Actualités :: Candidatures multiples de l’oppsoition : Faut-il que celle-là s’autoblâme ou (...)

A mesure que 2005 approche, les débats autour de la présidentielle deviennent de plus en plus passionnants, et pire, de plus en plus passionnés. C’est ainsi que ces temps-ci, deux faits font l’objet des plus âpres polémiques au sein de la cité burkinabè : l’éligibilité ou l’inéligibilité (c’est selon) de Blaise Compaoré à la candidature à la magistrature suprême au regard de l’article 37 de la Constitution d’une part et d’autre part la question de la candidature unique ou des candidatures multiples des partis d’opposition à la prochaine présidentielle.

En ce qui concerne le premier point (qui n’est du reste pas le point central de notre préoccupation du jour), ceux qui affirment que dix-sept ans au pouvoir, c’est trop et que Blaise Compaoré ne devrait pas se représenter ont raison.

Pour preuve, les rien que quatorze ans du président Sangoulé Aboubacar Lamizana ont été vécus par nombre de Voltaïques comme une éternité.

Que dire de dix-huit ans auxquels il faut peut-être ajouter cinq ou dix ans ? Même si, rapportée sur l’échelle de la construction de la nation, ce n’est rien, c’est beaucoup sur celle de l’Etat, et (particulièrement) sur celle des présentes générations, c’est même trop ; quand on intègre les traumatismes causés à notre peuple par l’Etat d’exception révolutionnaire (et les survivances de ce système sous l’Etat de droit démocratique et libéral) dont l’actuel chef de l’Etat a été l’un des principaux animateurs, c’est même "trop trop".

La sagesse aurait donc voulu, de notre point de vue, qu’il se retirât dans son palais de Ziniaré, d’où il ne pourrait d’ailleurs manquer d’influer sur la conduite des affaires de la nation.

Mais ça c’est du point du vue de la sagesse telle que nous la concevons ; non du droit tel que nous le comprenons ; l’article 37 et les autres portant sur le sujet ne contenant aucune référence à la rétroactivité de cette règle de droit. Or, si la sagesse est fortement recommandée dans la gestion d’un Etat, c’est en dernier ressort le droit qui décide.

Et sur ce plan, à notre entendement (non exempt d’erreurs), Blaise Compaoré peut briguer un autre mandat, voire un deuxième autre mandat ; à moins que le rapport de forces à l’Assemblée nationale ou dans la rue (comme en 1998, 1999, 2000) ne conduise à une autre révision dudit article. Alors dans ce cas, le droit coïnciderait avec la sagesse. En attendant, c’est à lui (Blaise Compaoré) que revient la décision.

S’agissant du second point, ils sont nombreux les militants des partis politiques à regretter, déplorer et même condamner l’incapacité desdits partis à se choisir un seul et unique candidat, à se mobiliser autour de lui et à assurer ainsi une alternance démocratique à notre peuple.

Ils vivent les querelles au sein de l’opposition comme des disputes byzantines qui font l’affaire du pouvoir et notamment de Blaise Compaoré, qui se nourrissent et s’engraissent politiquement de cet état de fait.

Aussi certains ont-ils le profil bas, rasent les murs, critiquent leurs leaders et blâment l’opposition dans son ensemble pour son incapacité à se choisir un candidat unique à l’instar de ce qui s’est passé au Sénégal avec Maître Abdoulaye Wade.

Au sein de l’opinion, il s’élève également des voix pour blâmer l’opposition pour les mêmes raisons.

Si l’on comprend sans trop de difficultés cette réaction, qui se justifie par le fait que l’on risque de rejeter aux calendes grecques toute possibilité d’alternance, on s’aperçoit en train de nuancer ses propres positions quand on prend en compte les éléments suivants dans le constat, l’interprétation et l’analyse des faits :

Un parti politique naît pour conquérir et gérer le pouvoir au nom du peuple (au moins en principe). Il entend le faire tout seul ;

notre pays a renoué avec la démocratie libérale, il y a moins de quinze ans. C’est dire si les dirigeants de l’opposition ne se sont pas sufflisamment frottés et connus au-delà des généreuses idées générales développées dans les déclarations officielles ;

le fait d’avoir un adversaire (voire un ennemi) commun ne fait pas de deux personnes des amis. Car l’amitié, ce sont d’abord comme dirait l’autre des relations d’affinités positives qui lient deux personnes au moins ;

non pas à partir de l’adversité, de l’inimitié ou de la haine qu’elles entretiennent à l’endroit d’une même tierce personne, mais à partir de leurs propres points de ressemblance, de dissemblance et de contradiction ;

l’alliance entre partis est dictée par le fait que, reconnaissant que pris isolement personne ne peut vaincre l’adversaire commun, on se met ensemble sur la base d’un accord pour aller à une élection. C’est donc une approche tactique (mais non une attitude stratégique) qui sous-tend le système des alliances.

Pendant qu’un parti politique est gouverné par la stratégie et non par la tactique. Cette différence (voire cette contradiction) de fond est en elle-même porteuse de germes de dissension entre partis politiques ;

l’expérience sénégalaise dont on parle tant a commencé depuis la fin des années 70 et le début des années 80 et c’est vingt ans après que le "sopi" a vaincu le Parti socialiste.

Certes, à moins d’être un théoricien borné de l’évolutionnisme, on ne peut affirmer que le Burkina devrait mettre autant de temps. De toutes façons "aux âmes bien nées, dit-on, la valeur n’attend point le nombre des années" ; mais autant cela peut advenir en moins de vingt ans, autant cela peut intervenir plus de vingt ans après.

Si l’histoire est en partie due à la volonté des peuples, qui en sont l’alpha et l’oméga, nous ne pouvons ignorer qu’il y a une marge d’incertitude qui hante le cours de la vie des sociétés et qui nous amène à être plus nuancés dans nos prises de position ;

le caractère composite de la configuration idéologique de l’opposition burkinabè ne facilite pas non plus les choses.

Libéraux, sociaux-démocrates, sankaristes et autres partis hors de cette classification de type classique ne sont pas faciles à concilier, à sédimenter afin de produire un candidat qui, à défaut de faire l’unanimité, réunirait la majorité ;
enfin, les actions multiformes du pouvoir (et c’est de bonne guerre) qui n’a pas intérêt à ce que l’opposition soit unie.

Au regard de tout cela, on peut et on doit comprendre que quelque part la volonté ne manque pas aux leaders de se choisir un candidat unique, mais pour l’instant, ils ploient sous divers déterminismes qui ne rendent pas leur tâche aisée. Soit, ce n’est pas pour cela qu’il faut les disculper, mais il convient de leur accorder des circonstances atténuantes.

En effet, il n’est pas facile d’être un leader politique au Burkina. Ça l’est encore moins quand on est de l’opposition.

Zoodnoma Kafando
L’Observateur

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