Actualités :: France-Burkina : des relations d’égal à égal ?

Cette année encore, le coq français a chanté le cocorico à
Ouagadougou le 14 juillet, pour commémorer la fête nationale
de la France. L’année dernière aussi, ce fut le cas.

Toutefois, si
lors de la célébration du 214e anniversaire de la prise de la
Bastille, le train de la diplomatie française au Burkina était
conduit par Maurice Portiche, le 215e a été quant à lui, placé
sous la baguette de Francis Blondet, le nouveau chef
d’orchestre à l’ambassade de France.

Les hommes ont donc
changé, tout comme les discours et surtout le contexte
socio-politique national et international du Burkina Faso . " Ce
n’est pas un ambassadeur qui doit dire aux Burkinabè comment
il faut se conduire, comment il faut penser".

Par ces propos,
sans jeter un pavé dans la mare, pour ne pas dire dans le
précaré, Francis Blondet rompt avec une tradition obscure que
n’avait pas pu éclairer le soleil des indépendances en Afrique.
En effet, si le colonialisme a été emporté par la vague des
indépendances, il a laissé place à une autre forme de
domination que les plus radicaux qualifient de
néocolonialisme, la présence du colon restant très perceptible
par le biais de "coopérants" et "d’assistants techniques" qui
interviennent dans les domaines économique, social, culturel,
et politique. Même les décisions et les actes relevant en
principe de la souveraineté nationale sont dictés aux Africains
par leurs "maîtres blancs".

A une certaine époque - et peut-être
même de nos jours- la route des sommets entre chefs d’Etat
africains passait par Paris. Que dire des élections "souveraines"
et très "démocratiques" qui ne se tenaient qu’avec la
bénédiction de la France, du Royaume-Uni ou des Etats-Unis ?
Du reste, quand la puissance colonisatrice en a mare d’un
dirigeant africain qui ne fait plus son affaire, elle sait s’en
défaire, par les urnes ou par la force.

Doit-on comprendre par les envolées lyriques de Francis
Blondet que le temps de la " chasse gardée" est réellement un
lointain souvenir du passé et que l’ambassadeur se contentera
de sa casquette de diplomate soucieux de la souveraineté et
des principes d’égalité qui lient son pays au pays hôte ?
Francis Blondet va plus loin et souhaite dans une interview
accordée à un confrère de la place, " la bienvenue à tous ceux
qui voudraient aider le Burkina Faso".

Même les Etats-Unis avec
qui le pays des "Hommes intègres" est en train de vivre une
nouvelle idyle ? La question reste posée, vu que les relations
entre "nos ancêtres les Gaulois" et l’Oncle Sam ne sont pas
des meilleures en ce moment. Politiquement et
économiquement, Paris et Washington sont rarement sur les
mêmes longueurs d’ondes et ce n’est ni la bagarre sur les OGM
((Organismes génétiquement modifiés) ni l’Irak qui pourront
nous démentir.
Or, le Burkina Faso semble, au nez et à la ... crête du coq
gaulois, opter pour la solution des OGM. 

Ce discours de
recentrage de la politique française au Burkina Faso survient
donc dans un environnement qui se "modifie génétiquement" au
profit de l’axe Ouaga-Washington. La dernière conférence
internationale organisée par les Etats-Unis à Ouagadougou sur
les OGM n’a certainement pas été perçue d’un bon oeil par
Jacques Chirac. Ceci est d’autant plus vrai que la France "n’est
pas dans la même démarche que les Américains".

En effet, et
toujours selon l’ambassadeur, " on réfléchit entre Européens et
on se pose même des questions sur la viabilité des OGM". En
attendant toutes les retombées probables du réchauffement
des relations entre Ouagadougou et Washington, le Burkina
Faso peut déjà se targuer d’avoir imprimé une autre démarche
à la coopération franco-burkinabè. Désormais, le Burkina
Faso aura-t-il les coudées franches pour développer des
relations avec d’autres pays dits puissants de ce monde, sans
avoir à répondre de cette témérité devant la France ?

" Y en a
assez du paternalisme" a affirmé Francis Blondet qui reconnaît
que "nous étions dans une relation qui n’était pas très saine".
Cette nouvelle donne dans la coopération franco-burkinabè
est-elle le fait de l’émancipation du Burkina ou est-elle due plutôt
à la lacune communicationnelle qui avait enrobé d’un flou
artistique lesdites relations ?

Le constat reste indubitable que le nouvel ambassadeur
penche pour une autre approche dans les rapports humains et
institutionnels, lui qui est même allé vers les organes de presse
et certaines de nos institutions, au lieu du contraire. La
communication qu’il a citée comme volet prioritaire dans le
nouveau mode d’emploi à l’ambassade de France est
probablement ainsi en selle. Dans la même optique, Francis
Blondet avait promis , le 14 juillet dernier, de rendre encore plus
facile l’accès au service des visas, afin que la France ne
présente plus cette image de "citadelle" imprenable pour les
Burkinabè. Nul doute qu’on a remarqué à Paris que les
aventuriers et autres étudiants africains lorgnent, de nos jours,
beaucoup plus vers les... Etats-Unis et ailleurs.

Les opérateurs
et les touristes aussi se tournent de plus en plus vers des
destinations moins compliquées à rallier. Et ce sont des
devises étrangères qui échappent à l’économie française. Ceci
explique-t-il donc cela ?
On est donc tenté d’affirmer qu’une nouvelle ère s’ouvre pour les
relations entre la France et le Burkina. La véritable question est
de savoir la part de franchise qu’y mettra chaque partie.

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