Actualités :: Salif Diallo - E. Nongma Ouédraogo : Dialogue impromptue

Au hasard de visites de chantiers - ceux des barrages destinés à faire barrage à la pauvreté -, Salif Diallo, alias Robodépé, ministre d’Etat en charge de l’Hydraulique, pourrait fort bien croiser un "ancien camarade" comme Ernest Nongma Ouédraogo. Et l’on se souviendrait sans doute de la période des slogans rageurs, vengeurs et ravageurs ; nostalgie en attendant l’appréciation des (é)lecteurs...

Nongma : Bonjour, camarade ministre...

Salif : Bonjour monsieur !

Nongma : Tu me snobes parce que tu es devenu môgô puissant ? Nous sommes d’anciens camarades, non ?

Salif : Disons... en gros, oui ; mais pas en détail. A l’époque, c’était pas nous les môgô ! C’est vous qui décidiez de tout !

Nongma : Il fallait bien un homme à poigne pour tenir tête aux réactionnaires et aux contre-révolutionnaires de tout poil.

Salif : Pour l’instant, c’est toi qui te retrouve à poil ! Et le passé que tu regrettes, les Burkinabè ne souhaiteraient plus le revivre, crois-moi...

Nongma : Il n’y avait pas autant de contestations ! Regarde tous ces lotissements effectués, sans problèmes ; ces cités construites...

Salif : Bien sûr ! Lorsqu’on vous met en main un marché qui consiste en l’acceptation ou au cimetière, le choix est vite fait ! Et puis, ces fameuses cités ! rafistolées avant chaque saison de pluies... Avec mes retenues d’eau, au moins, on accueille les pluies avec joie. Sans compter que vous avez réussi l’exploit de mettre K.O l’unique fleuron public en matière de commerce : Faso-yaar.

Nongma : Il fallait aller vers les consommateurs, tous les consommateurs, sans exclusive.

Salif : Rappelle-toi : on parle d’un milliard de cfa déboursé par Faso-yaar pour cette opération de dissémination. Au bout du compte, échec total. Avec ce milliard, je pouvais commencer un nouveau barrage... ou une piscine olympique.

Nongma : C’est pourquoi tu t’échines à creuser partout de grandes mares pour accueillir de l’eau ? J’aurais pu le faire, c’est pas la mer à boire !

Salif : Tu en as peut-être marre de mes mares, mais tu sais ce que représente la gestion de l’eau dans un pays sahélien.

Nongma : Tu parles, certains disent qu’en fait de ressources halieutiques, c’est à la pêche aux voix que tu vas... tu es en pleine campagne électorale pour ton "boss" !

Salif : Moque-toi de ce que tu ne comprends pas. Personne ne peut nier les progrès qui ont été accomplis dans le domaine de l’hydraulique. Mais comme au Burkina on dort, mange et se mouche de manière politique, je ne peux empêcher personne de qualifier les actes que je pose. Je me remue, moi, au moins, et ça c’est révolutionnaire !

Nongma : Ce qui ne t’empêche pas de prendre quelques kilos superflus ! L’eau, ça fait gonfler ! Pauvre sport de masse ! Nous aurions fait mieux si vous nous en aviez laissé le temps. Rien qu’avec "La bataille du rail", on avait ferré une bonne voie pour le train du développement.

Salif : Raille, raille, je te vois venir. Mais permets-moi de te dire que vos priorités n’en étaient réellement pas : lorsque vous encouragiez à consommer burkinabè, à porter le danfani, que faisiez-vous dans le même temps pour le producteur, le cotonculteur ? Rien ne sert de disserter inutilement en slogans.

Nongma : Tu as l’air d’avoir tout oublié !

Salif : C’est pour qu’hier ne nous revienne pas en pleine figure, qu’aujourd’hui tout le monde a droit à la parole :
nous avons un Parlement multipartite ; sans compter les parlements informels, les maquis et autres lieux publics... D’ailleurs, même à l’Assemblée, on dirait parfois des propos de bar...

Nongma : Il faut plutôt dire que vous avez en face de vous une opposition solide et responsable !

Salif : C’est tout à notre honneur, n’est-ce pas ? Le pays possède même des spécimens dont il n’y a pas beaucoup d’exemplaires sur le continent ! Cela prouve la vitalité de notre démocratie et notre volonté d’aller de l’avant.

Nongma : Beau discours... mais laisse-moi t’avouer que ta conversion en démocrate me paraît plutôt suspecte.

Salif : Il faut savoir vivre avec son temps ! Pour le reste, ce sont les électeurs qui décident...

Nongma : A propos, je vous soupçonne d’avoir initié cette association de jeunes pour la candidature du chef de l’Etat. Les partis mouvanciers ne font-ils pas correctement leur travail ?

Salif : Voilà ! Je disais bien qu’ici, tout est politique...

Nongma : N’est-ce pas exact dans le cas de ces "jeunes patriotes" ?

Salif : Beaucoup de ces jeunes-là ont pu aller à l’école, réussir, parce que leurs parents, licenciés ou mis à la retraite d’office, avaient pu recouvrer leurs droits, à une époque donnée. C’est la reconnaissance du ventre, ce qui est absolument humain. Cela dit, nous ne sommes qu’en 2004 ; ne soyons pas pressés. Ce qui est sûr, c’est que les "Ernest" ne dépasseront pas la primature...

Nongma : Persifle, je constate que tu as beaucoup appris !

Salif : Oh, oui ! J’ai même appris à déceler l’hypocrisie déguisée en courtoisie. C’est très important dans la situation où je me trouve. Je constate par contre qu’il y a remue-ménage dans vos rangs...

Nongma : Tout se règlera par la critique et l’autocritique.

Salif : Je vois, mais sans vouloir me mêler de votre cuisine interne, j’ai l’impression que ces mouvements sont plutôt englués dans des querelles d’individus et des nostalgies antagonistes.

Nongma : Au moins, chez nous, certaines choses peuvent se savoir ! Ce n’est pas comme chez vous où on se livre à des jeux de massacres à huis clos ! Il paraît que tu es tout-puissant pour ce qui concerne certains choix...

Salif : Ça, c’est l’image d’Epinal qui m’a été fabriquée par des individus dont je n’ignore pas le passe-temps favori : le lancer de peaux de bananes. Je pense surtout que les gens ne savent pas faire la différence entre amis, militants et partisans.

Nongma : Est-ce important pour toi ?

Salif : Très important ! Et je sais de quoi je parle : on a vu certains donneurs de leçons actuels dans l’arène politique de ce pays ; chacun a son point de vue sur le phénomène.

Nongma : C’est cela aussi la politique ?

Salif : Jouer les caméléons ? Non, merci.

Nongma : "Camarade, la patrie ou la mort" ?

Salif : Décidément... ils n’ont pas fini de rêver...

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