Actualités :: Discours politique au Burkina : Les bons pas du CDP

L’un des talons d’Achille du débat politique au Burkina, c’est la difficulté pour les partis politiques de communiquer sereinement leurs idées. Bien souvent les passions l’emportent sur la raison et des gorges chaudes à l’Assemblée nationale aux logorrhées dans la presse, l’opinion publique ne retient pas grand-chose du débat qui se mène.

Le bien-fondé de certaines réformes, les arguments pour ou contre développés par les protagonistes passent donc inaperçus pour la majorité des citoyens qui finissent par dire de nos partis politiques qu’ils sont blanc bonnet ou bonnet blanc. Va-t-on assister à une rupture qualitative dans le domaine ? Il y a des signes qui portent à croire que le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) s’y essaie.

La dernière déclaration du groupe parlementaire de la majorité sur la riposte projetée par l’opposition radicale après la révision du code électoral a séduit plus d’un observateur. Dans le fond et sur la forme, elle tranche positivement d’avec les déclarations des partis politiques burkinabè qu’on a l’habitude de lire dans la presse.

Dans le fond, la déclaration du groupe parlementaire CDP présente un argumentaire solide au triple plan juridique, législatif et politique. Des arguments clairement énoncés sans fioritures de style qui battent en brèche les déclarations ambiguës de quelques leaders de l’opposition sur l’attitude à adopter face à la nouvelle loi sur le code électoral. En faisant appel aux articles 48,157 et 167 de la constitution expressément cités pour soutenir ses points de vue, le parti majoritaire donne une véritable leçon de démocratie à l’opposition.

Quand le CDP conseille ses adversaires

La leçon a d’abord porté sur la procédure d’élaboration et d’adoption de la loi : une initiative de 05 députés, soutenue par leur groupe parlementaire, portée à la connaissance du gouvernement, discutée en commission à l’Assemblée nationale avant son adoption en plénière. On fera remarquer que l’opposition radicale ayant boycotté certaines de ces étapes où elle avait la possibilité de faire valoir ses critiques - travaux en commission, débat en plénière - s’est volontairement abstenue de jouir de son droit d’influencer le contenu de la loi.

La leçon du CDP porte ensuite sur la bonne manière pour l’opposition de contester la nouvelle loi : saisir le Conseil constitutionnel où s’en référer au président du Faso avant sa promulgation.

La leçon porte enfin sur la démarche politique que pourraient avoir les partis de l’opposition pour ne pas tout perdre du bénéfice de la nouvelle loi : "s’organiser en vue de se créer des conditions capables de limiter l’incidence négative dudit code sur ses performances (électorales) antérieures" (sic). Une telle déclaration du CDP passe pour être un conseil gratuit à l’endroit de ses adversaires, explicitement invités à former une ou des alliances pour favoriser la clarté du jeu politique. Une attitude qui est un démenti aux accusations de "diviser pour régner" maintes fois proférées contre le CDP. Cette invite du CDP à l’endroit des partis adverses fait penser aux récentes déclarations du président de l’Opposition burkinabè unie (OBU) qui soutiennent que "ce n’est pas le pouvoir qui est fort, c’est l’opposition qui est faible" de ses divisions.

On ne construit pas un pays avec des discours haineux

Sur un plan formel, la déclaration du bureau du groupe parlementaire n’est ni trop courte pour être lapidaire ou imprécise ni trop longue pour être ennuyeuse à la lecture. Dans le style également, cette déclaration a aussi innové et démontre a contrario que l’invective, l’injure et le pédantisme ne sont pas des preuves de pertinence des arguments qu’ils étayent. Bien au contraire, les déclarations dont la majeure partie des formations politiques de l’opposition sont coutumières sont médiocres par le style, le ton et leur longueur excessive. La rigueur dans l’argumentaire y est souvent inversement proportionnelle à la dureté des mots. C’est à juste raison que l’actuel président de l’Assemblée nationale avait déclaré en 1999 : "on ne construit pas un pays (ajoutons une démocratie) avec des discours haineux".

Hélas comme si cet avis pertinent n’engageait que lui, les rédacteurs des déclarations des partis politiques d’opposition ont continué de plus belle dans le langage ordurier et stéréotypé du genre "si jamais… nous ne tolérons pas… Nous condamnons… trop c’est trop" et que sais-je encore. Même le parti majoritaire à certains moments, s’était laissé aller lui aussi à pondre des déclarations va-t-en-guerre. Mais depuis le début de l’année 2004, notamment au sujet du débat sur l’éventuelle candidature de Blaise Compaoré à la présidentielle de 2005 et sur la révision du code électoral, le CDP communique mieux. Son discours politique a gagné en sérénité et en hauteur d’esprit. Le dernier exemple en date c’est bien cette déclaration de son groupe parlementaire. On y découvre l’analyse d’un parti responsable, sûr de ses opinions, exposées sans passion et avec beaucoup de rigueur.

Le grand respect de l’adversaire politique a aussi séduit dans cette déclaration. Morceaux choisis : "tout en respectant le droit de réaction de l’opposition… " "Il convient de faire des observations…" "l’opposition peut espérer…" "l’opposition parlementaire peut attaquer la révision" …" Peut déposer une proposition de loi", etc. Peut-on être plus pondéré, plus tolérant et plus courtois envers l’adversaire politique ?

Il faut le redire, la balle est maintenant dans le camp de l’opposition. Le respect de l’adversaire, un discours politique divergeant, voire antagonique mais policé sont aussi des critères de maturité démocratique. Les radicaux de l’opposition persisteront-ils dans leurs déclarations va-t-en-guerre ? Si oui, c’est à leur risque et péril notamment celui d’accréditer par exemple l’image d’individus "revenchards" "aigris" ou "jaloux" qui font la politique du ôte-toi que je m’y mette. A eux de démentir cette image peu reluisante que bien de Burkinabè ont d’eux. Le CDP, par l’entremise de son groupe parlementaire, leur donne l’exemple d’un débat contradictoire sans esprit polémique, irrévérencieux et intolérant. Les leçons ainsi administrées feront-elles écoles auprès de toute la classe politique ? On attend de voir.

Djibril TOURE

L’Hebdo

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