Actualités :: 60e anniversaire du débarquement de Provence : Le devoir de mémoire et de (...)

En compagnie de certains de ses pairs africains, le chef de l’Etat, prendra part, le 18 août 2004 en rade de Toulon à la commémoration du 60e anniversaire du débarquement de Provence. Une commémoration qui verra les anciens combattants africains (dont deux Burkinabè) à l’honneur et qui, au-delà du devoir de mémoire devra "sonner le départ" d’une plus grande reconnaissance et de solidarité vis-à-vis de nos vieux et braves guerriers.

Le 15 août 1944 à zéro tapantes, "l’opération Dragoon" (nom de code du débarquement Allié de Provence) était lancée. 2 200 navires et péniches, 500 navires de guerre, 2 000 avions environ et des centaines de milliers de soldats avaient été mobilisés pour la circonstance. Parmi ces hommes qui allaient libérer la France, ceux que l’on appellera trivialement "les Tirailleurs sénégalais" regroupés sous les ordres du général de Lattre de Tassigny.

On les retrouvait principalement dans la 2e division d’infanterie marocaine, la 3e division d’infanterie algérienne et la 9e division d’infanterie coloniale du général Magnan qui comptait 250 000 hommes. Entre minuit et 1 h 50 mn, des commandos de sabotage débarquent de la Méditerranée. Cependant que des "faux-paras" (des épouvantails en fait) sont lâchés du ciel pour divertir les troupes allemandes. Toujours le 15 août 1944, à 20 h 30 mn, le débarquement de la 1re armée française, avec la "Garbo force" de de Lattre, préfigurait la fin du IIIe Reich.

Car, le succès des Alliés fut immédiat avec la libération de Toulon dès le 23 août, puis celle de Marseille le 28. Et la part des "Tirailleurs sénégalais" dans ce succès ne fut pas des moindres car, ce sont eux qui ont pénétré les premiers dans Toulon avec les Voltaïques aux avant-postes. Ce sont ces hommes qui ont crapahuté à travers toute la Provence et le Sud de la France, pour ensuite faire la Fonction avec les éléments de "l’opération Overlord" (débarquement de Normandie) le 12 septembre 1944, qui ont sonné le glas du régime Nazi.

Et si on reparlait des pensions

En choisissant de les honorer en cette date du 15 août 2004, la France se plie donc à son devoir de mémoire et de reconnaissance, vis-à-vis d’hommes qui l’ont libérée au prix du sang, des larmes et des privations diverses. Des hommes qui, pour les rescapés, seront aux fronts en Indochine puis en Algérie pour préserver l’empire colonial français. Une double dette donc, ce qui, nonobstant la beauté et la noblesse de l’acte de l’Etat français, nous amène à reposer le problème des pensions servies à nos anciens combattants. Ce, d’autant que l’un des "élus" du 15 août 2004, Bambara Christophe, tout en louant l’acte de la France, a dit haut et fort, que "les pensions ne suffisaient pas".

Annoncée à grands renforts de publicité, la mesure de décristallisation des pensions, n’a pas produit au niveau de nos vieux les résultats escomptés. Les répercussions financières sont si modiques que l’on en vient à se demander si cette opération ne peut pas être assimilée à du "marketing politique et économique" pour la France, en mal de popularité sur le sol africain et par ailleurs sujette à un creux conjoncturel qui tend à se structuraliser.

Sur ce deuxième point, les dépenses occasionnées par la décristallisation sont provisionnées au niveau du budget français (provisions pour charge) ce qui contribue à baisser quelque peu un déficit budgétaire (plus de 3%) condamné par les critères de convergence de l’Union européenne. Une "broutille", pourra répliquer Paris, mais, quand on voit comment Nicolas Sarkozy se débat pour trouver de "l’argent frais", c’est une hypothèse à ne pas écarter.

Raison économique donc, mais aussi politique à l’heure où la mondialisation a redéfini les règles des relations internationales. En butte à la concurrence de plus en plus "appuyée" des USA sur le continent, confrontée à la nouvelle "menace chinoise", ce geste de Paris vient aussi rappeler aux Africains que la France est un vieil allié fidèle et sûr. Au final, si Tibila Ouédraogo et Christophe Bambara ont lutté avec Seye, Konaté, Kouassi, Khaled... pour leurs droits, les fruits sont si maigres que l’on est en droit de parler de "trompe-couillon". Paris nous doit une revanche et la commémoration du 15 août 2004, avec l’Afrique aux premières loges, est un signe encourageant.

Cependant, il lui faudra nécessairement prendre le taureau par les cornes pour opérer une vraie revalorisation des pensions et donner ainsi des gages de sa bonne foi. Terminons avec le vieux Bambara en disant avec l’adage populaire, que "c’est bon, mais c’est pas arrivé".

Boubacar SY
Sidwaya

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