays jusqu’à l’Ile de Madagascar.

Le secrétaire national

NDLR : A la lecture de cette déclaration, deux observations s’imposent, car contrairement aux affirmations du GDR :
l’interview du président du Faso n’a été réalisée avec des journalistes de la presse d’Etat seulement. Y ont pris part en effet Yemboini Pascal Thiombiano et Harouna Kindo de la RTB, Marcelline Ilboudo de Sidwaya, Mathieu Bonkoungou de BBC-Reuters, Ousséni Ilboudo de l’Observateur paalga ;
le président de la CENI est élu par les membres de ladite institution.

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