Actualités :: Cyrille Goungounga, député ADF/RDA : "Les boycotteurs d’hier se ruent sur la (...)
Cyril Goungounga

La désignation des membres de l’opposition dans les divers démembrements de la Commissiion électorale nationale indépendante (CENI), principalement la Commission électorale provinciale indépendante (CEPI) du Kadiogo a donné lieu à ce que l’on pourrait qualifier de "bataille de chiffonniers" entre les partis politiques de cette opposition.

{{}}L’ADF/RDA principale victime de cette situation donne son point de vue sur la question à travers cette interview que nous a accordée l’un de ses ténors, le député Cyrille Goungounga. L’occasion pour nous d’échanger avec l’honorable député sur d’autres questions brûlantes de l’heure.

Sidwaya (S.) : En tant que 2e vice-président chargé des relations avec les partis politiques, vous avez conduit la délégation de votre parti à la récente rencontre de l’opposition, relative à la désignation des membres de la CENI de la localité. Le procès-verbal de ladite rencontre fait état d’un manque de consensus, qu’en est-il exactement ?

Cyrille Goungounga (C. G.) : Je précise que tout est parti du procès-verbal signé par le député Malick Sawadogo de l’UNIR/MS ; lequel a été balancé dans les quotidiens de la place en date du 17 mai 2004. Je voudrais attirer l’attention de vos lecteurs en particulier des militants de l’ADF/RDA sur le fait que ce procès verbal n’émane pas de la CENI, ce qui fait que son titre (mise en place des démembrements de la CENI) est incongré. Il s’agit en fait d’un procès-verbal partiel par lequel le vice-président de la CENI a invité par un communiqué en date du 03 mai, les différentes structures composant la CENI à se réunir pour établir des procès-verbaux sectoriels à déposer à des dates indiquées.

En ce qui concerne la CEPI du Kadiogo, le procès-verbal devrait être déposé le 17 mai. Nous avons effectivement participé à une rencontre dont nous ne revenons pas sur le bien-fondé, même si nous avons vu que certaines parties prenantes étaient préparées à écarter l’ADF/RDA.

Malgré cela, nous avons tout mis en œuvre pour accepter des choses inacceptables notamment le lieu de la rencontre, laquelle se tenait au siège, objet de polémique d’un parti politique. Aussi, nous avons déploré l’absence de certains partis politiques de l’opposition. Là où le bât blessait, c’est qu’il n’y avait ni méthode de travail, ni consensus. Il y a des gens qui étaient préparés à en découdre avec l’ADF/RDA. Ils s’étaient préalablement entendus pour se partager les postes. Ils ont donc exigé le vote comme mode d’attribution des sièges, ce que nous n’avons pas trouvé sérieux.

Car, pour faire un vote, nous pensons qu’il faut un minimum de règles, un petit code électoral. Nous avons été aussi choqués par la présence de certaines personnes de l’opposition, notamment de députés qui ont boycotté les débats sur la révision du code électoral à l’Assemblée nationale, qui ne connaissent rien de cette loi et qui s’empressent de jouir des fruits de cette loi. Qui plus est, ils avaient annoncé des actions spectaculaires pour manifester leur désapprobation. C’est sur ce terrain-là que nous les attendions plutôt que de venir se partager le gâteau de la CENI.

Du reste, la loi n’ayant pas été encore promulguée, il faut attendre pour le respect des principes et de la République, qu’elle le soit. Voilà nos griefs. Autrement, nous sommes un parti républicain, qui a pris part au débat à l’Assemblée nationale et qui a voté contre la loi. Celle-ci ayant été adoptée, nous ne pouvons que nous incliner. Les boycotteurs par contre, devaient rester dans la logique du boycott. Nous saisissons donc l’occasion pour dire à nos militants que les démembrements de la CENI n’ont pas encore été mis en place.

Nous contestons ce procès-verbal qui, du reste, aurait dû nous être communiqué par courtoisie. Par ailleurs et je l’ai dit au député Sawadogo Malick, ce procès-verbal contient des dispositions inexactes telle celle stipulant qu’après de multiples échanges sur la procédure à suivre, il a été décidé à la majorité absolue (24 partis sur 25), de voter. C’est complètement faux, car cette décision a été prise dans le brouhaha. Diverses méthodes avaient été préconisées. Nous nous sommes donc retirés sans animosité avec la grandeur seyant à notre statut de deuxième parti du Burkina Faso. Voilà notre position sur la question et nous attendons que la CENI prenne ses responsabilités.

S. : Et si la CENI décidait de valider ce procès-verbal ?

C. G. : Chacun prend ses responsabilités devant l’Histoire et je pense que ce n’est pas raisonnable de valider un tel procès-verbal. C’est un procès-verbal caduc, parce qu’il y a des partis qui n’y ont pas été associés. Nous-mêmes, avons participé "comme ça", car nous avons été convoqués au dernier moment à la hussarde. Soyons sérieux, ce n’est pas la peine de vilipender le CDP sur certains principes pour par après, fouler ceux-ci aux pieds. Et puis comment voulez-vous que l’ADF/RDA, parti chef de file de l’opposition, ne soit pas représenté au niveau de la CENI.

S. : En rapport avec ce que vous venez de dire, comment appréciez-vous l’attitude d’une frange de l’opposition qui a boycotté la révision du code électoral ?

C. G. : Le boycott est une arme de lutte et je respecte les boycotteurs. J’approuve leur méthode, mais je dis qu’après avoir boycotté, il faut être conséquent et ne pas s’empresser de venir jouir des fruits d’une loi qu’on a boycottée. Surtout lorsqu’on a annoncé des actions énergiques. Comprenez donc que leur engouement m’étonne.

S. : L’ADF/RDA semble ne plus être dans la danse au sein de l’opposition burkinabè qui présente par ailleurs des signes évidents de division...

C. G. : Votre question est dangereuse car l’opposition n’est pas un parti politique. La loi parle de partis d’opposition et non d’opposition. Du reste, il n’y a pas un cadre où on se rassemble pour déterminer les actions à mener. Chaque parti s’organise comme il l’entend. Il n’appartient pas à quelqu’un de dire que tel parti est de la mouvance présidentielle et tel autre de l’opposition. Chacun doit être conséquent et se garder de juger les autres. Tous les qualificatifs qu’on emploie sont des qualificatifs de culpabilité.

L’ADF/RDA est un parti d’opposition qui n’a de leçons à recevoir de personne. Tout cela est dommage, car notre cible commune c’est le CDP. Quand on crée un parti, c’est pour accéder au pouvoir d’Etat et non pour autre chose. L’opposition n’est pas une fin en soi, même si certains l’utilisent comme un fonds de commerce. Il y en a qui estiment qu’il faut secouer le cocotier afin que les fruits tombent et qu’ils les ramassent. Ceux qui nous combattent font le jeu du pouvoir et sont des alliés objectifs de celui-ci car ils nous divertissent.

Par ailleurs, certains sont enchaînés à l’opinion publique et sont obligés de dire que tout est mauvais. Nous nous démarquons de cette manière de faire. Et puis, il y a des membres influents de l’opposition, dite vraie, qui étaient au gouvernement et qui se disaient de l’opposition modérée. Ce sont ces mêmes personnalités qui ont inventé ce terme d’opposition modérée pour quitter leurs camarades d’antan qui étaient dans l’opposition radicale.

Aujourd’hui, on les entend qualifier l’opposition modérée, d’opposition-gâteau. Il faut que les citoyens soient mûrs pour analyser le comportement de chacun de nos hommes politiques. Il y a aussi ceux qui estiment que l’opposition c’est eux, qu’ils sont la référence. Nous n’en avons cure, et nous nous en tenons à nos principes.

S. : Maintenant, est-ce que l’ADF/RDA a un candidat pour la présidentielle de 2005 ?

C. G. : Pour le moment, nous ne nous sommes pas prononcé sur cette question. Je dirai donc à titre personnel, quoiqu’ayant écouté les uns et les autres, que si notre parti doit présenter un candidat, ce sera forcément Maître Gilbert Noël Ouédraogo, dont je précise que le prénom est aussi Naam Runda (celui qui monte ou va monter sur le trône, ndlr).

L’article 38 de la constitution de 1991 précisant que les candidats à la présidentielle doivent avoir 35 ans. De toute façon, c’est essentiellement une décision personnelle, car il est stipulé à l’article 123 du code électoral que la candidature peut se présenter à titre individuel, ou par le biais d’un parti ou d’un regroupement de partis politiques. Nous disons que la position du président Gilbert Ouédraogo est déterminante. Soit il décidera de se présenter, soit il optera d’attendre 2010 pour se lancer dans la bataille. En tous les cas, nous participerons à la présidentielle comme un parti d’opposition. Nous n’allons pas participer dans la rue, mais bien à l’intérieur des structures officielles.

Ne vous inquiétez pas. L’ADF/RDA sera présenté à l’élection présidentielle de 2005, soit en investissant Me Gilbert Noël Ouédraogo soit à défaut en soutenant, sous conditions de prise en compte de nos préoccupations essentielles que sont la question sociale et l’encadrement des jeunes, le candidat le plus crédible peu importe sa couleur politique, mais de préférence un candidat de l’opposition.

S. : Votre position sur une éventuelle candidature de Blaise Compaoré ?

C. G. : Le débat me semble malsain, parce que tout est focalisé sur Blaise Compaoré. Il y a des partis même qui disent, qu’ils soutiennent Blaise Compaoré tout de go. Ce qui ne nous paraît pas bien si tant est qu’ils sont crées pour conquérir le pouvoir d’Etat. il y en a aussi qui clament que Blaise Compaoré ne doit pas se présenter. Il ne faut pas compter sur un vide ; cette question peut donc entraîner une dichotomie au sein de la classe politique. Il ne le faut pas.

Je pense que si vous êtes de l’opposition et êtes conscient de votre popularité, vous ne devez pas craindre la candidature de Blaise Compaoré. Pour ma position, je dis qu’en tant qu’ancien ministre chargé des Relations avec le parlement, j’occupais une position privilégiée pour observer le fonctionnement de nos institutions. J’ai représenté le gouvernement au Parlement qui à révisé la constitution. Ceux qui disaient que plus deux mandats c’est inique peuvent être sériés en deux.

Il y en a qui s’en tenaient aux principes, alors que d’autres avaient de l’animosité vis-à-vis de Blaise Compaoré. Ces derniers ne sont pas allés jusqu’au bout de leur logique, car ils auraient dû continuer à lutter pour que l’on trouve les termes pour dire que Blaise Compaoré ne peut plus se représenter. Ça n’a pas été le cas, et la loi ayant été votée, elle n’est pas rétroactive sauf pour arranger quelqu’un et non pour le priver de ses droits.

Donc je considère que tous les deux mandats de Blaise Compaoré sont sans effet. Mieux, j’aimerais évoquer en parallèle l’article 94 de la constitution pour dire que ledit article qui a été révisé le 27 janvier 1997 stipulait que tout député appelé à de hautes fonctions, est remplacé par son suppléant. S’il cesse d’exercer ses fonctions, il peut reprendre sa place à l’Assemblée. Mais le 11 avril 2000, l’article 94 a été remanié ainsi : tout député appelé à de hautes fonctions est remplacé par un suppléant. S’il cesse d’exercer ses fonctions dans la première moitié de la législature, il peut reprendre sa place à l’Assemblée. Si c’est dans la deuxième moitié, c’est terminé pour lui. Nous nous avons été élus le 24 mai 1997. Je suis allé au gouvernement avec bon nombre de députés. Le 6 novembre 2000 soit plus de trois ans après, le gouvernement a été remanié. Nous étions dans la deuxième moitié de la législature, mais les députés débarqués du gouvernement ont pu revenir à l’Assemblée. Si on avait appliqué la révision d’avril 2000, tel n’aurait pas été le cas. Il faut donc être honnête. Tenons-nous-en à la loi et aux principes généraux du droit. En tous les cas, le conseil constitutionnel dira le droit en son temps si toutefois Blaise Compaoré se présente.

S. : L’homme politique que vous êtes regrette-t-il aujourd’hui un tant soit peu, la fusion absorption du PARI par l’ADF/RDA ?

C. G. : Aucunement, car ça se passe très bien. Le président Gilbert Ouédraogo est un homme ouvert qui accepte la pluralité d’opinions, de courants. Et je dirai qu’ayant été dirigeant du PARI, c’est tout à fait normal que certains militants s’identifient à ma personne sans pour autant influer négativement sur la ligne directrice de l’ADF/RDA. Du reste, l’une des raisons des tares du CDP, c’est que ce parti n’a jamais accepté l’existence de courants en son sein. Cela aurait été bénéfique et un grand parti doit l’accepter tout en laissant au temps le soin d’unifier tous les courants. Je suis donc très heureux de cette fusion - absorption comme vous dites. Point de frustration ni de regrets donc.

Une interview de Zakaria YEYE &
Boubacar SY

Sidwaya

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