Actualités :: Révision du code électoral : les citoyens infantilisés

L’actualité nationale ne sera plus uniquement dominée par les
débats autour de l’opportunité ou non pour l’actuel chef de l’Etat,
Blaise Compaoré, de se présenter à la présidentielle de 2005.
Le Code électoral va, une fois de plus, se rappeler aux bons
souvenirs du landernau politique et, peut-être, de l’opinion
nationale. Et pour cause.

Sa révision souhaitée par les uns,
notamment le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP,
parti au pouvoir), et fortement critiquée par les autres,
l’opposition dans son ensemble, est finalement intervenue dans
la soirée du 27 avril 2004. Désormais, le mode de scrutin qui va
régir les élections locales (municipales, provinciales et
régionales) est la proportionnelle à la plus forte moyenne.

Exit
donc la proportionnelle au plus fort reste qui prévalait jusque-là
dans le Code électoral issu d’un consensus de la classe
politique au plus fort de la crise socio-politique consécutive au
drame de Sapouy. Ainsi en a voulu le CDP qui a vu son voeu
exaucé. Ce parti peut savourer sa victoire, se réjouir d’avoir eu le
dessus sur ses adversaires, de leur avoir imposé sa volonté.
Mais que gagne la démocratie, la stabilité et la paix sociale
dans ce qui n’est plus ni moins qu’une manoeuvre électoraliste,
voire politicienne ?

La preuve de ces qualificatifs peu glorieux réside même dans
les raisons évoquées, les arguments avancés par le parti au
pouvoir pour justifier la révision. Du lot, nous retiendrons
seulement l’argument de l’émiettement des voix. Le CDP trouve
donc que la proportionnelle au plus fort reste disperse les voix,
ce qui, de façon inavouable, ne permet pas, par ricochet, de
ratisser large et de faire du "tuk guili" comme par le passé. Le
temps des scores électoraux à la soviétique est, nous le
pensions, révolu. Mais pour le méga parti, le temps ne passe
pas ou plutôt si ce temps est révolu, un retour en arrière est
possible, faisable. L’émiettement n’est pas mauvais car il s’agit
plutôt de diversité. Et la démocratie se caractérise aussi par
l’expression libre des opinions qui ne sont pas forcément
identiques.

Cette liberté d’expression se traduit par le choix, lors
des consultations électorales, du parti qui aura le plus réussi à
convaincre les citoyens de la justesse, du sérieux de son projet
de société. Pour faire l’unanimité autour de soi, il n’y a pas
d’autre solution que de proposer un bon programme. Les
révisions de codes électoraux, les fraudes, les achats de voix ne
sont en fait que des fuites en avant. Le peuple est mûr et ne se
laisse plus berner, mener en bateau et n’hésite pas à
sanctionner dans les urnes les errements des politiciens.

L’exemple a été donné à deux reprises en France avec, dans un
premier temps, la percée du Front national à la présidentielle de
2002 et tout récemment la débâcle de la droite (actuellement au
pouvoir) aux élections régionales. Toutefois, la droite n’a pas
songé un seul instant à toucher au code électoral français.
Tout ce qui précède laisse le CDP de marbre qui est plutôt
préoccupé par un règne sans partage sur l’électorat, quitte à
imprimer une marche-arrière à notre jeune démocratie.

Le
méga parti (qui est de plus en plus qualifié de géant aux pieds
d’argile) a-t-il subitement horreur du consensus qui a prévalu à
l’adoption du code électoral expérimenté seulement lors des
législatives de mai 2002 ? Il est à se demander si la révision du
code a fait l’unanimité au sein du méga parti. C’est dommage
qu’une voix discordante du parti ne se soit pas fait entendre
pendant que le projet germait ou lors de son vote à l’Assemblée.

Il ne faut pas trop rêver car, sous les tropiques, on préfère hurler
avec les loups que d’exprimer véritablement le fond de sa
pensée, de peur de représailles. En effet, on n’imagine mal un
député du parti au pouvoir lever la main, au vu et au su de tout le
monde, pour voter contre. Toutefois, ces peurs peuvent être
évitées avec le vote à bulletin secret suivant les projets, les
propositions de loi.

Le passage en force du CDP concernant la révision du Code
électoral inquiète en ce sens qu’il peut constituer une porte
ouverte à d’autres révisions, d’autres retouches. En effet, on
n’est pas à l’abri d’une nouvelle révision par exemple de la
Constitution dont l’état actuel peut, un jour, ne plus plaire au
CDP. Dans ces conditions, que pourront l’opposition et le
peuple dont les protestations n’ont pas empêché la révision du
27 avril ?

Or, dans une démocratie digne de ce nom, on en
aurait tenu compte et sollicité l’avis du peuple sur la question à
travers un référendum. On parlera de manque de moyens, mais
la démocratie, pour autant qu’on y est vraiment attaché, doit
savoir comment trouver les moyens de son enracinement. Mais,
nous sommes au Burkina où on infantilise l’électorat et où ce
sont ceux qui ont le pouvoir qui font la loi, imposent leurs vues.
On n’en trouverait pas à redire si ce que l’on faisait au nom du
peuple rencontrait l’assentiment de celui-ci. Malheureusement,
ce n’est pas le cas la plupart du temps.

Ce petit retour en arrière traduit quelque part les faiblesses de
notre loi fondamentale et l’inertie de l’opposition. Une opposition
qui n’a qu’à s’en prendre à elle même, la preuve étant
suffisamment faite qu’elle ne sait pas, comme au Sénégal,
saisir les opportunités ni refuser les cadeaux empoisonnés que
lui tend la majorité et est toujours d’accord avec cette dernière
contre le principe de la candidature indépendante. Si celle-ci
était de rigueur, elle aurait incontestablement atténué la portée
du passage en force du CDP.

Le Pays

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