Actualités :: L’Eglise catholique dans l’évolution du Burkina

L’attrait de l’Eglise Catholique burkinabè pour la politique est une constante jamais démentie. C’est ainsi que l’a voulu son père,
Mgr Thévenoud, s’inspirant en cela d’une tradition qui remonte au Pape Léon XIII et confirmée par le Vatican II qui enjoint "le chrétien à s’engager dans les affaires du monde… à assumer ce qui est moralement bon dans les systèmes sociaux et politiques et à recourir à la persuasion pour promouvoir les valeurs évangéliques dans la société et la législation". En application de cette tradition, Mgr Thévenoud a construit une Eglise d’élite pour diriger le Burkina Faso

Une Eglise d’élites pour diriger le Faso

Dans son ambition de construire une Eglise d’élite, Mgr Thévenoud accorde très tôt une place privilégiée à l’école d’où sortira l’élite religieuse et politique suffisamment bien formée pour "constituer demain la classe dirigeante" d’un Etat moderne.

L’école comme instrument

Les écoles privées catholiques vont naître et se développer bien avant les écoles publiques, au point d’inquiéter, sous la colonisation, certains administrateurs blancs qui avaient la laïcité chevillée au corps. En 1965, quand l’école privée catholique connaît ses premiers revers, avec la réduction de la subvention de l’Etat décidée par Maurice Yaméogo, l’objectif était déjà atteint.

Conformément à la prophétie de Mgr Thévenoud, maints leaders politiques, syndicaux et militaires de premier plan de la Haute-Volta indépendante sont issus de "la pépinière d’élites" de Pabré. Les plus connus : Maurice Yaméogo, premier président du pays, Joseph Ouédraogo dit Jo Weder, Joseph Ki-Zerbo et le médecin-commandant Jean Baptiste Ouédraogo, président de la Haute Volta (1982-1983). Les écoles catholiques restent encore de nos jours les meilleures dans la formation, en témoigne le Collège de la Salle.

Les pionniers de la christianisation de la Haute Volta, notamment Mgr Thévenoud, ont compris très tôt tout le parti qu’ils pouvaient tirer en implantant l’Eglise au milieu des Mossé, majoritaires avec un sens du pouvoir incomparable et surtout pendant longtemps réfractaires à l’islam. Dans la même stratégie, ils s’intéresseront aux ethnies dites acéphales de l’actuel Sud- Ouest du Burkina, notamment les Dagara qui seront les premiers "clercs" de la Haute-Volta indépendante. Mais si l’arrimage est fait à la société moagha, c’est pour en bouleverser les pôles de pouvoir au profit de l’Eglise avec de nouvelles élites mossé élevées dans "les valeurs sociales de l’Eglise".

C’est ainsi qu’est née en 1927, l’Association catholique des hommes mossi qui sera le creuset de maturation politique de nombre de cadres politiques et administratifs qui ont hérité des commandes de l’Etat post colonial en 1960. Très tôt, les membres de cette association s’opposeront à l’élite moagha traditionnelle organisée dans l’"Union voltaïque", créée en 1947 par le Mogho Naaba Saaga. Par la suite cependant, les deux élites mossé se retrouveront dans un même parti, le Parti social d’émancipation des masses africaines (PSEMA ) pour s’opposer au Rassemblement Démocratique Africain (RDA) de Ouézzin Coulibaly.

Et l’Eglise ne serait pas étrangère à ce rapprochement dont l’objet était de faire barrage au communisme dont on suspectait le RDA. L’anti communisme viscéral est aussi une caractéristique de l’Eglise Catholique du Burkina Faso.
Très tôt aussi, l’Eglise a investi le monde du Travail avec la création d’un syndicat, la CATC, dont Joseph Ouédraogo (Jo Weder) fut un des présidents emblématiques. Ce maillage s’est parachévé par la création des Ligues de jeunesse (JEC et JOC), des ONG caritatives et de développement imposant l’Eglise Catholique pendant longtemps comme "l’interlocuteur" incontournable de l’indigent nouvel Etat de Haute Volta.

L’animation permanente des idées comme moyen

L’Eglise Catholique burkinabè est sans aucun doute, et jusqu’il n’y a pas longtemps, la seule confession religieuse du pays à favoriser en son sein la réflexion permanente sur la société et le modèle social et politique qu’elle veut voir s’instaurer au Burkina Faso. Si par excès de conservatisme parfois, (ce que Mgr Sanon appelle les combats d’arrière-garde de l’Eglise), elle a été débordée par les évolutions sociales et politiques, elle a su dans les moments cruciaux de l’histoire du pays montrer toute son expertise et la qualité intellectuelle de son clergé.

Par exemple au moment des assises sur la constitution en 1991, derrière son représentant l’abbé Paul Ouédraogo, se trouvait un comité de réflexion d’une quinzaine de membres en parfaite harmonie avec "la ligne du christianisme" qui suit attentivement les travaux de la commission pour se donner les moyens d’en infléchir les conclusions. Finalement et malgré les réticences de départ, pour l’essentiel, les propositions de l’Eglise catholique, contenues dans un document précisant sa vision de la constitution, ont été retenues dans la Loi fondamentale qui régit actuellement notre pays.

Par Newton Ahmed Barry ( bangreib@yahoo.fr)


Mgr Compaoré a-t-il gaffé ?

Finalement, on pourrait dire : "A chaque prélat sa gaffe". Après le cardinal Paul Zoungrana, paix à son âme, avec son "coup d’Etat béni de Dieu", voici Mgr Jean-Marie Compaoré qui veut l’alternance à 110%, mais ne voit, parmi les 12 millions de Burkinabè, personne d’autre qui a les qualités d’homme d’Etat comparable à Blaise Compaoré. A un an de la présidentielle, et au moment où les vis-à-vis du candidat CDP lui conteste la légalité d’une probable troisième candidature, cette opinion du premier prêtre de l’Eglise burkinabè sonne comme une consigne de vote. Il ne peut en être autrement, malgré les précautions du langage.

L’Eglise burkinabè, contrairement à ses homologues de la sous-région, s’est pour ainsi dire auto investie du droit de regard sur le destin politique du pays. Ce n’est pas condamnable a priori. C’est même parfois souhaitable au regard de son autorité morale incontestable et de la qualité de son clergé.

De plus, de toutes les confessions religieuses du Burkina Faso, elle est celle qui s’est donné très tôt les moyens de peser sur la gestion du pays. Mgr Thévenoud, prélat énergique et doué d’un grand sens de l’organisation, a eu très tôt une ambition précise pour l’Eglise burkinabè dont il est le véritable père : "fonder une Eglise d’élite, formée de communautés chrétiennes d’élite d’où sortiront plus tard un clergé d’élite et une élite politique formée aux mêmes valeurs chrétiennes, "des intellectuels organiques" catholiques armés pour la doctrine sociale de l’Eglise".

Pour former cette élite (de clergés et de politiques) qui sera "demain la classe dirigeante", Mgr Thévenoud s’est investi opiniâtrement dans la mise en place d’un réseau scolaire missionnaire. Ces dispositions ont permis à l’Eglise Catholique d’être le véritable " père " de l’Etat burkinabè moderne, malgré la relative faiblesse numérique de la communauté. Toute chose qui a fait dire au cardinal Zoungrana, avec une fierté non dissimulée que l’Eglise burkinabè (dont il est le pasteur) est florissante et que son influence, inversement proportionnelle à son poids démographique, est impressionnante.

L’intervention de Mgr Compaoré dans le débat politique actuel n’est donc pas à proprement parler "une intrusion". C’est une tradition de notre Eglise1. Là où il peut y avoir problème, c’est dans la précaution du langage, qui peut être vue comme un louvoiement. La thèse de "c’est le citoyen Jean Marie Compaoré qui parle" ne peut pas convaincre. Il y a des fonctions qui aliènent la personnalité propre de celui qui les incarne. Quand on est à ce niveau de responsabilité de l’Eglise, on n’existe plus pour soi.

La preuve, même en privé, il n’y a plus de "Jean-Marie", mais de "Mgr". Il est certain que notre archevêque ne se souvient plus de la dernière fois que ses intimes l’ont appelé "Jean-Marie". Il y a donc des fonctions comme ça qui vous "bouffent" votre "ordinarité". Supposons que Blaise Compaoré, dans une interview, dise : "Je hais George Bush", mais s’empresse de préciser : "Ce sentiment, c’est celui du citoyen Blaise Compaoré et non du président du Faso". Croyez-vous sincèrement qu’à la Maison blanche, le message sera reçu ainsi ?

Et qu’il n’y aura pas d’impact sur les relations diplomatiques entre les deux pays ? Personne ne peut être affirmatif. Alors comment expliquer les précautions de langage de Jean-Marie Compaoré ?

La première explication est à rechercher dans le passé récent où ce rôle de "précepteur sourcilleux et sévère" dont s’est auto investie l’Eglise Catholique vis-à-vis des dirigeants de l’Etat a considérablement nuit à ses intérêts. Avec Maurice Yaméogo déjà, quoiqu’il fut le pupille de l’Eglise, les vives critiques du clergé "contre la gestion désastreuse des finances publiques", après que le régime ait touché en son point le plus sensible, en décidant de plafonner les subventions aux écoles catholiques, avaient braqué les politiques contre elle.

Et ça ne s’arrangera pas jusqu’au départ de Maurice Yaméogo du pouvoir. Ancien séminariste (il a fréquenté le séminaire de Pabré), il n’a pas craint de contracter un second mariage qui a été considéré par l’Eglise ou plus précisément par le cardinal Zoungrana comme "une souillure morale éclaboussant toute l’Eglise". S’en suivra une haine tenace entre les deux hommes comme en témoigne une correspondance de l’ancien chef d’Etat, datant de juin 1982, qui traite le cardinal : "d’évêque politicard, singulièrement partisan". Avec Sangoulé Lamizana, ça ne s’arrangera pas du tout, pour ne pas dire plus.

Même si on peut considérer que jusqu’à présent, le régime de Lamizana fut le plus véritablement démocratique de l’histoire politique de notre pays. Le clergé catholique ne lui pardonnera pas deux choses : d’avoir nationalisé les écoles privées catholiques et d’avoir fait intégrer la Haute-Volta à l’Organisation de la conférence islamique (OCI). Dans une Lettre pastorale lue dans toutes les Eglises de Ouagadougou, les évêques dénoncent alors "une inféodation à une ligue confessionnelle".

Les rapports tumultueux entre l’Etat et l’Eglise vont culminer avec l’avènement du régime de CMRPN (Comité militaire de redressement pour le progrès national), le coup d’état du 25 novembre 1980 salué comme "une délivrance divine". Une prise de position qui va saper le crédit de l’Eglise pour longtemps, surtout que le nouveau régime va vite sombrer dans l’autocratie. Dès lors, l’Eglise rentre dans une période de "silence", évitant au maximum de prendre position dans le débat politique où lorsqu’elle ne peut s’y soustraire, adopte une position "médiane". Ce fut le cas pendant les assises de la constituante en 1991 et plus récemment avec la crise née de l’assassinat de Norbert Zongo. On peut donc penser que pour toutes ces raisons, Mgr Compaoré ait cru bon d’entourer "son avis" de précautions.

La deuxième explication de cette précaution de langage, c’est que Mgr Compaoré sait qu’il n’allait pas être suivi par un bon nombre d’évêques et de prêtres, qui depuis sa sortie malheureuse2 au moment des obsèques du fils de Blaise Compaoré à Ziniaré, craignent que ne se reproduisent les erreurs du passé. C’est cette même raison qui a tenue Mgr Compaoré à l’écart de toutes les médiations dans la crise née des événements de Sapouy.

Si non en temps que chef de l’Eglise, en raison surtout de l’importance de l’archevêché de Ouagadougou, il aurait conduit les hautes missions de négociation dans lesquelles se trouvait impliquée l’Eglise. Par exemple en septembre 1991, au summum de la crise entre le régime du Front populaire et les partisans de la Conférence nationale souveraine, réunis au sein de la Coordination des forces démocratiques (CFD) c’est Mgr Jean-Marie Compaoré qui avait conduit la délégation épiscopale chez Blaise Compaoré dans une ultime tentative pour débloquer la situation.

Cette mission s’était soldée, c’est vrai par un échec, Blaise Compaoré s’étant montré inflexible à la proposition de l’Eglise demandant le report des élections. Un autre fait qui mérite attention, c’est que l’organisation fortement centralisée et même conservatrice de l’Eglise catholique n’empêche pas l’expression des différences. Sur le même coup d’Etat de 1980, celui des colonels, alors que le cardinal Zoungrana donne dans une vibrante allégresse qualifiant le putsch de "geste divin de bonté et de miséricorde envers la Haute Volta", Mgr Anselme T. Sanon de Bobo Dioulasso faisait montre d’une position critique qui contrastait avec l’enthousiasme de son Eminence.

Dans une de ses homélies, le prélat de Bobo se demande publiquement : "Pourquoi ces joies et applaudissements quand le pays souffre ? Pourquoi ces colères et ressentiments… alors que la vie constitutionnelle du pays est à terre ?".

Autre prise de position discordante avec celle de son Eminence, celle de Mgr Zépherin Toé, évêque de Nouna-Dédougou, pour qui la situation dans laquelle se trouvait la Haute Volta résultait de "la responsabilité collective des Voltaïques". Pour toutes ces raisons donc, Mgr Compaoré a pris soin d’entourer son avis des précautions nécessaires. Et cela est si bien fait qu’il ne risque pas d’être démenti par ses pairs. Il a parlé en tant que "citoyen". Si d’aventure un d’entre eux voulait le contredire, il ne pourra le faire qu’en "simple citoyen".

Ainsi donc, le bon "berger" a fait passer son message avec la certitude qu’un autre prélat ne le contredira pas. Mais le message est passé avec deux effets imparables. Les fidèles ont reçu une consigne de vote et la Chambre constitutionnelle un avis éclairén

Bibliographie :

- Religion et démocratie : Introduction à une problématique africaine, Ouvrage collectif, consultable à l’IRD
- Assimi Kouanda : Thèse de troisième cycle (1984)
- "Disciple de la vérité" Fidélité et Renouveau Mgr Guirma
- Les Lettres pastorales des Evêques du Burkina Faso
1 En 1978 l’Eglise a exhorté les fidèles à aller voter, même si ce n’est pas son poulain qui a gagné l’élection. Par contre à la présidentielle de 1991, elle a proné l’abstention
2 ceux qui ont assisté aux obsèques se souviennent des termes de l’absoute, particulièrement dithyrambique, où il affirme que les parents du défunt sont de bons chrétiens (sic).

Par Newton A. Barry ( bangreib@yahoo.fr)


Père BALEMANS : " C’est ridicule de dire que Blaise est le seul capable de gouverner le Burkina"

Frans Balemans est un Père blanc, d’origine néerlandaise (Pays-Bas), qui vit au Burkina depuis 1957. Après avoir servi pendant de longues années à Kaya, il officie à Koudougou depuis 2001. Secrétaire général du réseau Justice et Paix des Pères blancs et du réseau de Justice et Paix des instituts religieux au Burkina, il place la justice au cœur de ses initiatives. En plus de sa mission pastorale, il s’investit également dans le domaine du développement. Pour lui, l’action pastorale va de pair avec le travail de développement. Il nous parle ici des relations de l’Eglise avec l’Etat.

Que pensez-vous des propos de l’archevêque de Ouagadougou, Mgr Jean-Marie Compaoré, selon qui, il n’y a que Blaise Compaoré qui soit capable de gouverner le pays ?

Père Balemans : C’est ridicule de dire que Blaise est le seul capable de gouverner le Burkina. Si demain il se casse la figure, cela voudrait-il dire que c’est le chaos pour le pays ? Non, il faut être sérieux. On ne peut pas dire des choses pareilles. Il y a des hommes et des femmes honnêtes, intègres et travailleurs qui peuvent bien gouverner ce petit pays. Vous voyez, on avait dit la même chose à propos du président Houphouët en Côte d’Ivoire et voilà ce qui est arrivé après sa disparition. Je pense qu’il ne faut pas développer ce genre d’idées dans un pays. C’est dangereux de dire et de penser que tout le monde est incapable sauf une seule personne. Par ailleurs, c’est faux de penser que Blaise est le seul à diriger le pays. Où met-il le gouvernement, le parlement et les autres institutions ? Le président actuel de l’Assemblée n’est pas mal à ce que je sache ainsi que l’ex-Premier ministre de Kaya (Il fait référence à Kadré Désiré Ouédraogo). Je dis et je répète : c’est vraiment ridicule.

Vous avez connu les différents régimes qui se sont succédé au Burkina de l’indépendance à nos jours. Quelle appréciation faites-vous des rapports de l’Eglise avec l’Etat, singulièrement avec les autorités actuelles ?

Père Balemans : Dans beaucoup de domaines, l’Eglise a toujours entretenu de bons rapports avec l’Etat. Cela, quel que soit le régime. Même sous la révolution, les relations n’étaient pas si mauvaises. Mais je trouve que les rapports de l’Eglise avec l’Etat sont parfois trop bons, ce qui n’est pas forcement bien.

Que voulez-vous dire par là ?

Père Balemans : Dans ce pays, il y a des situations d’injustice, la corruption a atteint des proportions inquiétantes et l’Eglise est muette. Cela n’est pas normal. Je pense qu’elle devrait élever la voix et dénoncer ces maux de notre société.

Pourquoi selon vous l’Eglise se tait-elle là où elle doit élever la voix ?

Père Balemans : Elle veut ménager la chèvre et le choux. Au nom de l’impératif de la préservation de la paix, elle préfère adopter une attitude attentiste. Si l’on veut construire un Burkina meilleur, on ne doit pas avoir peur de dire la vérité. Il ne faut pas sacrifier la justice sur l’autel de la paix. Vous avez vu ce qui s’est passé avec le Collège de sages, l’Eglise était coincée ; mais elle n’a rien dit. Elle s’est tue comme d’habitude. C’est comme si elle cautionnait la manière dont le gouvernement a appliqué le rapport du Collège de sages où, je vous rappelle, un évêque était le président.

Y a-t-il des contraintes particulières qui obligent l’Eglise à rester silencieuse quand visiblement ça ne va pas ?

Père Balemans : Je ne vois aucune contrainte. Si vous faites référence à ses établissements d’enseignement, je dis qu’il y a là aussi des contrats clairs qui lient les deux parties. Je pense que c’est simplement l’obsession de ménager la chèvre et le choux. Mais à ce rythme, je crains qu’elle ne perde les deux.

Selon vous l’Eglise court le risque de perdre son autorité.

Père Balemans : Cela a déjà commencé. Le fait même que les gens manifestent des doutes sur elle prouve que ça ne va pas. Il y a des gens qui insinuent que peut-être les hommes d’Eglise prennent quelque chose avec les autorités. Evidemment, ils n’ont aucune preuve. Mais déjà, c’est mauvais pour l’Eglise si les citoyens arrivent à penser ainsi d’elle. Elle doit se réveiller et donner plus de la voix. Au Burkina, il y a deux principales forces morales : l’Eglise et l’Islam. Si ces deux s’engagent clairement, les choses pourraient changer positivement. Je pense que l’Eglise a encore du crédit, de l’influence au-delà de sa propre sphère. Maintenant si chacun se dit qu’il ne veut pas avoir de problème, on n’arrivera à rien.

Pourtant l’Eglise n’a pas toujours eu la même attitude avec certains régimes précédents. Bénéficie-t-elle avec l’actuel pouvoir d’un régime de faveur ?

Père Balemans : Je ne sais pas s’il y a un régime de faveur. Il doit certainement avoir des raisons. Je prends un exemple. Durant la révolution, des fonctionnaires ont été licenciés sans droits. Cela fait que quand je défends la révolution à l’intérieur de l’Eglise, c’est le seul aspect que certains me renvoient parce que parmi les dégagés, ils avaient leurs frère, cousin ou neveu. Ils feignent d’oublier tout ce que la révolution a apporté à ce pays. Je suis ici bien avant l’indépendance mais je vous le dis, le seul moment où ce pays a fait un bond qualitatif, ce sont les quatre années qu’a duré la révolution.

L’Eglise était dans son rôle quand elle dénonçait les dérives de la révolution.

Père Balemans : Je suis d’accord. Il y a eu des tueries et d’autres cas de négation de droits humains. Mais tous ces actes continuent de nos jours. Il faut donc continuer à les dénoncer. Pourquoi se tait-elle aujourd’hui, surtout quand la liberté d’expression existe ? Consultez les rapports de Amnesty international, du Ren-Lac ou du MBDHP, vous verrez qu’il y a matière à se mettre débout. Je ne dis pas que tout va mal. Tout ne va pas bien non plus et c’est pourquoi, il faut travailler à éradiquer ce qui ne va pas. Voyez la corruption, il y en a jusqu’à sept commissions qui se penchent là-dessus. Le mal continue toutefois de se propager à tel point que beaucoup de jeunes ont perdu tout espoir. Ils viennent me voir pour me dire de les aider à avoir un emploi. Ils se disent que j’ai certainement des relations dont ils pourraient tirer profit. Pourquoi l’Eglise ne s’implique pas fortement contre la corruption ?

Interview réalisée par Idrissa Barry

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