Actualités :: L’opposition burkinabè et la présidentielle de 2005 : Où trouver le ou les (...)

Quand on parle de l’opposition burkinabè en égrenant ses "tares" congénitales, ceux qui ne savent pas ou aiment faire des lectures superficielles, pensent tout de suite à de l’affabulation. Mais en réalité, aucun fait sur le terrain, dans le comportement quotidien des responsables de l’opposition, ne vient prouver le contraire. La dernière conférence de presse de l’OBU, vient en tout cas conforter la position de ceux qui n’ont jamais cru en la possibilité d’une quelconque unité de l’opposition burkinabè. Et ils n’ont pas tort.

Lorsque, il y a de cela quelques temps, 15 partis de l’opposition s’étaient réunis pour réfléchir sur la position à adopter par rapport à l’élection présidentielle de 2005, nombreux sont ceux qui ont poussé un ouf de soulagement. Comme pour dire que ces leaders ont enfin compris que l’union fait la force. L’atelier organisé à cet effet devait selon les dires baliser le terrain pour permettre de jeter les bases pour le choix d’un candidat de l’opposition pour la présidentielle de 2005.

A l’analyse, la rencontre a accouché d’une souris dans la mesure où l’idée d’une candidature unique de l’opposition n’a pas été acceptée. D’ailleurs pendant que ce débat sur les candidatures se menait, un de l’opposition en l’occurrence Nongma Ernest Ouédraogo de la CPS déclarait haut et fort son intention d’être candidat en 2005. Avant lui Hermann Yaméogo avait déjà annoncé ses intentions trois mois plus tôt.

Autres faits qui ne trompent pas et qui illustrent bien l’ampleur du mal qui ronge l’opposition burkinabè, c’est la remise du mémorandum de l’opposition au Premier ministre. Une manifestation pas du tout partagée par tous les responsables. En témoignent les flèches du député Laurent Bado contre ceux qui ont eu l’idée d’une commission d’enquête contre la "Compaorose".

Pour le député Bado, cette manière de faire n’est rien d’autre que de "l’infantilisme". Mieux il aurait souhaité que le chef du gouvernement fasse "frapper" les initiateurs d’une telle démarche : "le Premier ministre a très bien fait . Si c’était moi, je les aurais fait frapper" soutient-il.

En sus de ce fait "insolite" de l’enquête sur la "Compaorose" et la volonté d’imposer un calendrier au Premier ministre, on ne peut occulter le fait même que l’opposition a du mal à trouver une personne qui incarne le consensus. Sur ce point Laurent Bado est bien formel. Tous ceux qui existent aujourd’hui et qui veulent être des "têtes" ont déjà flirté avec Blaise Compaoré. Parce que mis à la touche, ils deviennent des opposants. Cette opposition-là, Laurent Bado et l’OBU n’en veulent pas. Ils veulent un opposant crédible :"si nous voulons terrasser Blaise il faut que nous présentions un candidat acceptable, le moins reprochable possible par rapport à la gestion du pouvoir actuel".

A regarder de près la configuration des têtes de partis de l’opposition, ce candidat n’existe pas. Parce que de Hermann Yaméogo à Ki-Zerbo en passant par Ram Ouédraogo, Bénéwendé Sankara et autres Issa Tiendrébéogo, on se rend vite compte qu’aucun d’eux ne remplit les critères de probité et de consensus dont parle l’OBU. On comprend donc aisément pourquoi certains ont proposé plusieurs candidats (3 au maximum) au lieu de la candidature unique de l’opposition.

Leadership et querelles de personnes

Contrairement à l’OBU où être la tête ou la queue n’a pas d’importance pourvu que l’unité se manifeste, certains n’ont d’yeux que pour la "chefferie". C’est-à-dire être au devant des choses. Ce qui n’est pas une mince affaire dans un milieu où les intérêts personnels priment sur l’intérêt général. Ajouté à cela les querelles à peine voilées de personnes au sein de l’opposition. Peut-on par exemple imaginer l’ADF/RDA de Me Gilbert Ouédraogo et l’UNDD de Me Hermann Yaméogo main dans la main sur une même table pour le même objectif ? Ou encore le PDP/PS du professeur Ki-Zerbo et l’OBU d’Emile Paré le regard tourné dans la même direction ? Enfin, peut-on croire un jour à une unité entre la CPS de Nongma Ernest Ouédraogo et le FFS de Norbert Tiendrébéogo ?

Il y a en politique des faits qui ne trompent pas. On a "beau" donner encore cinq (5) ans à l’opposition burkinabè de s’unir pour se trouver un candidat, elle n’y parviendra pas. Ce n’est la faute à personne. Avec le temps, les Burkinabè ont fini par comprendre que ce n’est en tout cas pas le pouvoir qui crée cette "zizanie" au sein de l’opposition. Certains étant habitués à voir partout la main du pouvoir quand une crise secoue un parti de l’opposition. D’ailleurs Laurent Bado avait bien dessiné le tableau : "

Ce n’est pas le pouvoir qui est fort, c’est l’opposition qui est faible" ; un beau tableau qui résume tout et qui devait permettre à l’opposition de se remettre en cause pour être "fort" ou du moins pour pouvoir tenir tête au pouvoir. Ce qui est cependant intéressant dans cette situation de l’opposition, c’est que, quand l’heure des récoltes viendra, on ne pourra plus nous "bourrer" les oreilles avec des récriminations et des accusations du genre, il y a eu fraude, la CENI n’est pas transparente…. D’ailleurs, ces accusations ne font plus recettes. Et seul le travail politique paie.

Le CDP se frotte les mains

Pendant que l’opposition se "déchire" et n’arrive pas à s’entendre, dans le camp d’en face la sérénité est de mise. Lui qui, à tour de bras est accusé de menées destabilisatrices par ses adversaires. Aujourd’hui, il semble être lavé de tout soupçon. On ne dira certainement pas que c’est le CDP qui empêche l’opposition de s’unir ou de se trouver un candidat unique.

Et puis, on sait que les "gourous" de l’opposition, tous ceux qui jouent aujourd’hui à l’opposant radical ou modéré, ont d’une manière ou d’une autre travaillé avec le pouvoir actuel. Or en politique ou dans d’autres domaines, la "connaissance" de l’adversaire permet de prendre des dispositions d’attaques ou de contre-attaques. C’est d’ailleurs aussi ce qui permet au CDP d’être souvent en avance et en position de force par rapport à l’opposition.

En tous cas, Laurent Bado et l’OBU préfèrent la "vérité" en lieu et place de la politique politicienne. C’est d’ailleurs pourquoi, il faut comprendre leur suspension à la participation du groupe des 15 de l’opposition. La vérité a-t-elle un sens dans cette faune politique ?

Au regard de tout ce qui précède, on peut dire que l’opposition est mal partie. Et ce n’est pas le débat qu’elle mène sur le code électoral et la candidature de Blaise Compaoré qui pourra laver les tares congénitales qu’elle traîne depuis plusieurs années.

A quand le sursaut pour l’unité ? Ce n’est certainement pas pour demain.

Idrissa Kaboré

L’Hebdomadaire

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