Actualités :: Burkina : Des opposants porte-gamelles

Qui veut aller loin ménage sa monture. Nous ne ferons pas
l’injure à l’opposition burkinabè en prétendant qu’elle n’a pas
inscrit cette sagesse au registre de sa stratégie de conquête du
pouvoir et partant, pour l’avènement d’une alternance crédible.
La fébrilité dont elle fait montre actuellement atteste que le
combat pour la succession à Blaise Compaoré a bel et bien
commencé.

Par contre, l’on peut s’interroger sur sa réelle
volonté et son courage de briser, comme ce fut le cas par
exemple au Sénégal, l’obstacle du postulat selon lequel les
pouvoirs en place en Afrique, même à l’ère des processus
démocratiques, ne peuvent échouer à l’issue de consultations
électorales programmées, planifiées et organisées par
eux-mêmes. Cependant, en Afrique comme partout ailleurs, il
n’est pas prévu de mécanismes transitoires ou intermédiaires
prévoyant la vacance du pouvoir en période électorale. Certes,
dans les vieilles démocraties, la démocratie est d’abord un état
d’esprit comme dirait l’autre. Donc, pour enraciner cette
démocratie, il a fallu des hommes pour y croire.

N’empêche que
même dans ces pays, l’opposition subit aussi des coups bas
de la part du pouvoir. La différence, dans ces pays, c’est la
capacité de l’opposition à convaincre les citoyens et à les
amener à adhérer à son programme et à son projet de société.

Les éternelles jérémiades sur l’absence de loyauté du pouvoir
envers l’opposition qui espère que l’électorat s’apitoie sur son
sort par un vote massif, ne sauraient constituer un boulevard
pour accéder au pouvoir.

A ce sujet, le débat actuel au sein de l’opposition, axé sur
l’opportunité voire la légalité ou non de la candidature de Blaise
Compaoré, n’est pas à la hauteur des enjeux de cette élection
présidentielle. Cette personnalisation de la campagne autour de
la personne du chef de l’Etat est un faux débat.

Le vrai débat qui
vaille la peine et capable de susciter l’enthousiasme et
l’adhésion de l’électorat qui souhaite certainement le
changement qu’une certaine usure et sclérose inévitables du
pouvoir n’ont pu lui procurer, c’est comment apporter une
réponse aux angoisses existentielles des populations.

Un opposant burkinabè a eu l’audace suicidaire de refuser de
dévoiler le programme de son parti de peur que le pouvoir ne
s’en accapare. Cet opposant a-t-il peur du pouvoir ou de
l’électorat ? Et comment battre Blaise Compaoré lorsqu’on feint
d’ignorer qu’une démocratie fonctionne mieux et qu’une
alternance est possible quand les citoyens sont informés ?

Aujourd’hui, le véritable enjeu de la prochaine présidentielle, ce
n’est pas la candidature du président, mais bel et bien comment
le battre selon le constat indiscutable du président du MBDHP.
Sur ce point, l’opposition ne semble pas réunir les conditions
de sa victoire. Une victoire qui suppose que la kyrielle des partis
qui se prétendent de l’opposition, créent en leur sein cet
indispensable courant unitaire capable de faire taire leurs
divergences, surtout que celles-ci ne relèvent nullement d’une
incompatibilité idéologique et que, comme nous aimons à le
dire, il ne saurait y avoir mille projets de sociétés différents pour
le Burkina.

Mais c’est sans compter avec les petites querelles
de personnes, les vieilles rancunes et les inimitiés subjectives
qui devraient en principe s’effacer devant l’intérêt national.
Certains observateurs de la scène politique burkinabé disent
que l’adversaire de l’opposition, ce n’est pas Blaise Compaoré,
mais l’opposition elle-même dont les contradictions sont
arrivées à maturation.

L’on a manifestement l’impression que
les différentes formations politiques de l’opposition préfèrent
plutôt le suicide individuel en allant en ordre dispersé que d’aller
à la victoire collective en trouvant un homme consensuel,
capable de secouer le cocotier du pouvoir actuel. Aujourd’hui,
l’opposition préfère se complaire dans un faux consensus selon
lequel, ils pourraient battre le président actuel sur la base de
plusieurs candidatures au premier tour et d’une candidature
unique au sprint final.

C’est oublier que ce n’est pas parce qu’on
est leader d’un parti politique qu’on pourrait ratisser large et
empêcher le chef de l’Etat de l’emporter au premier tour. En fait,
cette stratégie met à nu le piétinement d’une opposition
incapable de boucher le sillon des accusations mutuelles et de
donner un profil plus crédible à ses insaisissables animateurs
ondoyants et divers.

Leur point commun, ils sont
interchangeables quant à leur accord sur leurs désaccords.
C’est à se demander si certains, dans leur intimité, ne
souhaitent pas la victoire du camp présidentiel. Cela aurait
l’avantage de voiler la face cachée de leur comportement
quotidien d’hommes à la gamelle, ne crachant pas sur les
prébendes et autres avantages que leur distribue le pouvoir
pour les tenir en laisse.

Aujourd’hui, certains opposants ne
lèvent la main que pour faire de la comédie, une comédie qui fait
à la fois plaisir et suscite la pitié du camp présidentiel. Ainsi
passés au scanner de Blaise Compaoré, certains opposants
d’opérette ne résistent pas à la tentation d’accepter l’aumône
tendue par le pouvoir, une sorte de cadeau politiquement
empoisonné sous forme de prêts et autres avantages
dissimulés sous le manteau.

Et pourtant, ce sont les premiers à
crier au scandale de l’achat des consciences. Ils oublient que
tout ce qui est légal n’est pas forcément légitime. En tous les
cas, de tels renoncements à la dignité contre des espèces
sonnantes et trébuchantes sont suffisamment dissuasifs et
empêchent certains opposants de lever le petit doigt. Ils
préfèrent la victoire de leur adversaire de jour et fan de nuit pour
que leur ordonnance soit honorée plutôt que de devoir se
prendre en charge.

Déjà incapables de s’entendre sur le
minimum telle que la composition de la CEPI du Kadiogo,
certains partis d’opposition, champions de l’émiettement et de
l’affaiblissement à travers cette espèce de guerre des sigles,
oseront-ils affronter le pouvoir avec leur conscience chargée ?
On ose leur accorder pour l’instant, la présomption de bonne foi.

Le Pays

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