Actualités :: Mgr Jean-Marie Compaoré : « Je suis à 110% pour l’alternance, mais qui, en (...)

Après les politiques, les leaders de la Société civile, Sidwaya a reçu le 17 mai dernier son premier invité du monde religieux, en la personne de Monseigneur Jean Marie Untaani Compaoré archevêque de Ouagadougou.
A soixante onze ans le 29 juillet prochain, l’archevêque de Ouagadougou ne fait pas son âge malgré le mal de pied qu’il traîne depuis quelques temps. L’homme d’Eglise s’est prêté à toutes les questions des journalistes. Sans faux-fuyants.

L’Eglise, on le sait, parle toujours à temps. Même si par moment pour des contingences, elle peut le faire à contre temps.

Mais toujours avec la même quête de vérité, de franchise. Prêt de trois heures durant, les journalistes de Sidwaya l’auront constaté. La tradition a été respectée, de sorte que les réponses de l’écclésiaste sur les grandes questions du moment au plan national, sous-régional et international sonnent comme un testa.

Sidwaya (S.) Quelle lecture fait l ’Eglise du récent procès sur la tentative de déstabilisation du pays ?

Monseigneur Jean-Marie Untaani Compaoré (J.M.C.) : Je remercie les Editions Sidwaya pour cette heureuse initiative de " L’Invité de la Rédaction " qui lui permet d’approcher les citoyens de toute condition et de tout bord pour leur donner de s’exprimer à propos de tout ce qui les concerne comme de tout ce qui concerne la vie autour d’eux.

Cela fait déjà un bout de temps que suis sollicité à venir prendre la parole comme " Invité de la Rédaction ". Jusqu’à présent j’avais réussi à m’esquiver. Me voici aujourd’hui sur la sellette.

Concernant le putsch, j’ai appris la nouvelle quand j ’étais en Italie. J’étais malade et je suis resté cinq mois dans ce pays pour des soins. C’est en suivant l’actualité nationale à travers le net que je l’ai su, car pratiquement chaque jour, j’allais sur le net vivre ce qui se passait au pays.

Je suis un " homme d’Eglise ", mais je ne prétends pas ici répondre au nom de l’Eglise, surtout sur des sujets de ce genre. C’est plutôt des sentiments personnels que je vous livrerai. Chaque homme dtEglise ou même chaque simple chrétien ayant sa lecture des événements et de celui-ci en particulier.

Dès que j’ai appris la nouvelle, à la suite de bien d’auteurs d’articles des journaux, un point d’interrogation s’est imposé à moi : " cela est-il vrai ou manœuvre du pouvoir ? ". La question est restée longtemps posée jusqu’à ce que se déroule le procès.

Personnellement, au début, je n’ai pas voulu donner une grande importance à cette tentative de putsch. Je me suis dit : un putsch chez nous aujourd’hui au Burkina, c’est malheureux ! Cela veut dire en effet que l’on interrompt, une fois de plus, un mouvement dans ce pays qui est toujours à la recherche des voies de son développement.

J’ai accueilli de toute façon la nouvelle et j’ai continué d’en suivre les péripéties à travers les écrits se notre presse.
Le verdict du procès, je l’ai également suivi. J’étais de retour d’Italie. Dans une affaire comme celle-ci, qui a été stoppée et n’apparaît que comme " tentative " je pensais, comme beaucoup d’autres citoyens sans doute, que la Justice ne devra pas être dure. Des gens qui vivent des situations difficiles finissent toujours par dire qu’il faut que ça change. C’est ainsi la vie, que voulez-vous ?

Il y en a qui ont réussi leur coup, d’autres pas ! Beaucoup de changements dans nos pays, malheureusement, sont intervenus à la suite de ces putschs. Ce qui est arrivé au Burkina n’a rien d’extraordinaire ou d’exceptionnel. Il nous faut admettre que dans une société démocratique, chacun a droit à la parole et doit être écouté même si ce qu’il dit ne peut être pris en compte. Certes la violence, les tueries ne sont pas des moyens à recommander dans la quête des solutions aux situations insupportables, mais il faut avoir le courage de regarder les choses et de se rendre compte que bien souvent l’on accule les gens à l’emploi des moyens réprouvés, en ne sentant pas leurs appels désespérés au changement.

S. Monseigneur, avec le verdict du procès, selon vous, c’est une manœuvre ou pas ?

J.M.C. Je m’attendais à ce que la presse me le dise, elle qui dès les débuts est souvent revenue sur la question. J’ai donc été moi-même étonné du silence de la presse sur cette question qu’elle a posée. Des gens ont avoué avoir essayé de déstabiliser le pays, cela veut dire que la nouvelle annoncée était fondée. Maintenant tous ceux qui ont été interpellés, y étaient-ils impliqués ?

On a eu l’impression que le cercle des putschistes était limité Et que la tentative de putsch elle-même n’avait pas l’ampleur que l’on a voulu lui donner ou faire croire. La preuve, dans le verdict un certain nombre de gens ont été relaxés purement et simplement. Je m’attendais à ce que la presse, en réponse à ses insinuations dès la nouvelle du putsch, en souligne le bien-fondé tout en faisant remarquer que le putsch était de moindre ampleur. Cela fait du bien au cœur de ceux dont on avait immédiatement mis en doute la sincérité.

S : En Côte d’Ivoire, le Cardinal Agré a pris clairement position dans les débats sur l ’ ivoirité. Cela ne veut-il pas dire que l’Eglise ne s’éloigne pas de la politique ?

J.M.C. : Le cardinal Agré est un ministre insigne de l’Eglise, il n’est pas pour autant l’Eglise de Côte d’Ivoire, encore moins l’Eglise universelle. Justement dans des prises de position comme celle que vous évoquez, il faut savoir distinguer l’Eglise et les " hommes d’Eglise ". Si l’ivoirité est une question politique, certes le cardinal Agré aura eu des prises de positions sur la question qui nous ont mis dans la gêne..

S. : Nous allons revenir sur le procès. Il a tout de même montré qu’il y a un disfonctionnement dans l’armée. Quel est votre commentaire ?

J.M.C. : Je réagis comme l’homme de la rue. Lorsqu’on touche à l’armée dans nos pays ça devient délicat. L’armée, cependant, est constituée de personnes comme nous. Elle a une discipline à observer, mais cela n’empêche pas que chaque militaire ait sa façon de penser, de voir, comme d’apprécier.

Ainsi, des " citoyens en armes " ont réussi à obtenir un consensus autour d’eux pour faire des coups. Notre armée a beaucoup de problèmes. Sous aucun prétexte l’on ne doit fermer les yeux là-dessus. On table beaucoup sur le fait que les militaires ne doivent qu’obéir, et exécuter les ordres. On feint ne pas savoir que ces gens ont une existence de citoyens. Ils ne sont pas là comme des êtres sans intelligence ni jugement, occupés simplement aux choses de défense du pays. Alors que l’on ne s’étonne pas que ça puisse bouillonner au sein de l’armée.

Je ne pense pas qu’on puisse concevoir une armée monolithique sur le plan des pensées comme des appréciations des choses de la vie !

S. L’actualité brûlante ce dernier temps est la révision du code électoral. En tant qu’homme d’Eglise qu’est-ce que vous pensez de cette révision ?

J.M.C. : Depuis longtemps on a commencé à en parler. Comme si on lançait des sondes pour voir ce que pensent les gens.
Dès le début, je me suis dit que ce ne serait pas une bonne chose, dans la mesure où le système que nous avons vécu avait permis une représentativité valable, notamment au sein de l’Assemblée Nationale.

Ne faut-il pas favoriser cette représentativité à tous les niveaux ? Si les débats à l’Assemblée Nationale, sont crédibles, relativement plus crédibles, c’est compte tenu de cette représentativité des différents partis. Je pense qu’il fallait dialoguer pour arriver à un consensus. Il y a certaines façons de faire de " la majorité " qui créent des problèmes, lesquels font partie des problèmes qui nous ont conduit à la " Journée Nationale de Réconciliation ".

Il nous faut accepter revenir sur ces façons de faire qui ridiculisent ou vous font sentir votre inutilité. On ne peut pas nier que dans un pays une majorité confortable se crée et dirige les affaires. Elle ne doit imposer son diktat que dans les questions où réellement les alternatives n’en valent pas la chandelle.. Je parle en profane, mais je suis sensible aux conséquences décriées de ce retour à un Code Electoral qui va favoriser le " tuk gilli "

Maintenant , il paraît que c’est au niveau des mairies ou des provinces qu’on veut prévenir les émiettements ! Pour moi, la loi a été votée mais elle laisse un goût un peu amer. C’est la politique ! Je ne veux juger personne. Que l’on me permette de réagir en électeur qui, les élections passées, n’a plus rien à dire sinon subir plus que cautionner la loi de ceux qu’il a élus.

S. Dans la même lancée la candidature probable de Blaise Compaoré pour la présidentielle de 2005 est déjà contestée par certains partis politiques. Quelle est votre lecture de la situation ?

J.M.C. :Là, vous allez m’avoir !. A propos de cette question, chaque citoyen a sa petite idée là-dessus. Concernant la probable candidature de Blaise Compaoré, la loi ne s’y oppose pas, dit-on. Là également, je réagis en simple citoyen. Blaise Compaoré est au pouvoir depuis 1987, si je ne m’abuse. Je reconnais ses capacités de gérer ce pays, qui n’est pas facile, soit dit en passant. Après le long temps qu’il a passé au pouvoir, il peut se dire que peut-être, en passant la main à un autre, le pays pourra aller encore plus loin.

L’alternance est une très bonne chose et je suis, à cent dix pour cent pour l’alternance dans le gouvernement des nations ! Quand on voit qu’au SénégaL par exemple, Senghor avait passé la main à Diouf sans problème, qu’en Afrique du Sud Nelson Mendela a cédé volontairement le siège présidentiel à Tabo M’Béki, on se met à rêver !

Il est vrai que trop d’acteurs politiques nous ont donné trop souvent à croire que quand ils se battent pour le pouvoir ou simplement " le poste " ce n’est pas pour servir mais…pour tout autre chose. Oui, malheureusement à tous les niveaux, c’est la lutte pour se hisser à la tête. Mais pourquoi faire ? Certainement occuper une place. C’est bien mais ça ne suffit pas.

Si le président Blaise Compaoré, aujourd’hui, décide de se représenter, après le temps qu’il a passé à la Présidence de ce pays, ces chances résident dans le fait que, quand on fait le tour de nos politiciens présidentiables, l’on peut se demander qui d’entre eux pourra réellement gérer ce pays, car comme je l’ai dit plus haut, ce pays n’est pas de gestion facile. L’on me représentera que si Blaise n’est pas là aujourd’hui on trouvera bien un burkinabe pour gérer ce pays. Ce qui est tout à fait vrai. Blaise présent cependant, la question ne peut pas ne pas se poser, à moins qu’il en décide autrement lui-même. Encore une fois, ce n’est pas l’Eglise qui parle mais c’est Jean Marie Compaoré.

S. Monseigneur, on est évêque, cardinal à vie ?

J.M.C : Mais cela n’est pas politique (rires). Il y a souvent des gens d’Eglise qui sont pressés d’arriver au terme de leur mandat et donner leur démission. J’ai été évêque assez tôt. J’ai fais 6 ans à Ouagadougou comme auxiliaire et 16 ans à Fada. Je suis revenu il y a bientôt 9 ans à Ouagadougou. Imaginez-vous si j’étais resté dans un seul diocèse depuis 1973, je comprendrai en tout cas l’agacement ou la fatigue du peuple chrétien.

S. : Les démocraties occidentales ne s’embarrassent pas toujours de la durée du mandat de leurs premiers élus. Cas de l’Allemagne, de la Grande Bretagne etc. Pourtant chez nous, cela semble poser problème. Mais quand les dispositions constitutionnelles n ’interdisent pas une candidature, est-ce normal ?

J.M.C. : Dans la mesure où la loi permet à un responsable de postuler à son poste , c’est au responsable de décider s’il postule ou pas. S’agissant du poste de Président d’un pays, c’est au peuple d’en décider par le verdict des urnes, une fois la décision de postuler prise.

Ainsi, je pense que dans le cas du Président Blaise, c’est le verdict des électeurs qui comptera. Si la majorité du peuple décide que Blaise Compaoré demeure notre président, au cas où, bien sûr il décidera de se représenter, je pense qu’on devra accepter le verdict des urnes. On n’aura pas à le lui reprocher parce qu’il ne se sera pas imposé de quelque manière que ce soit.

S. On a aussi évoqué le problème ivoirien. Tout récemment vous avez rencontré les évêques ivoiriens. Qu ’est-ce qu ’on peut retenir de cette rencontre pour la recherche de la paix ?

J.M.C. Quand de retour d’Abidjan notre délégation d’évêques a été en rendre compte au Président du Faso, il a apprécié positivement notre démarche auprès de nos frères évêques ivoiriens et je retiens cette phrase qu’il a dite : " Pour dénouer des situations de ce genre, il ne suffit pas d’une médiation, il en faut beaucoup ! ".

Notre rencontre s’est située dans le cadre des initiatives pour amener la paix dans le pays frère de Côte d’Ivoire.
Lorsque nous avons demandé cette rencontre avec nos collègues ivoiriens, c’était, il y a de cela une année, au plus fort des affrontements sanglants entre certaines ethnies ivoiriennes avec les immigrés burkinabe.

En tant qu’autorités de l’Eglise, nous nous étions dit qu’en allant rencontrer les Evêques de Côte d’Ivoire, cela pourrait constituer un signe fort pour les populations ivoiriennes et burkinabe immigrés. Nous avons fini par nous rencontrer en février dernier et l’occasion a été donnée à chaque Conférence Episcopale de dire comment elle a vécu la crise.

Des évêques sont intervenus pour donner des compléments. Nous avons relevé des gestes et des paroles d’autorités ecclésiastiques qui nous ont déçus. C’est notamment l’emploi abusif du terme " étranger " par des pasteurs d’une Eglise-Famille. Cela a créé des problèmes aux émigrés, mêmes chrétiens, vivants en en Côte d’Ivoire. Nous avons souligné le fait que les deux pays étaient liés par l’histoire, mieux, que l’Eglise au Burkina Faso était la même que celle de Côte d’Ivoire et de ce fait les chrétiens burkinabe notamment se retrouvaient parmi des frères et des sœurs en Côte d’Ivoire.

En somme, nous avons essayé de renforcer nos liens de famille et de redéfinir la position de l’Eglise qui, dans cette crise, ne pouvait qu’être du côté des faibles et surtout pas épouser les thèses de l’un ou l’autre camp, mais chercher à apaiser et réconcilier les frères ennemis.

Notre foi commune au Christ, est une chance de paix pour la Côte d’Ivoire ! Depuis le début de la crise, en effet, les chrétiens, toutes ethnies confondues, sans distinction de rebelles, de gens du Sud, de maliens, de burkinabe etc. ne continuent-ils pas de se retrouver tous les dimanches, dans les Eglises pour prier et louer Dieu ? Pourquoi faut-il qu’une fois en dehors de l’Eglise, on ne se salue plus, on parle mal et chacun se range dans son camp ? Si nous faisions l’effort d’être conséquents avec notre foi au Christ, les problèmes trouveraient un début de solution.

A l’issue de nos échanges, ceux qui ont écouté le cardinal Agré à Radio france Internationale (RFI) se sont étonnés du langage nouveau qu’il tenait.. Je ne doute pas qu’il fût de bonne foi.

S : Est-ce que ce discours n’est pas parce qu’il est au bord de la démission ?

J.M.C. : Chez nous, on ne démissionne pas ainsi. C’est à 75 ans que les Evêques sont admis à écrire au Pape pour donner leur démission. Et c’est le Pape qui décide. Que ce soit dans l’Eglise de Côte d’Ivoire ou en dehors, je ne vois pas qui va pouvoir faire pression sur le cardinal Agré pour qu’il donne sa démission.

S. : Est-ce que vous avez le sentiment que les populations africaines vivent la foi chrétienne ? On a en mémoire ceux qui ont été massacrés au Rwanda parfois avec la complicité des hommes d’Eglise ?

J.M.C. : Les événements du génocide au Rwanda ont été comme un coup de massue pour l’Eglise. Qui que l’on soit, dans l’Eglise, si l’on veut être un authentique disciple du Christ, il faut vivre l’amour du prochain dans la certitude acquise de la foi que nous sommes fils du même Père, appelés tous à être en0semble pour vivre en communauté unie.

S. L’Eglise n’anticipe pas souvent les grands événements dramatiques...

J.M.C. S’il y a quelque part où l’on anticipe les événements, c’est bien dans l’Eglise ! Voyez toute la formation chrétienne dispensée à tout moment. Face aux événements dramatiques du monde, les chrétiens ont l’air perdu comme tout le monde. Cela parce qu’ils ne vivent pas profondément leur foi.

Oui, on a l’impression qu’on n’anticipe rien. Mais à longueur d’année on forme par la prédication, les retraites…A quoi sert tout cela si on le vit pas dans son quotidien ?

S. : La guerre en Irak, au Proche-Orient Est-ce que l’Eglise a des solutions ?

J.M.C. : On a beau dire que Saddam Hussein est un mauvais président, mais le débarquer de cette façon n’est pas bon ! Tant que des gens décident d’être, eux, la norme à laquelle tout le monde doit se conformer et cela parce que simplement ils ont les moyens pour contraindre, ce n’est pas juste !.

Le Proche-Orient. Israël et la Palestine se sont emprisonnés dans un cycle infernal de violences et de tueries. J’écoute compter de part et d’autre, et au jour le jour, les morts. Mais à quand la fin de tout cela ? Là également ce se sont les interventions externes qui aggravent tout. Des choix ont été imposés aux populations. Convaincu que l’on ne peut faire le vrai bonheur de quelqu’un sans lui et pire contre son bon vouloir, je pense qu’il faut laisser aux gens la liberté de leurs décisions.

S. : Vous avez pris un décret pour réglementer la pratique des funérailles chrétiennes. Avez-vous le sentiment d’être bien compris par la communauté chrétienne ?

J.M.C. : L’organisation des funérailles chrétiennes s’est révélée un test pour notre communauté chrétienne. Pour prendre ces décisions, notre Eglise-famille, à travers ses représentants, s’est retrouvée pendant près d’un mois pour réfléchir, dans le cadre de l’enracinement de la foi chrétienne, sur l’important sujet de la pratique des funérailles et trouver comment faire prendre en compte par notre foi cette pratique coutumière très significative en elle-même.

Vu que le sens des funérailles dans nos traditions ne collait pas à notre foi, pour faire de cette bonne pratique une pratique chrétienne, il a fallu que nous lui donnions un sens qui soit en accord avec notre foi. Du coup nous ne célébrons plus les " funérailles traditionnelles ou coutumières ", même s’il nous arrive de parler de " kuuré ", mais nous célébrons des " funérailles chrétiennes " Les vrais chrétiens qui ont compris cela, n’ont rien contre nos " funérailles chrétiennes ". Ils en comprennent et acceptent toutes les dispositions édictées.

L’effort d’inculturation que nous avons fait en la matière doit s’amplifier et nous donner de vivre un christianisme non pas superficiel ou de façade, mais un christianisme enraciné, faisant des chrétiens " le sel et la lumière " de leur milieu de vie, de travail comme de loisir, autrement dit, faisant des chrétiens des éléments efficaces pour la transformation de leur monde.

Si nous n’arrivons pas à intégrer nos bonnes coutumes et nos réalités de vie à notre foi, nous risquons de vivre le drame de l’Eglise de l’Afrique du Nord. Elle était très florissante mais elle a été soufflée par l’Islam, justement parce qu’elle ne s’était pas enracinée, notamment dans la langue et la liturgie. Après cent ans d’évangélisation, notre foi doit s’inculturer.

Pour en revenir aux " funérailles " Voici la réflexion qui a été faite. Chez les mossi, la célébration des funérailles est importante car, pense t-on, le défunt ne peut rejoindre les ancêtres que par le moyen du " kuuré " qui est comme la clé de la demeure des ancêtres. Le moaga chrétien croit qu’après la mort, le défunt est immédiatement jugé et va ou au ciel, ou en enfer ou au purgatoire (en attendant de rejoindre le ciel). Pour le moaga chrétien, les funérailles telles que comprises dans la coutume n’a plus de raison d’être. S’il veut faire des funérailles, c’est-à-dire, faire quelque chose autour du défunt, il faut qu’il trouve à son geste un autre sens. Nous avons voulu garder la pratique des funérailles en christianisme mais en leur donnant un nouveau sens en accord avec notre foi chrétienne.

Quand quelqu’un meurt, il se passent deux événements concomitants : il quitte la terre et notamment ses parents et amis et en même temps il naît au Ciel. Pour les proches de la personne décédée, la séparation est trop dure, dramatique. Le départ, la séparation impose la tristesse. On pleurera le mort et on l’enterrera. Plus tard, quand les larmes auront séché, on choisit un jour où l’on peut se retrouver avec les parents et les amis pour fêter maintenant, mais en différé, la naissance au Ciel du défunt. Ce sera la célébration des " funérailles du chrétien décédé "ou ses " funérailles chrétiennes ".

Comme vous pouvez le voir, ceux qui s’opposent aux funérailles chrétiennes, c’est soit qu’ils demeurent païens et ne donnent pas aux funérailles son sens chrétien de fête de l’entrée au ciel du défunt, soit que ne participant pas activement à la vie de la communauté chrétienne, ils ne sont pas au parfum des choses décidées par la communauté. On est souvent baptisé mais on reste fondamentalement païen. On est baptisé mais on participe très peu à la vie de la communauté chrétienne.

S. : Que deviennent les messes de requiem ?

J.M.C. : C’est une autre question. La prière pour les défunts, est une pratique ancienne, fondée du reste notamment sur le récit biblique du 2ème livre des Maccabées (12, 38 à 45)

Ces gens morts sont partis, dit-on, et leur sort irrémédiablement scellé. C’est vrai, mais nous raisonnons en humain. En Dieu, il n’y a pas d’avant, d’après ou de pendant, Dieu est et c’est tout. Quand nous prions pour quelqu’un, voulant notamment que Dieu intervienne en sa faveur, Dieu a tout cela sous les yeux dans un éternel présent. Aussi peut-il exaucer une prière aujourd’hui, que nous, nous allons dire demain. Celui qui est décédé et que Dieu juge est déjà bénéficiaire en Dieu de tout ce qui sera fait pour lui les années après son décès.

Donc nous continuons, comme par le passé à demander des messes pour les défunts. Ces messes ne sont pas des messes pour les funérailles.

S. : Est-ce qu’il faut s’attendre un jour à une acceptation de la polygamie dans le christianisme ?

J.M.C. : Quelqu’un m’a fait remarquer, une fois que l’Eglise, avec le temps revient sur des positions, qu’elle tenait naguère pour inchangeables. C’est vrai, il y a des circonstances ou des situations où l’Eglise a dû s’adapter, dans certaines de ces positions. Dans l’Eglise, en effet, il y a une réflexion continue en fonction de l’évolution du monde et des choses., notamment sur divers sujets qui ne sont pas des dogmes. Les situations nouvelles nous amènent à une meilleure compréhension de certaines réalités qui commande des attitudes pratiques. Il y a des points cependant pour lesquels il sera difficile d’apporter des changements et le mariage dans son option monogamique est de ces points. Il sera difficile de revenir là-dessus. Parce qu’il signifie ce qu’il y a de sublime entre le Christ et son 1’Eglise.

S. Comment se porte l’Eglise au Burkina Faso ?

J.M.C. : Au Burkina Faso, je crois que l’Eglise se porte bien. Notre Eglise est née des missionnaires Pères Blancs. Qui lui a appris à ne pas faire les choses à moitié et à prendre la religion au sérieux. Quand on nous compare à d’autres Eglises, l’on nous trouve durs et sans concession. Nous n’en faisons pas un problème, bien au contraire. En religion l’on a affaire à Dieu et il faut vraiment que l’on soit sérieux et conséquent avec ses options.

Notre grand souci actuellement c’est celui de notre impact sur la vie socio-économique et politique de notre pays. Les chrétiens ont beaucoup à apporter à ce pays mais ils demeurent comme timides et pas assez sûrs d’eux-mêmes.

Ils sont encore nombreux ceux qui pensent qu’ils ont été baptisés pour " être sauvés ", oubliant qu’ils ont été appelés à faire partie de ceux et celles que Dieu a choisis pour qu’ils soient " levain dans la pâte ", " sel et lumière " du monde. Ce qu’ils ne peuvent bien réaliser qu’en formant " Eglise ", communauté. Avec l’option de réaliser, de vivre et de montrer l’Eglise comme " une famille ", j’ai espoir que beaucoup de frères et de sœurs arriveront à une meilleure compréhension de la vraie réalité de l’Eglise et s’y engageront pour commençer dans le cadre qui leur est le plus proche, à savoir leur CCB ou Communauté Chrétienne de Base.

S. : Si l’Eglise se porte bien du point de vue religieux, qu’en est-il de son impact surtout avec l’émergence d’autres religions ?

J.M.C. : Le christianisme est venu proposer quelque chose à vivre aux gens. Devenir chrétien, au-delà d’une religion que l’on embrasse, est un engagement à vivre en authentique disciple du Christ, dont il est dit " qu’il est passé partout en faisant le bien ". Bien d’organisations religieuses se sont inspirées de l’Eglise chrétienne en matière d’organisation des jeunes, des femmes, de la promotion de l’action sociale, etc. C’est normal. Le croyant ne saurait se désintéresser de l’homme que Dieu a créé à son image et ressemblance et qu’il veut que l’on aime au risque de ne point l’aimer lui vraiment.

J’entendais quelqu’un récemment dire ceci : " pour réussir au Burkina Faso aujourd’hui, il faut être ou du CDP ou protestant ! " (rires). Il s’agit de la réussite mondaine ou matérielle. Leur secret ? Une certaine solidarité, malheureusement discriminatoire car fondée sur des intérêts personnels bien ficelés. Bref, les catholiques sont nombreux et occupent des responsabilités les plus divers et à tous les niveaux, mais ce n’est pas auprès d’eux que des frères ou des sœurs dans la foi pourront, par solidarité dans la foi, obtenir des faveurs (rires). Il est vrai que pour nous " aimer ceux qui vous aiment , comme donner à ceux qui vous donnent ", c’est ne rien faire d’extraordinaire !

Le vrai chrétien, par principe ne marche pas dans les discriminations de ce genre. Pour un emploi, nous retenons les postulants compétents sans distinction de religion. Pour preuve, voyez combien d’adeptes des autres religions travaillent dans nos œuvres.. Nous respectons chacun dans sa foi et avons horreur de nous faire des adeptes par chantage. Ce sont toutes ces petites choses qui font que nous donnons l’image d’être ce grand arbre bien feuillu mais qui n’a pas d’ombre.

Je voudrais que les chrétiens demeurent sensibles à ce qui suit : Il ne faut pas rendre service pour tirer profit, ou à des fins de clientélisme. Un frère est dans le besoin ? Allez à son aide dans la mesure de vos possibilités sans cherchez à savoir de quel parti il est, de quelle ethnie, il est, de quelle religion il est !

S. : Quelle est l’ambiance qui règne entre le Christianisme et les autres religions ?

J.M.C. Parce que dans la société comme dans la vie, au-delà de nos appartenances religieuses, nous nous retrouvons lors des événements familiaux. Car dans nos familles, nous comptons des catholiques, comme des protestants et des musulmans. Il existe donc une tolérance à la base.

Nous responsables catholiques, nous n’avons aucun problème avec les responsables musulmans, ni avec les chefs protestants. Durant les crises quand on nous interpelle, nous responsables coutumiers et religieux, nous nous retrouvons, souvent même à l’archevêché. Des problèmes à la base, nous savons qu’il en existe. Nous nous exhortons à prêcher à la base pour plus de tolérance.

S. : Avec du recul, Si la JNP était à refaire ?

J.M.C. Si la JNP était à refaire, je le referais.
Il est vrai que beaucoup de gens n’ont pas la même compréhension du pardon que nous. Le pardon est d’abord un acte divin, c’est-à-dire que c’est un acte posé par Dieu. C’est lui qui peut pardonner et qui pardonne. Quand il pardonne, il le fait avec toute sa générosité et bonté.

Certains soutiennent qu’il faut reconnaître d’abord son tort avant d’être pardonné. Non ! Pour nous, le pardon est le préalable pour pouvoir se rencontrer. Il faut créer une atmosphère pour cela. Notre pardon ne signifie pas une méconnaissance de ce qui a été fait ni une manière de passer sur le mal qui a été fait.

La justice peut être rendue après le pardon, avec les sanctions qu’il faudra. Mais cela n’exclut pas le pardon dèsles débuts.

S. : Quelles appréciations faites-vous de la prolifération des sectes ?

J.M.C. : Vous savez, nous sommes aujourd’hui dans un monde dominé parl’argent. Tout le monde cherche l’argent et tous les moyens sont bons pour l’amasser.. Le constat que l’on fait est que les sectes sont des endroits où l’on se fait de l’argent (rires)

Dans un monde déboussolé beaucoup de gens sont perdus et ne trouvent que le cadre des sectes pour avoir les solutions aux problèmes qui les angoissent en allant poser la dîme.

En religion catholique nous savons que la dîme existe mais nous ne la demandons pas, nous ne l’imposons pas au moins aux fidèles. Ce qui ne signifie pas que nous n’avons pas besoin d’argent. Si nous imposions la dîme, nous savons que nous allons mettre beaucoup de nos chrétiens dans la gène. Celui qui croit et qui pense qu’il peut donner la dîme, qu’il le fasse.

S. Mais il y a des miracles non ?

J.M.C. : Des miracles il y en a partout. Il suffit d’être plus attentif à notre quotidien

S. Quels types de problèmes l’Eglise a avec les groupes charismatiques ?

J.M.C. : Le mouvement charismatique est un mouvement d’Eglise. Il est né surtout à partir des laïcs qui se sont organisés pour le vivre. La hiérarchie est entrée dedans petit à petit par les prêtres accompagnateurs des groupes. Le mouvement charismatique est venu dans un contexte de mutations où beaucoup de personnes ne se sentaient pas. Il faut donc veiller à ce que le mouvement charismatique ne soit pas le lieu d’évasion.

Le mouvement est bien, il a apporté une manière de prier qui prend tout l’homme. Seulement il faut faire attention pour ne pas céder aux dérives : engouement pour les messages et les choses sensationnelles.. La prière est d’abord une disponibilité à accueillir la volonté de Dieu et non une pression sur Dieu pour qu’il fasse ma volonté. Celui qui prie ne doit pas attendre la « bouche ouverte » (rires), il faut qu’il fasse aussi quelque chose. C’est ce que je disais aux Ivoiriens lors de notre rencontre : vous priez beaucoup mais il faut accompagner vos prières de gestes concrets. La prière doit changer le cœur de celui qui prie !

S. : Qu ’est-ce que l’Eglise reproche à l’Abbé Bicaba qui fait souvent des prières charismatiques ?

J.M.C. : Je suis l’évêque de l’Abbé BICABA, je ne lui reproche rien ou si peu de chose (rires). Je pense que quand dans l’Eglise on a des charismes, les plus grandes qualités demeurent l’humilité et l’obéissance, la soumission à la hiérarchie. Parce que c est elle qui est garante de l’orthodoxie du charisme quel qu’il soit.

Dans l’exercice des charismes, il faut avoir un certain discernement. et être vigilant pour ne pas laisser s’introduire comme du laisser-aller. Nous avons par exemple décidé, en synode diocésain de ne pas parler du problème de - « Sondo » (sorcellerie) dans nos communautés, car d’abord nous ne maîtrisons pas exactement le phénomène. Nous voyons seulement que là où on l’introduit, elle cause beaucoup de tort et sème la haine, l’exclusion et la violence. J’ai demandé à Mr l’Abbé Bicaba d’éviter l’emploi des mots " sôondo " et " soinyâ " dont les charges émotionnelles sont incontrolables.

S. : Certaines personnes trouvent que l’Evêque de Koudougou Basile Tapsoba est très dur. Ce qui est en train de faire reculer l’implantation de l’Eglise dans la région. Qu’en est-il exactement ?

J.M.C. Moi, je n’ai pas une telle perception des choses. Je sais que pour les funérailles, il semble que des mesures assez dures sont observées à Koudougou.. A ma connaissance l’Evêque Basile n’a pas statué quoique ce soit. Il semble que des décisions se prennent à divers niveaux et que les communautés appliquent. Je crois savoir que ce sujet des funérailles à été mis à l’étude par Mgr Basile afin de lui permettre de prendre les choses en mains pour que l’anarchie ne règne pas. Mgr Basile n’est pas du genre à durcir les choses comme vous le laissez entendre..

S. : Peut-on être franc-maçon ou de la Rose-Croix et demeurer catholique ?

J.M.C. : Non, ces croyances, pratiques ou sciences et le catholicisme ne peuvent pas aller ensemble. En effet à travers tout ce que leurs nombreux adeptes disent, et font, c’est du tout sauf de la pratique religieuse chrétienne. On y manie un vocabulaire religieux chrétien mais dont on se rend compte qu’il ne recouvre pas toujours le sens qu’on lui reconnaît en christianisme orthodoxe.

La Franc-maçonnerie et la Rose-Croix, sont des puissances souterraines dont l’influence est grande sur nos hautes personnalités et dirigeants qu’elles servent ou protègent à quelles fins ? Elles constituent de sérieux dangers pour la foi des braves fidèles chrétiens.

S. Et la relation avec l’OPUS DEI ?

J.M.C. : L’OPUS DEI est autre chose. Je ne suis pas très au courant de l’Opus Dei. Ce sont des gens, dit-on qui sont très influents auprès du Vatican. Il y a un permanent de l’Opus Dei en Côte d’Ivoire mais pas ici chez nous. Vous savez, l’Eglise est divine mais aussi très humaine. Il existe des personnes qui savent exploiter ce côté humain de l’Eglise et elles le font parfois très bien. Nous ici, nous sommes très loin avec très peu de pouvoir, aussi nous laisse t-on tranquilles.

S. A quand un cardinal pour le Burkina Faso ?

J.M.C. Dieu seul le sait ! Dans l’ancienne Eglise il y avait ce qu’on appelait " les sièges cardinalices " et dès que l’on était nommé à ces sièges, on était promu cardinal dès le premier consistoire qui se tenait. C’est le Pape qui choisit l’évêque qu’il veut pour en faire un cardinal (un ministre à lui).

Donc tout dépend du St Père et de la diplomatie des pays.. Quelqu’un est déjà venu me voir pour que je saisisse le gouvernement afin qu’il plaide auprès du Pape en faveur de la nomination d’un cardinal au Burkina Faso. Dans ma philosophie, une telle intervention ne vaut pas le coup surtout qu’ à mon avis, cela n’est pas indispensable au bon fonctionnement de l’Eglise ici.

S. : Eglise et Sida. Abstinence ou fidélité. Quelle est la position de l’Eglise catholique par rapport au port du préservatif ?

J.M.C. : C’est une question à laquelle j’ai souvent répondu. J’étais à Fada quand on démarrait les journées de lutte contre le Sida. Moi, j’ai eu une seule phrase à Radio Tanba à l’occasion d’une de ces journées : « pour lutter contre le Sida luttons contre le préservatif (rires). " On a dit que j’étais un assassin (rires). Ma philosophie est très simple. Au-delà de toutes considérations morales, le Sida est une maladie très grave qui mène à la mort immanquablement. Jusqu’a présent, on n’ en a pas trouvé le remède. Des malins disent avoir trouvé le remède : un caoutchouc ! Peut-être en Europe il peut être de quelque efficacité, mais ici, vendu au marché à 40 degrés à l’ombre, ce caoutchouc devient un arrosoir (rires). Pour moi, le recommander aux gens, c’est là être un assassin !.

Il faut dire toute la vérité aux gens sur le préservatif. Il n’est pas efficace à 100% ! Le risque couru en le portant n’est rien moins que la mort. Ce risque n’est pas à prendre !

Après cette vérité, on doit leur faire comprendre que l’acte sexuel est très important et ne doit pas être banalisé et ravalé à être comme le boire et le manger pour tous, y compris les jeunes, hélas !

Pourquoi ne pas retrouver nos saines traditions où jeunes gens et jeunes filles se gardaient chastes jusqu’au mariage ? Les gens se respectaient et ne s’imaginaient pas avoir des relations sexuelles avant le mariage..

Face à tout cela, je me suis posé la question de savoir pourquoi nous Africains, nous ne reprendrions pas nos bonnes vieilles traditions.

C’est dans ce sens que j’ai lancé le mouvement « Jeunesse chrétiennne pour la chasteté (JCC) pour rassembler tous ceux et celles qui veulent faire l’effort de rester chaste jusqu’à leur mariage. Le mouvement est lancé et il recrute !

Au début de la lutte contre le Sida, on avait mis au devant de la scène le préservatif. Maintenant, fort heureusement, constatant que malgré la large distribution du préservation, le SIDA continuait d’avancer on est revenu à la raison et on parle des trois moyens de protection : l’abstinence, la fidélité et le préservatif.

On a coutume de dire que nous ne sommes pas des anges, certes, mais devant un problème précis, tel que celui du SIDA, il faut que chacun sache à quoi s’en tenir. Si on est vraiment un homme, il faut se conduire comme tel. Pour toutes ces raisons, je suis contre le préservatif. Tant qu’on peut s’en passer, il faut le faire. C’est dur mais c’est ça aussi la vie !

S. Certains représentants de l’Eglise exhibent leurs signes d’aisance de manière ostentatoire ?

J.M.C. : Puisque vous le dites, je vous crois. Mais il faut savoir et c’est la Nième fois que je le répète, les hommes d’Eglise sont comme les autres. Dans certaines situations, il y en a qui réagissent aussi comme le commun des mortels. Mais il faut reconnaître que la vertu de pauvreté n’est pas seulement pour les religieux. C’est pour tout chrétien. L’esprit de pauvreté et d’humilité est pour tout le monde. Il est vrai qu’il y a des prêtres qui font des choses répréhensibles mais j’espère qu’ils s’en rendent compte et s’en répentent. Je pense aussi que ce sont des gens pour lesquels il faut sans cesse beaucoup prier pour qu’ils acceptent vivre l’engagement qu’ils ont pris, en tout cas ce que vit le commun des chrétiens.

S. Aujourd’hui, quelle est la contribution de l’Eglise au développement économique du Burkina ?

J.M.C. : C’est vrai que l’Eglise ne s’adresse pas seulement aux âmes mais à tout l’homme. Elle s’intéresse à toute la vie de l’homme. Ce qu’elle peut faire sur le plan économique, social, etc., elle le fait en même temps que sa mission essentielle qui est l’annonce de la Bonne Nouvelle. Au Burkina, l’Eglise qui a été la première à démarrer l’école, ensuite les soins de santé. Elle a joué un grand rôle dans le développement avec la construction du premier barrage à Pabré,

l’Eglise a mis en place un verger qui fournissait au séminaire et aux missionnaires comme à l’Administration, divers légumes et des agrumes. Le premier manguier a été introduit au Burkina par Mgr Thévénoud. Concernant l’industrie, il avait créé une usine de tissage tout juste à côté de la Cathédrale.

Cette usine habillait les religieux et les séminaristes. L’Eglise a même essayé dans la localité de Bam, l’élevage du mouton à laine. La houe manga partout vulgarisée a été introduite par un missionnaire. L’Eglise a essayé de promouvoir beaucoup de choses dans tous les domaines et dans la mesure de ses possibilités. Plus l’Etat s’est développé, plus ltEglise a cédé pas mal de domaines. .

S. L’Eglise a été impliquée pendant longtemps dans le domaine de l’enseignement à travers plusieurs écoles et collèges. Y a-t-il une nouvelle dynamique de relance de la contribution de l’Eglise à ce secteur ?

J.M.C. : Je ne sais pas si nous arriverons à atteindre le niveau de ce qu’on avait fait avant 1969. Toutefois, l’Eglise a sa part de contribution à donner dans ce domaine très important. Nous avons repris nos écoles il y a déjà 4 ans.

Elles sont au nombre de 98 avec plus de 300 enseignants. Du fait que nous étions partis de l’enseignement suite à des problèmes financiers, nous n’avons pas voulu conditionner immédiatement la reprise des écoles par une aide financière de l’Etat.. Nous avons donc commencé par compter sur les scolarités pour la prise en charge de nos écoles Elles s’avèrenté levées, surtout pour nos paysans. Les écoles qui sont dans les villes le sentent moins mais celles des campagnes éprouvent d’énormes difficultés à boucler leur budget. Aussi, depuis un certain temps nous sommes en pourparlers avec l’Etat dans le but de parvenir à une convention qui lui permettra de participer à l’effort financier que l’école nous demande.

S : Qui est Mgr Jean-Marie Compaoré ?

J.M.C. : Je suis né le 29 juillet 1933 dans le village de Sanyogo situé à 20 km au Nord de Ouagadougou. C’est un village où les missionnaires ont regroupé les chrétiens. Je suis en fait de Bendogo. J’ai été envoyé à l’école (l’internat) à Ouagadougou quand j’avais 8 ans. Après l’obtention du certificat en 1948, j’ai choisi d’aller au séminaire de Pabré . En 1953, après le brevet, je suis allé à l’inter séminaire de Nasso qui regroupait les séminaristes des différents diocèses, puis je suis entré au grand séminaire de Koumi en 1957. J’ai été ordonné le 8 septembre 1962 en même temps que Monseigneur Wenceslas Compaoré.

J’ai été affecté à la paroisse de Kologh-Naba.
J’y ai fait à peine une année et puis on m’a nommé aumônier des étudiants pour une année scolaire avant de me confier la direction diocésaine de l’enseignement privé catholique .

J’ai été directeur diocésain de l’enseignement privé de 1964-1965 jusqu’en 1969 où nous avons conduit l’école dans les mains de l’Etat.

C’est en 1969 que j’ai été nommé Curé de Saaba. Après une année, j’ai été nommé vicaire général. Je suis resté vicaire général du Cardinal jusqu’en 1973 date à laquelle il a demandé que je sois son auxiliaire. J’ai été ordonné évêque en 1973 et je suis resté auxiliaire jusqu’en 1979 . Puis j’ai été affecté à Fada N’Gourma pour remplacer le dernier évêque missionnaire. J’y resterai de 1979 à 1995. Quand le Cardinal à pris sa retraite, on m’a nommé archevêque de Ouagadougou.

S. Si cette vie était à refaire, avec toute l’expérience que vous avez, auriez-vous choisi un métier libéral ou vous seriez-vous donné à Dieu ?

J.M.C. Je pense que j’aurai repris la soutane. L’éducation que j’avais reçue couplée à ma conception des choses font que je suis à l’aise là où je suis.

S. Etes-vous le seul prêtre dans votre famille ?

J.M.C. : Je suis le premier et l’unique garçon de mon père. J’ai quatre (4) soeurs dont une est décédée. Comme j’ai fait l’internat, je n’ai pas beaucoup vécu la vie de famille.

S. Que veut dire le prénom Untaanî ?

J.M.C. :Un très beau nom qui m’a été donné à mon arrivée à Fada N’Gourma. A Fada j’ai rencontré le Chef Yentengou avec lequel j’ai très vite lié amitié.

C’est lui qui m’a proposé, à mon intronisation à Fada, trois (3) prénoms parmi lesquels Untaani que je porte volontiers. Untaani vient de deux mots gourmancema UTIENU (Dieu) et TAANI (rassembler). Untaani, c’est celui qui rassemble.

S. :Quelle est votre discipline sportive préférée ?

J.M.C. : J’aime bien le football mais je ne suis pas un bon sportif parce que je n’ aime pas une équipe qui perd (rires).

S. : Pouvez-vous porter un jugement sur l’ensemble de la presse burkinabê et avez-vous des conseils pour son amélioration ?

J.M.C. : Je reçois régulièrement les journaux de la place. J’aime bien notre presse parce qu’elle est objective. La mission de la presse est certes d’informer, et former, mais également à construire et pas jeter de l’huile sur le feu.

La presse doit savoir que son indépendance l’oblige à être objective et surtout d’aider les populations dans le développement du pays.

Sidwaya

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