Actualités :: Soumane Touré (S.G. du PAI) :"Blaise est le seul sankariste au (...)
Soumane Touré

Soumane Touré a tapé du point sur la table le 15 juin, lorsque
nous l’avions renconré à l’Assemblée nationale. Sans détours, il
a affiché sa position par rapport au "vacarme actuel" sur
l’éventuelle candidature de Blaise Compaoré en 2005. Il a
également décoché des flèches sur les "prétendus sankaristes
toujours prêts à sauter sur le premier gâteau qu’on leur tend".

Le
Secrétaire général du PAI a aussi tenté de démonter, lecture
historique à l’appui, les arguments de Mgr Jean-marie
Compaoré qui "laissent croire" que seul Blaise peut gouverner
le Burkina. La question brûlante de "chef de file de l’opposition",
les batailles "Libéral" contre "Libéral", PAI contre PAI et bien
d’autres sujets n’ont pas échappé au regard critique de
Soumane Touré.

"Le Pays" : Comment vous sentez-vous aujourd’hui dans votre
tunique d’homme politique ?

Soumane Touré : Si vous parlez de ma tunique d’homme
politique, je suppose que vous faites allusion à celle de
syndicaliste sous laquelle on m’a connu pendant longtemps...

Vous vous êtes d’abord affiché comme un syndicaliste pur et
dur, vivant même souvent dans la clandestinité ; vous avez
ensuite été un opposant radical. Et vous voici aujourd’hui dans
les bonnes grâces de la mouvance présidentielle. Ce schéma
semble relever du politiquement incorrect...

Je me suis toujours considéré comme un militant-soldat. Je me
suis battu autant que possible sur tous les fronts. Du
syndicalisme à la politique, c’est la même logique, le même
combat. Ce sont seulement les fronts qui diffèrent. Quand j’étais
responsable dans le mouvement syndical, je me suis battu pour
les libertés individuelles et collectives, un changement profond
et radical et, bien sûr, pour ce que l’on qualifie aujourd’hui de
"bonne gouvernance". Il n’y a pas eu de chamboulement ; ce
sont les vocables et la nature du combat qui ont changé pour
s’adapter à un contexte marqué, entre autres, par la participation
des citoyens à des d’élections.

En tant que responsable syndical, j’ai sillonné tous les
départements du pays pour préparer nos luttes. Il fallait avoir la
confiance des travailleurs pour être élu à la direction du syndicat.
Il y a eu même des batailles très épiques à ce sujet. Mais les
votes se passaient de façon démocratique. Pendant longtemps,
le mouvement syndical a incarné la lutte pour la gestion saine
des affaires publiques. Même sous le régime d’exception,
au-delà des revendications corporatistes, le mouvement
syndical a pris en charge les revendications des populations.

Vous voyez ? Il n’y a pas en réalité un saucissonnage du
personnage ou de la personnalité que je suis.
Si aujourd’hui, je ne suis plus dans le mouvement syndical,
c’est parce que nous l’avons voulu ainsi à l’époque. Nous avions
estimé qu’un individu ne pouvait pas décemment servir à la tête
d’un syndicat et être en même temps dans la sphère dirigeante
d’un parti politique. Cela conférait au mouvement syndical son
caractère d’organisation de masse et son indépendance. Si
vous étiez candidat, vous deviez déclarer sur l’honneur que vous
n’appartenez pas à la direction d’un parti.

Lorsque le PAI a été
légalisé en 1991, j’étais membre du bureau politique. Il fallait
donc que je plie bagages et que je quitte le monde syndical.
Mais attention : les préoccupations des travailleurs restent des
composantes du projet de société du PAI. Nous avons pris le
ferme parti de jouer notre rôle d’opposant politique
anti-impérialiste.

Vous vous retrouvez aujourd’hui dans la mouvance
présidentielle. Cela paraît bizarre, non ?

Au départ, le PAI n’a pas été un parti de l’opposition radicale.
Face aux partis de la CFD (Cordination des forces
démocratiques, NDLR), nous avons créé un collectif de partis,
l’Alliance pour le respect et la défense de la Constitution
(ARDC). Je ne peux donc pas dire qu’au départ, nous étions
membre de l’opposition radicale. C’est plutôt la CFD qui était
intransigeante en réclamant une conférence nationale
souveraine.
Cependant, le PAI, en tant que parti, a sa ligne de conduite.
Nous nous prononçons toujours sans complaisance sur toutes
les grandes questions nationales. Nous nous sommes toujours
inscrits dans le sens de l’intérêt du peuple. Certes, nous avons
souvent des positions qui peuvent favoriser le pouvoir, mais
nous ne marchandons jamais nos principes.

On vous accuse de dîner avec le Président Compaoré et
certains bonzes du CDP...

Ce sont ceux qui ont participé aux différents gouvernements de
Blaise Compaoré qui font de telles affirmations. Certains ont
été des responsables dans des institutions. Moi, j’ai passé 25
ans à la Société nationale d’assurance et de réassurance
(SONAR) avant d’aller en retraite. J’ai ensuite été élu député.
Personnellement, je ne dîne pas avec Blaise Compaoré.

Votre parti peut-être ?

Un parti politique a ses stratégies et ses tactiques de lutte. Il n’y
a pas de muraille de Chine entre le PAI et le peuple burkinabè.
Nous luttons permanemment pour la démocratie. Le PAI a
toujours travaillé avec les forces politiques respectables. Les
questions d’alternance et d’alternative qui défraient actuellement
la chronique, ne doivent pas être de vains mots. Il faut les
construire au quotidien. Pour que le peuple préfère x à y, il faut
qu’il soit convaincu que le premier gérera mieux les affaires
publiques que le deuxième.

Souvent, on nous colle l’étiquette
d’opposant apte à critiquer, mais on se demande si on peut
diriger ce pays. Certains affirment même que si ce n’est un tel,
personne d’autre ne peut diriger le Burkina. Qu’on soit clair : si je
n’avais pas la ferme conviction de servir mon peuple, je ne
serais pas le leader d’un parti politique.

A ce sujet, l’archevêque de Ouagadougou, Mgr Jean-Marie
Compaoré, a jeté un pavé brûlant dans la mare politique. "Je
suis à 110% pour l’alternance. Mais lequel de nos hommes
politiques, mis à part Blaise Compaoré, peut diriger ce pays ?",
a-t-il déclaré récemment dans le quotidien Sidwaya. Cela
semble vous disqualifier pour la conquête du pouvoir...

Mgr Compaoré est déjà en campagne pour Blaise Compaoré.
Ce n’est pas la première fois qu’on entend de tels propos.
Quand le Général Sangoulé Lamizana était au pouvoir (de
janvier 1966 à novembre 1980, NDLR), des leaders de partis ont
fini par se sentir incapables de diriger le pays. Gérard Kango
Ouédraogo, Joseph Conombo et bien d’autres se sont réunis en
congrès pour affirmer avec force détails que si ce n’est
Lamizana, personne d’autre ne pouvait gouverner le pays. Seul
Joseph Ouédraogo s’ est opposé et a créé le Front de
refus/RDA.

On a entendu la même chanson lorsque Saye Zerbo est arrivé
au pouvoir en 1980. Des gens ont affirmé mordicus qu’il était le
seul Burkinabè à même d’être président. Mais son règne a été
tellement bref que cela a surpris ses défenseurs.
Même son de cloche quand Jean-Baptiste Ouédraogo a occupé
le fauteuil présidentiel en 1982. Sous la Révolution, certains
étaient convaincu que Thomas Sankara était l’homme idéal. Ils
ont même affirmé que personne ne verrait la fin du Conseil
national de la révolution (CNR). Même les prétendus
Sankaristes qui se réclament aujourd’hui de l’idéal
révolutionnaire ont déclaré à l’époque que si un jour Blaise
prenait la place de Thomas, il ne durerait pas plus de trois mois
au pouvoir. Ces mêmes personnes se plaignent aujourd’hui
qu’il a trop duré au pouvoir. En réalité, il n’y a qu’un seul
Sankariste au Burkina, c’est Blaise Compaoré.

Ah, bon ?

Lui seul a fait confiance à Thomas Sankara au point de prendre
le pouvoir et de le lui confier. Les autres se querellent à
longueur de journée comme des gamins. En réalité, ils ne sont
que des opportunistes toujours prêts à sauter sur le premier
gâteau qu’on leur tend, incapables de s’unir, ne serait-ce que
pour rendre un hommage digne à la mémoire de Sankara.

Mgr Jean-Marie Compaoré a oublié ses fonctions de berger de
l’Eglise. S’il est convaincu de ce qu’il a dit, il aurait mieux fait de
ne pas l’exposer sur la place publique. Personne ne lui conteste
ses droits de citoyen. Mais en tant qu’homme d’Eglise, il devait
plutôt inviter à la prière pour que Dieu répande sa miséricorde,
sa grâce sur les Burkinabè. La direction d’un pays n’a jamais été
l’affaire d’un seul homme. Mgr Compaoré est-il vraiment croyant
quand il fait une telle affirmation ? Il sait bien que Blaise
Compaoré est mortel. Même le Christ était un mortel, mais il
fallait bien que la religion continue d’exister.

Hormis Blaise Compaoré, comme le dit Jean-Marie Compaoré,
qui, selon vous, peut valablement gouverner le Burkina ?

La Constitution est clair : tout Burkinabè qui remplit les
conditions qui y sont prescrites peut être candidat. Les qualités
que certains apprécient chez Blaise Compaoré, ne font pas
défaut à la plupart des intellectuels et des hommes politiques
de ce pays. Ce n’est pas une histoire de messie comme
pourrait le penser Mgr Compaoré. La gestion d’un pays est une
affaire collective. En toute franchise, on peut trouver des leaders
aptes à diriger ce pays.

Vous, par exemple...

Il ne faut jamais poser les problèmes en terme d’individus. Il
faut d’abord convaincre les gens que si votre programme de
société est appliqué, cela apportera une bouffée d’oxygène au
processus démocratique et au développement du pays.

Blaise Compaoré vous a-t-il convaincu à ce sujet ?

Il a été démocratiquement élu. Son programme est donc
actuellement en application. Il engage tous les Burkinabè. Ceux
qui contestent cela racontent n’importe quoi. Tant qu’un autre
président ne remplace pas démocratiquement Blaise
Compaoré, ce sera le "programme de développement solidaire"
qui sera toujours en vigueur. Mais peut-être que l’élection
présidentielle de 2005 nous réservera des surprises.

Il y a actuellement une polémique autour de cette question.
Blaise Compaoré peut-il être candidat, selon vous, en 2005 ?

Il remplit les conditions prescrites par la Constitution. Il peut
donc déposer un dossier de candidature. C’est son droit. Mais
seul le Conseil constitutionnel décidera s’il peut être candidat à
la compétition ou pas. Le vacarme politique actuel sur la
candidature éventuelle de Blaise Compaoré est insensé.

Une quinzaine de partis de l’opposition envisage de déterminer,
de façon stratégique, trois candidats en leur sein pour la
présidentielle de 2005. Quelle lecture faites-vous de ce choix
politique ?

La plupart des leaders de ces partis étaient membres de la
CFD en 1991. Ils avaient désigné cinq candidats dans la
perspective de l’élection présidentielle de cette année. Mais ils
ont finalement boycotté le scrutin. En 1998, ils ont encore boudé
les urnes. Certains ont même affirmé que nous avions été
corrompus par Blaise Compaoré parce que nous prônions la
participation à l’élection. Même votre défunt confrère Norbert
Zongo nous avait qualifié de candidat ou de parti
accompagnateur de Blaise Compaoré.

Certains indices permettaient d’y croire...

Cet étiquettage relève de l’enfantillage.
Aujourd’hui encore, certains partis se qualifient de "vrais
opposants". Pour eux, les autres partis sont des "opposants
gâteau", des "opposants cheval de Troie", donc manipulés.
Les partis dont vous parlez ne pourront pas désigner trois
candidats. J’en suis sûr !

Pourquoi ?

Ce n’est pas possible qu’ils accordent leurs violons. Ils
prévoient un candidat pour les Libéraux, un pour les
Socialistes et un autre pour les Sankaristes. Dans ces
différents camps, je connais des leaders qui ne céderont pas
la place à d’autres. Et puis, hormis ces trois camps, où
classez-vous Ram Ouédraogo ? Il a déjà été candidat à la
présidentielle de 1998. Croyez-vous qu’il renoncera cette fois à
postuler à la magistrature suprême ?

Voulez-vous dire que Ram Ouédraogo est apte à gouverner
correctement ce pays ?

C’est son droit d’être candidat. S’il s’engage dans cette voie,
c’est qu’il représente une sensibilité politique et peut, de ce
fait, prendre date dans l’histoire au nom de son courant
idéologique. Même s’il perd la prochaine élection, il est
convaincu que cet acte lui permet de préparer son avenir
politique. Les campagnes électorales sont des moments
forts pour les leaders de faire connaître leurs projets de
société.

Vous avez parlé de Ram Ouédraogo. Et les autres ?

Pensez-vous que Gilbert Ouédraogo le "Libéral", et Hermann
Yaméogo le "Libéral" peuvent s’entendre ? S’ils en étaient
capables, ils ne se seraient pas séparés. Ils seraient restés
dans le même parti. Le PAI, lui, ne saurait s’accoquiner avec
des gens qui ont un projet de société diamétralement
opposé au sien. Nous sommes des marxistes-léninistes. Nous
sommes même le seul parti d’opposition du fait de notre projet
de société. Pourquoi accepterions-nous forcément une
candidature unique ? Cela n’a pas de sens. Si un homme
convaincu de son option veut postuler à la magistrature
suprême, qu’il postule !

A cette allure, il risque d’avoir trop de candidats ; cela fragilise
l’opposition...

Vous êtes-vous déjà posé la question de savoir pourquoi
chacun s’oppose ? Il y a ceux que Blaise Compaoré a
éjectés et qui sont devenus des opposants. Je qualifie
leurs attitudes de "radicalisme tardif". Il y a aussi ceux qui
s’opposent par conviction idéologique. Le PAI s’inscrit dans
cette logique.
L’opposant guinéen, Alpha Condé, lors d’une visite au
Burkina, a été clair sur cette question : l’idée d’avoir un
candidat unique est une bêtise selon lui. Il avait même fait une
carricature à ce sujet : ce n’est pas parce qu’il y a la liberté de
la presse au Burkina, plusieurs journaux indépendants, qu’il
faut tous les supprimer à l’exception d’un seul.

Il y a aujourd’hui au Burkina plus de 80 partis politiques.
Etes-vous pour plus de 80 candidats à une élection
présidentielle ?

Qu’est-ce qui vous gêne ? Ce serait la preuve de la vivacité de
notre démocratie.

Et de la fragilité de l’opposition. Le parti au pouvoir prend
ainsi des galons...

Il n’ y a pas une seule opposition ; il y a des oppositions au
système. Le PAI refuse la restriction des libertés. Il faut laisser
ceux qui veulent créer des partis le faire. S’ils veulent être
candidats à une élection, qu’ils le soient ! Le peuple est
souverain ; il tranchera. Les partis non crédibles finiront par
disparaître.
En 1970, sous la 2e République, on a voulu limiter les partis à
trois. Tous étaient autorisés à participer à la compétition mais
on voulait que seuls les trois premiers soient les partis officiels
du pays. Cela n’a pas marché. En réalité, vouloir réduire le
nombre de candidats, c’est vouloir limiter la liberté d’expression.

L’opposition burkinabè unie (OBU) prône, dans le cadre de la
présidentielle de 2005, une candidature unique. Un homme ou
une femme de conviction qui ne serait pas "mouillé" par le
régime...

C’est une idée de mon ami Laurent Bado. S’il ne fait pas
attention, il risque de se retrouver dans des raisonnements
anticonstitutionnels. Depuis 1991, ce sont les programmes du
candidat élu, Blaise Compaoré, qui sont appliqués. C’est une
exigence de la Constitution. Etant donné que ce programme
est appliqué dans tout le pays, il est difficile de trouver une
personne qui ne soit pas "mouillé". Ni Laurent Bado, ni Emile
Paré, les principaux animateurs de l’OBU. Ils ont exercé des
fontions dans ce pays, donc appliqué le programme du CDP
(parti au pouvoir). Laurent Bado a été enseignant. Quand il
affirme que "le système éducatif burkinabè est nul", il oublie
qu’il est un enseignant de cette Ecole. Enseignait-il un
programme différent de celui officiel, à l’Ecole nationale
d’administration et de magistrature (ENAM), à l’Université de
Ouagadougou ou à l’Ecole de police ?

Emile Paré, lui, fait partie des principaux animateurs du Front
populaire à son avènement. Il a aidé Blaise Compaoré a
élaborer sa politique. Le président du Groupe des démocrates
progressistes (GDP), Issa Tiendrebéogo, a été conseiller à la
Présidence. D’autres leaders ont été ministres dans les
gouvernements de Blaise Compaoré. Bref, il faut que l’OBU
précise ses critères de candidature. Sinon, personne au Burkina
ne trouvera grâce à leurs yeux si l’on s’inscrit dans cette logique.

Il y a actuellement une polémique autour de la désignation de
Gilbert Ouédraogo de l’ADF/RDA comme Chef de file de
l’opposition. D’un coté, ses défenseurs et de l’autre, ses
pourfendeurs.
Dans quel camp vous situez-vous ?

Je ne saurais m’opposer à la loi portant Charte des partis
politiques et qui définit le statut de Chef de file de
l’opposition. Elle a été votée dans des circonstances
particulières. A l’époque, Gilbert Ouédraogo était inconnu en
politique. On ne s’imaginait pas par conséquent qu’il serait un
jour Chef de file de l’opposition. A l’époque, on pensait plutôt à
Hermann Yaméogo ou Joseph Ki-Zerbo.

La loi est claire : le Chef de file de l’opposition est le chef du
parti qui a le plus de députés à l’Assemblée nationale après le
parti majoritaire, suite aux dernières élections législatives. C’est
donc l’ADF/RDA. Hermann Yaméogo en était le président. Il
aurait pu être Chef de file de l’opposition. Mais il a quitté ce parti
pour créer l’Union nationale pour la démocratie et le
développement (UNDD). Cette dernière n’a pas participé aux
législatives de 2002.

Aujourd’hui, il ne sert à rien d’être Chef de file de l’opposition si
l’on ne peut donner un contenu réel à ce statut. Récemment,
Gilbert Ouédraogo a écrit à la Commission électorale nationale
indépendante (CENI) pour protester contre la façon dont ses
démembrements ont été créés. Je suis tout à fait d’accord avec
lui. Les structures décentralisées de la CENI ont été mises en
place sous l’emprise d’une nouvelle loi qui n’était même pas
encore promulguée. Si Gilbert Ouédraogo continue sur cette
lancée, il aura vraiment mérité son statut de Chef de file de
l’opposition. Il est d’ailleurs en train de concerter les autres
responsables de l’opposition pour donner un contenu à sa
fonction. Je l’encourage.

Une quinzaine de partis de l’opposition sont réticents à cette
nouvelle disposition. "Au nom de quels partis politiques parlera
ce chef de file ?". Ils se posent cette question avec insistance...

Il n’est dit nulle part dans le statut de chef de file de l’opposition
qu’il est le porte-parole de l’opposition. La loi dit comment il doit
être désigné. On sait aussi qu’il fait désormais partie du
protocole d’Etat mais son rôle n’est défini nulle part.

La loi pose donc problème...

Elle gagnerait à être plus précise à l’avenir. Mais le plus
important, ce sont les capacités du Chef de file de l’opposition à
convaincre l’opinion de la pertinence de ses actes.

Le tripatouillage du Journal Officiel pose aussi problème. On
vous accuse d’être fortement impliqué dans cette affaire...

Ceux qui le disent exagèrent. Certes, on prétend qu’un faux
Journal Officiel a été fabriqué mais on ne m’accuse pas d’en
être l’auteur. Le Secrétaire général du gouvernement, Odile
Bonkoungou, est le premier responsable de ce journal. C’est lui
qui doit répondre, pas le PAI d’autant plus que nous ne sommes
pas accusés. Lorsque nous sommes allés en Justice, le
président du tribunal, Jean-Baptiste Ouédraogo, a dit à Philippe
Ouédraogo qui se réclame injustement d’être Secrétaire
général du PAI, d’aller se pourvoir en correctionnel. Nous
attendons donc de voir la suite de cette affaire. Ce n’est pas un
problème en soi. Le récépissé que nous détenons est bon et
nous en jouissons pleinement.

Le tripatouillage du Journal Officiel est pourtant un problème
très grave pour l’Etat. Vous n’êtes pas de cet avis ?

Vous avez raison. C’est la crédibilité de l’Etat qui est en jeu. Mais
ce n’est pas une raison pour lancer des accusations à la légère
contre les adversaires politiques. Lors du dernier discours sur
l’état de la nation, le Premier ministre, Paramanga Ernest Yonli,
a affirmé que les enquêtes sont en cours. J’espère donc qu’il y
aura la lumière dans cette affaire.

Depuis plusieurs années, une querelle de récépissé vous
oppose à Philippe Ouédraogo. En fait, une bataille PAI contre
PAI. A quand la fin de ces bisbilles politiques ?

Pour nous, l’affaire est terminée. Je suis surpris que le juge
permette à des gens qui ne sont plus du PAI de venir nous
embêter. Le groupe de Philippe Ouédraogo a créé le Parti pour
la démocratie sociale (PDS). Certains d’entre eux, dont
lui-même, ont été élus députés sous la bannière de ce parti.
En réalité , il ne s’agit pas d’une querelle entre Philippe
Ouédraogo et moi. Il s’agit plutôt d’une question d’application
des textes du PAI.

Le cas de l’ADF-RDA est très édifiant. Hermann Yaméogo est
un avocat ; il a compris que les textes de son parti avaient des
exigences qu’il fallait respecter. Au regard de la crise qui a
secoué fortement l’ADF-RDA, il a préféré créer l’UNDD.
Aujourd’hui, il s’abstient d’intervenir dans la scène politique au
nom de l’ADF-RDA. Pourquoi Philippe Ouédraogo refuse-t-il de
faire autant ? Me Bénéwendé Sankara était à la CPS avec Ernest
Nongma Ouédraogo. Il a démissionné et créé l’UNIR/MS. Il ne
se réclame plus de la CPS. Pourquoi Philippe Ouédraogo tient-il
mordicus au PAI ? Je ne comprends pas la raison pour laquelle
le juge Jean-Baptiste Ouédraogo continue de le recevoir. On ne
peut pas appartenir à deux partis politiques à la fois. C’est
comme aux élections : un homme, une voix. Philippe ne peut
pas être du PDS et être Secrétaire général du PAI.

Le dernier livre que vous avez lu est-il d’ordre politique ?

Bien sûr ! Il s’agit de "La vie de Karl Max" écrit par Mehring, un
auteur allemand. Je l’ai lu et relu. C’est un livre très intéressant.

Quelles leçons en avez-vous tirées ?

La leçon peut se résumer en une phrase : pour qu’il y ait des
transformations positives dans la société, il faut la démocratie.
Le PAI essaie, autant que possible, d’appliquer le
marxisme-léninisme au Burkina. La lutte pour les libertés
individuelles et collectives est une constante chez nous. Nous
les défendons au risque de notre vie.

Propos recueillis par Hervé D’AFRICK
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