Actualités :: Achille Tapsoba : "Nous ne sommes ni les premiers, ni les derniers, à (...)

Philosophe de formation, Achille Tapsoba, député à l’Assemblée nationale, reste à bien d’égards, l’une des matières grises du CDP. Nous l’avons rencontré pour qu’il évoque le raisons qui ont prévalu à la révision du code électoral.

Vous êtes depuis quelque temps sous les feux de la rampe, pour avoir été un des initiateurs d’une proposition de loi ; quel effet cela vous fait-il ?

Permettez-moi d’avoir de vous remercier et d’apprécier positivement votre démarche, qui me permet de lever quelques équivoques dans l’interprétation de notre initiative de révision du code électoral.

Le premier effet, c’est le sentiment d’avoir accompli un devoir militant et exercé mon rôle de parlementaire. Le second effet, c’est qu’en tant que citoyen comme les autres, j’estime avoir apporté une contribution à la vie politique de mon pays même si cette contribution peut être interprétée diversement.

Le seul regret que j’ai, c’est d’avoir constaté que la plupart des attaques ont été portées sur nos personnes et à travers nous, sur notre parti, plutôt que sur les idées politiques que nous avons émises dans notre proposition de loi. Je reste néanmoins reconnaissant à tous ceux qui ont pris part au débat dans un esprit républicain, quelques soient les contradictions et les critiques qu’ils ont opposées à notre proposition. Tant qu’on est en République, il y a des débats et des contradictions ; pourvu que tout cela se mène dans l’esprit et le cadre républicains.

Revenons à cette loi qui alimente les débats. Qu’est-ce qui vous a guidé à la proposer ?

C’est d’abord une question de responsabilité. Tout comme en 1999, le CDP a consenti en toute connaissance de cause à des réformes politiques qu’il a estimées nécessaires pour l’avancée de la démocratie, aujourd’hui, la révision du code répond à une nécessité de corriger des insuffisances tant au niveau organisationnel (ONEL, codification de l’intervention de l’administration, publique) qu’au niveau du mode de scrutin des élections municipales (locales) et des circonscriptions électorales ayant exclu de la représentation nationale lès populations de certaines provinces.

Comme nous l’avons dit et fait, nous n’avons touché à aucune disposition du code électoral, qui garantit la transparence et l’équité des élections (bulletin unique, mode d’inscription sur les listes, encre indélébile.. .).

Quant aux aspects relatifs au mode de scrutin et aux circonscriptions, ils ne peuvent faire l’objet d’unanimité de la classe politique tant que les visions et les visées politiques sont divergentes et restent le fondement du pluralisme politique. Et on oublie à dessein que consensus n’est pas unanimité et qu’absence de consensus ne signifie pas absence de démocratie.

C’est dire qu’aucun parti politique qui accéderait à la majorité ne pourrait s’empêcher d’imprimer sa vision propre sur les circonscriptions et les modes de scrutin. Et ceux qui nous font le mauvais procès aujourd’hui seront victimes de ce même procès demain.

Nous sommes en démocratie : c’est la majorité qui perd quelque chose pour devenir minorité, et la minorité qui gagne quelques chose pour devenir majorité. Mais on oublie que celui qui fait perdre ou qui fait gagner aux élections pour peu que soient garanties la transparence et l’équité, c’est le peuple et précisément les électeurs.

Estimez-vous que le code électoral modifié qui a été testé une seule fois méritait réellement d’être toiletté ?

On n’arrêtera peut-être jamais de toiletter un code électoral. Dans les démocraties qui ont plus de cent ans, le code électoral subit encore des modifications. Si le terrain politique est perpétuellement mouvant, ce ne sont pas les règles de son jeu qu’on peut rendre figées. Je n’apprends rien à personne et je parie que même si le Bon Dieu élabore un code électoral, il s’en trouvera des politiciens pour en exiger la révision. C’est la politique qui est ainsi faite, et le Bon Dieu le sait plus que nous.

Quant à la thèse de la testabilité avant la révision, c’est une question de choix méthodologique, qui tient compte du fait que la politique n’est pas une science expérimentale. Elle tient bien sûr compte de l’expérience sans en faire une condition sine qua non de validité. Dans ce domaine, nous ne sommes pas les premiers ni les derniers, et pour prendre un exemple proche de nous, le code électoral du Sénégal a été révisé 16 fois en sept ans (de 1992 à 1998) alors que le nôtre l’a été huit fois en dix ans.

D’aucuns, notamment l’opposition, ont une autre lecture de cette révision : remise en cause du consensus national, recul de la démocratie… Votre commentaire ?

Ce sont des critiques, des attaques et des accusations auxquelles nous avons déjà réagi. C’est leurs appréciations et leurs positions politiques et je les respecte bien qu’ils n’aient pas réussi à argumenter dans le fond ces points de vue.

J’estime que l’opposition a usé de son droit constitutionnel en refusant notre proposition dans le cadre des débats et des procédures républicains. Nous aussi avons usé d’un droit constitutionnel et agi en conformité avec les lois et les procédures républicaines. Si c’est cela faire reculer la démocratie, je ne sais plus de quelle démocratie on parle.

Il y a aussi ceux qui affirment que le CDP a peur avec l’ancien mode de scrutin...

Je ne peux empêcher qui que ce soit de penser ce qu’il veut du CDP. Si d’aucuns pensent que le CDP a peur de la proportionnelle au plus fort reste, c’est leur droit de penser ainsi. Mais cela ne donne pas force de réalité à de tels jugements.

Ce qui est clair, c’est que le CDP n’a pas remis en cause ce mode de scrutin pour les législatives à venir. Le CDP pense que ce mode est bon pour les législatives, mais pas pour les municipales. C’est son droit de le penser ainsi et c’est le droit des autres de penser le contraire. C’est cela aussi la démocratie.

Lors du vote le 27 avril dernier, vous avez pris la parole, et vous vous êtes. appesanti sur ce qu’on est obligé d’appeler la dictature de la majorité et l’application de la Constitution. Ne pensez-vous pas que la majorité peut se tromper ?

Si vous êtes obligé de qualifier cela de dictature de la majorité, c’est que vous savez ce qui vous y oblige. A moins que vous préfériez la dictature de la minorité sur la majorité. Auquel cas il vaut mieux tout recommencer au Burkina : redéfinir la démocratie, refaire une autre Constitution avec de nouvelles règles électorales où on déciderait de « jouer à qui perd gagne ».

Si la majorité peut se tromper, la minorité peut également se tromper. Dans tous les cas de figure, l’Homme est un animal qui se trompe. Je vous rappelle que nous ne sommes dans un gouvernement des dieux et c’est pourquoi, même les penseurs les plus émérites de la démocratie reconnaissent cette vérité : il n’y a pas de système politique parfait, mais la démocratie est le moins mauvais de tous les systèmes politiques.

Avec la province comme circonscription électorale, un rapide calcul fait entrevoir que l’ombre du « tuk guili » plane : au bas mot, le CDP se retrouverait avec 80 députés. Qu’en pensez-vous ?

Ce que vous appelez le « tuk guili » ne peut plus être une réalité politique dans notre pays, à moins qu’il y ait un cataclysme politique, ce qui n’est pas souhaitable. . Je voudrais vous rappeler qu’avant les élections législatives de mai 2002 et malgré le changement du mode de scrutin et des circonscriptions électorales, le CDP escomptait une majorité confortable mais s’est retrouvé avec une majorité limite.

Ceux qui pensent a priori que le retour à la province sera à l’avantage écrasant du CDP doivent s’inspirer des surprises du scrutin passé. C’est dire que quelle que soit votre capacité de prévision, une compétition électorale garde son côté insondable et réserve toujours des surprises. Il ne faut jamais mésestimer ni sous- estimer l’électorat

La présidentielle de 2005 se rapproche et les débats font rage autour de l’article 37 de la Constitution. Votre avis de philosophe et de parlementaire…

Les débats sur l’article 37 de la Constitution n’appellent de ma part ni un avis de philosophe, ni celui de parlementaire. Ce n’est pas une question d’opinion, mais de droit, qui se règle dans et par le droit. En tant qu’amateur de philosophie, je souhaite que le droit soit dit, rien que le droit et tout le droit En tant que parlementaire, je souhaite que force reste à la loi.

Estimez-vous que les politiques burkinabè jouent vraiment leur rôle ?

Les politiques burkinabè se battent chacun à sa manière, chacun selon ses possibilités, et ensemble selon une même volonté : construire le Burkina Faso maintenant pour qu’il y fasse bon vivre pour les Burkinabé de demain.

Dieudonné Zoungrana
L’Observateur Dimanche

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